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Art poética blog

Lamiae (roman) (début)

7 Juillet 2017, 22:43pm

Publié par Samuel

 

 

CHAPITRE 1

 

 

 

Dans ces landes terreuses et noires de terre, où l’herbe pousse. Le noir de suie de la nuit éclairée par la lune et les lumières électriques laissent le terre-plein des campagnes semi-urbaines dans une atmosphère froide.

Doit-on stopper son attention et sa marche, par craintes, continuer son chemin quand on se trouve à l'arrêt devant ces demi-landes, la nuit, ou le jour, ou au crépuscule ; quand on voit ce désert de terres, cela est insoluble. Le néant exprimé devant ces terres et ce danger atmosphérique résidant dans ou au-dessus, ou directement en dessous de ces champs en friche est palpable. A deux ou trois kilomètres on peut trouver des habitations, mais, cependant, la peur ressentie ici est quasi indétectable dans la sphère de la conscience brute, on est donc soumis à l'arrêt total. La conscience a peut-être peur mais c'est avant tout l'effroi, et non en premier lieu la peur, qui est ressenti là. Dans le sens où cette peur ne saurait être nommée et repérée, elle est embrassante comme un vent tiède, quand on y est sensible. Un vent tiède chargé de scories épouvantables, quand on sent mieux. Quand on regarde mieux.

Quand on connaît déjà la nature du danger on comprend cela. Du danger physique couplé au danger psychologique ; à savoir, en définitive, le pur danger de mort lui-même. Ô Lamies. Il y a beaucoup de danger ici. Il fait nuit. Peut-être que cette zone est dangereuse. Quand les lamies sont sous la terre elles écoutent.

 

Elles sont nues, sous la terre, sauvages, à peau blanche, de chairs et d'os immortels, et éternelles. Chairs incorruptibles, sang non-humain sous la peau, crocs rétractiles comme des couteaux à crans d'arrêts dans la continuité de leurs canines, plantées ou plutôt ayant poussé dans leurs gencives à leur naissance au monde de la nuit en tant que vampires par acte surnaturel. A savoir, canines qui grandissent comme quand on sort un couteau de son étui. Les lames sont visibles.

Dentitions pleines et crocs sortis, blancs, crocs qui sortent pour tuer, parfois, ou pour saluer quelque chose de terrible, comme hurlerait un loup dans la nuit. Puis la dentition normale quand les deux crocs rentrent dans la cavité des gencives.

 

Bouches fermées, intégralement nues, voleuses de vêtements de tous les siècles, la terre et l'air leur sont soumis. Et si un quelconque labyrinthe mental, verbal, psychologique ou humain se trouve quelque part, ces lamies le résoudront. Complexités mentales, complexes identitaires d'un enfant de quatre ans, perversions psychologiques des adultes délicatement et promptement avérées dans l'esprit et dans les actes, douleurs et joies humaines, elles entendent quasiment tout des pensées et des sentiments des êtres qui pensent et ressentent non loin d'elles. Dans la terre, ou sur la nuit, dehors, à hurlasser des couinements de bêtes près des masures étranges. Elles sont ainsi. Complexes, inversées et résolues. En tant que telles, rien de plus étrange, à priori.

 

Les pensées des hommes heurtent leurs esprits, elles sont en permanence en écoute. Qui criminel ici passe, sera vu ici si crime avéré, et sera tué ici peut-être. Nues, fourrées dans la terre. Il fait froid ici.

On se demanderait, à nôtre époque, ce qu’est réellement en définitive une lamie. Ô lamie. Lamiae. Vocatif latin de Lamie. Entre les nosferatus, strigoïs, moroïs, et l’origine vampire, les lamies sont les plus fortes.

Il se trouve particulièrement qu’en Essonnes, la zone qui vient d’être décrite peut exister en plusieurs endroits. On appelle cela les champs en friche.

Reporté sur les bordures de la Seine en Essonnes, Etampes, Juvisy, Savigny-sur-Orge, beaucoup de champs de fleurs les jouxtent. Territoire vampire. Les habitations les jouxtent. Le vent souffle. On vous écoute.

On vous écoute. Jean Dubellay. Ingmar Bergman. Sophie Duhon. Et Lamia. Des noms. Lamia est Vampire. Vampire est la première Lamie. Lamia est la première Lamie. Elle a 40 000 ans. Une brune.

 

Lettre

1854

 

Je ne sais pas, Sophia, comment a disparu ton père, mais c’est insoutenable. C’était un homme infâme. Il s’en prenait aux enfants. A toi, si tu t’en souviens. Il a disparu. J’ai peur de ces champs. Je pars. Tu vas naître. Tu es née. Tu t’appelles Sophia. Tu as une sœur, Angèle. On s’en va des champs.

Ta maman.

 

1854.

 

Outre ce roman qui se voudra peut-être terrible, moi Lamia, existe. Ce n’est pas moi qui écris. Cette voix pourrait être celle de Lamia, ainsi qu’elle nous parvient à travers ce papier. Les lamies sont peut-être quarante ou cinquante dans l’existence entière.

Ces champs vides ont l’air terribles. Sûr. Danger. Hommes et femmes se risquent peu sous ce genre d’atmosphères.

 

En 1950, la police a remarqué la disparition de quatre hommes. Cheveux courts, dont un blond. Corpulents. Leurs corps ont été retrouvés intégralement vidés de leur sang sur un talus de campagne, alignés comme jetés là. L’enquête soulevait des choses qui n’étaient pas admissibles. Des interrogations qui n’appartenaient pas à la sorcellerie connue en 1950. On a pensé aux vampires. On a eu peur.

 

Rapport du commissariat de San Diego

Octobre 2016

 

Les corps sans vie retrouvés en France comportent le même modus operandi du tueur dit « aux mains noires ». Sévit en Amérique en 1960, corps vidé de leur sang abandonnés. Une sorte de scientifique qui utiliserait des cellules souches ou nature colle. Ou une aiguille très fine. Tueur méthodique.

 

 

La lamie était venue de loin. L’homme marchait avec l’enfant. L’enfant avait peur. L’homme était terrible. L’enfant ne savait pas. L’homme était excité.

Puis la lamie a collé brutalement sa bouche sur le cou de l’homme et lui a maintenu fermement la tête. Les crocs sont sortis. Il les a sentis dans son cou, sous la peau. Pas bouger. Pas bouger. Elle a aspiré. Glop. Glop. Glop. Glop. Ce n’est pas un chien qui ferait cela. Une vampire oui. L’homme est tombé. Mort. Un homme mort. Cette fois-ci. Homme. Et l’enfant. Le regarder. Le laisser regagner la ville.

 

 

*

 

 

Il eut fallu que les histoires racontées ici puissent être vraies. C’est une hypothèse. L’hypothèse du vampire est réelle. On dit « j’ai vu cela ». A ce point du roman, nous n’aborderont plus l’hypothèse mais la possibilité d’une existence.

Les jeunes enfants en sont à l’hypothèse du vampire. Là où l’imagination est féconde, tenue par peu de brides, et où la peur et les lointaines légendes influent comme le vent et le soleil, comme la lune entraperçue, sur l’imagination comme l’eau et la terre sur des graines de fleurs étranges, formant bientôt tout un champ compact et odorant. Imaginer un vampire pour un enfant qui a lu peu de contes, a eu vent de certaines histoires, non pas les plus modernes ; le vampire est avant tout une créature de la nuit. La nuit est son aurore, son palais, à cette imagination vampirique, et ce n’est non pas la douce vague crépusculaire nocturne de l’adolescence qui vient bercer la légende du vampire, mais la plus noire peur de la nuit, berceau des créatures et de l’imagination enfantine. La peur tenace de la nuit, là où tout danger rôde, où tout le monde est rentré chez soi, couché, et dort. Là dans la nuit, ou sous la terre, dans les bois et les contrées inconnues, dans les maisons abandonnées des vieilles villes ou les tombes des cimetières vivent les vampires. Ils se nourrissent de sang humain, chassent, tuent, arrachent les chairs, crient, hurlent, murmurent, et ont une force et une rapidité de reptile agressif. Ont des crocs dans les gencives, sont faits de chairs immortelles et ne peuvent vieillir, ni mourir, Sont non-humains, n’appartiennent pas à la communauté française, anglaise, japonaise ou américaine des adultes et des civilisés qui payent leurs impôts et conduisent des voitures, ont un travail, mais vivent de sang, et appartiennent à tous les pays, toutes les communautés alliées à la nature, et sont les prédateurs du genre humain. Des bêtes nocturnes prêtes à tuer quiconque.

Dire Lamiae c’est dire « Toi, Lamie ! ». Mais la lamie est avant tout humaine. C’est ce qui justifie son existence. Peu d’auteurs en ont réellement fait mention. C’est la caste des intouchables guerriers ? Faux. Vampire, c’est les Dieux. Lamia, à l’ère préhistorique, est à l’origine de la formule Dies Ira. Colère de Dieu. Quand une femme bafouée et violée par les hommes dominateurs du clan de Gurath, sauvage chef des contrées asiatiques, berceau de l’Europe entière il y a quarante mille ans, contrée d’hommes et de femmes aux cheveux noirs où les muscles, les cris et la domination masculine aidée de chiens apprivoisés et domptés pour tuer et dominer, Lamia la fragile un jour de sombre pluie de nuit réclama vengeance et aide. Par delà les contrées vides et désertiques, la grotte où foisonnaient des plantes et des arbres difformes qu’on n’eu jamais arraché ni touché et laissé grandir depuis mille ans ; elle, la Déesse noire impie contre les hommes et pour la femme, ainsi érigée humainement, intellectuellement et surnaturellement en Déesse Vampire isolée, qui contribuera comme toutes les femmes passées et futures au mythe de la déesse Hécate, descendante de la Grande Mère Vampire Läysa, femme de Caïn. Ainsi la déesse eu pitié de Lamia, et lui donna son sang au crépuscule, et ils passèrent la nuit à discuter de sorcellerie, de dialectique, de culture et de révolte, de mots terribles acceptés par la lune.

Quand Lamia rentra dans sa contrée elle était nue, maculée de sang de fou violeur et tueur, elle avait bu le sang d’un homme qui avait fait d’une petite enfant son esclave, et elle s’était bâfrée de sang et de barbarie avec cet homme. Elle en avait partout. Du sang séché. La jeune enfant lui avait raconté qu’elle avait été volée à sa mère par cet étranger et que depuis elle était son esclave sexuelle et qu’il la battait. Il y avait de plus une liaison avec la souveraineté clanique de Gurath, goûteur du Tout, consommateur de chair humaine, violeur d’enfants et violeur de femmes. Les femmes et les enfants représentaient un pouvoir non négligeable mais les chiens dont disposait l’oligarchie Gurathienne empêchait les révoltes. Ils avaient la violence pour eux.

Lamia, nue et en sang, miaulait à Gurath qu’elle était sa Reine et qu’elle se réclamait de son culte, qu’elle serait son esclave. Elle faisait les yeux noirs doux au chef des deux-cents habitants de la contrée. Il s’avança pour en prendre possession, excité et fasciné par son allure guerrière et sensuelle, dans tout ce rouge pour peu de blanc, alors Lamia leva la tête, à la vue de tous, ses crocs sortirent peu à peu de sa bouche ouverte, d’un grand ivoire immaculé de loup, avec pour toile de fond un ciel blanc. Ce fut le silence. Elle hypnotisa Gurath, qui vint près d’elle, mais comme elle le voulait, comme un chiot apprivoisé. Il était frêle, hagard, et elle planta ses crocs dans sa gorge, non à la manière moderne, c'est-à-dire d’une façon si subtile qu’elle en devient quasi insensible, mais d’une façon brutale, et lui pris l’intégralité de son sang en cinq minutes. Il était blanc cadavre émacié par la mort quand il tomba. La bouche de Lamia n’était pas maculée de sang frais et liquide, on aurait dit un enchantement, mais au vu des crocs de la Vampire, et des deux trous comme des bourgeons noirs au cou mort de Gurath, tout le monde su qu’elle l’avait bu.

Elle lisait dans le sang de Gurath-le-mort, et compris les étranges et ténus liens politiques qui unissaient certains hommes. En place publique, elle révéla les liens, les histoires arrivées avant sa naissance dont il était impossible qu’elle en fusse au courant, des mots prononcés par certains que Gurath avait recueillit et de ce fait les dix hommes du clan, les dompteurs et les tueurs, eurent peur. Elle comprit en lisant dans les souvenirs de Gurath que la violence de la femme et son intelligence sont mille fois plus venimeuses et subtiles que celles des hommes aux gros muscles et aux gros chiens, et de ce fait, elle défit les manipulations du chef en libérant les consciences des femmes et des adolescents violés ; les esclaves. Leur esprit et leur colère pouvaient vaincre le pouvoir des onze, dont Gurath-le-mort, et ainsi, galvanisés par le concept de bande de coléreux en furie légitimés par leur victimisation, à savoir le crime, à savoir la justice, les esclaves violés parlèrent chacun à leur tour. Les dix du clan étaient vieux à présent, et leur petit savoir manipulatoire ne faisait pas le poids face à la colère même d’esclaves violés en groupe. Un ordre venu du bafoué. Le cri de la douleur. Les murmures de la colère. Pouvoir à Lamia la vampire ! Les adolescents et les adolescentes violés, ainsi que les enfants approchant dix ans, montrèrent leurs dents et ramassèrent des pierres. Les chiens commençaient à glapir devant une bestialité qui les dépassait. Une bestialité humaine. Les dix furent tués. Lamia devint chef. Le Dies Ira fut dit.

On imagine comment une femme bafouée par des hommes violents en arrive, par le sang d’une vraie déesse vampire, à se révolter intérieurement, comme Hécate, et dire « Dies Ira ». Colère de Dieu. Et Lamia est toujours la colère de Dieu. Le prénom Lamia. Le Dies Ira des sorciers.

On peut supposer que Mozart fut maltraité. On peut supposer une justice divine. On peut supposer la colère de perdre son père. Colère simple. Le deuxième morceau du Requiem de Mozart est très « Dies Ira ». Quand les tambours et les violons sont comme une montée fraîche et en même temps acide de vent, et que les chœurs martèlent avec les tambours noirs de la colère.

Carmina Burana de Carl Orff est aussi parfaitement « Dies Ira ». Beau, colérique, humain, et juste. Une justice vampirique. Ainsi fut la colère de Lamia il y a 40 000 ans.

Mais le crime perdura pendant longtemps. Jésus de Nazareth instaura une vraie compassion. Une vraie Raison. Mais le crime ! Terrible. Cela n’est pas Chrétien. Il y a peu de restes des anciennes colères d’antan. Des anciennes mélodies d’antan.

Certes ici nous parlons des lamies, et peut-être des autres vampires. Nous parlons avant tout d’humanité, d’une certaine justice. Quand les hommes et les femmes sont humains, c’est toute la vie du monde. Mais il y a des viols issus d’envies, de maladies perverses et des crimes réels, et pour les lamies et les autres vampires, et les lycanthropes, quand c’est trop, il faut stopper l’horreur.

Car les loups garous, au mieux par eux-mêmes nommés, les loups, tous descendants d’un être, sorte de Dieu à son époque, la Pangée, Père Loup, qui fut disposé à la métamorphose, créateur de lignées, et ayant comme disciple, femme ou fille, Luna la Grande Mère des loups, cela se situe environ à dix mille ans dans le passé. Il faut savoir qu’à chaque fois que dans le monde des hommes sont apparues des entités surnaturelles, tels que les sorcières, les vampires ou les loups, ce n’est pas forcément la domination d’un peuple qui fut la grande question morale et porteuse des actes violents ou psychologiques contre l’homme, pour ces êtres éternels, mais la justice. La justice avant tout, avant le règne, et le règne éternel des défenseurs de l’homme, de la femme ou de l’enfant. Car toutes formes de crimes cachés n’échappent pas aux perceptions auditives des vampires, lamies surtout, sous la terre, et aux hommes-loups, descendants de Luna, qui dans leurs actes de violence adoptent la forme Gauru, c'est-à-dire un loup-garou de trois mètres de haut très rapide, mu par une violence bestiale.

Grâce au sang d’un Loup, l’immortalité et les dons de métamorphose font jour en un homme ou une femme, mais cependant la nature et l’intelligence d’un loup-garou est de transférer, par rituel intellectuel et magique, son pouvoir en un homme. C’est l’un des clans surnaturels les plus puissants et les plus effrayants de l’humanité. Il est rare que vampires et loups aient connaissance de l’existence l’un de l’autre. C’est comme comparer la beauté d’un crépuscule de lune sanglante, pour les vampires, à des rugissements et des hurlements nocturnes en groupe, pour les Loups. Et croyez-le, autant la légitimité du clan de l’un est une exception et un don inestimable pour son existence éternelle pour une espèce, tout autant le mythe de l’autre créature demeure encore plus ignoré et mis en doute pour chacun. Caché.

La colère engendre le Gauru, et le Gauru engendre le silence après le meurtre. La forme loup-garou est la forme guerrière, mais un chaman-loup sait se transformer en toutes créatures, comme le loup, le chat, l’aigle, le vautour, le moineau, ou la fumée. Vlad Draculia bénéficia d’un tel enseignement, et comme le raconte Bram Stoker, possède ces pouvoirs de métamorphoses…

 

Pas les lamies, qui avec l’âge, cinq cents ans minimum, marient invisibilité, force rapide et imparable, et colère de la bête. Le crime vicieux a toujours engendré ce genre de comportement bestial de la part d’un être humain très âgé, vampire souvent, et c’est avant tout la morale et la justice, et un certain désir de punir, avec tout l’effroi du monde, rarement mimé, qui a toujours motivé les vampires à être et à agir comme cela. Mi-bêtes voraces mi-gardiens. C’était inéluctable.

 

 

*

 

Le petit Antoine, âgé de six ans, était dans une ambiance pathétique dans son esprit comme à l’accoutumée. Désirs de suicide, pensée qui gonfle et qui ne trouve appui nulle part, désirs de suicide, et attachement mêlé à la haine de son père. L’Amour était tout, on le lui avait répété depuis son enfance. Surtout sa mère, si attachée à son père. Qu’est-ce que l’amour ? avait demandé Antoine à son père. C’est un sentiment puissant tu sais. Il y a plein de sentiments puissants dans le corps de chacun. Et comme te le diront les adultes, quand tu aimes, tu appartiens intégralement à l’autre… Tout ? lui avait demandé Antoine. Oui tout Antoine. Et ils s’étaient profondément serrés l’un l’autre, son père avait fait glisser sa main dans son dos, puis lui avait caressé les cheveux. Il avait fait comme quand il avait l’âge d’Antoine où il avait commencé à envisager ce genre de scènes avec son esprit d’enfant, avec un autre enfant, quand il serait adulte. Il y avait mille scénarios inscrits dans son esprit depuis ses cinq ans, quand personne ne prenait soin de lui, ne lui disait rien, et où ses parents étaient de terribles rochers sans grande âme, ni compassion ni affection. Ce n’était pas le mal qui avait pris racine dans le corps et l’esprit du père d’Antoine ces années là, et bien avant encore. C’était l’indifférenciation intellectuelle et instinctive. Aucun sentiment de Bien, et de son pendant le Mal, n’avaient jamais été reconnus dans l’esprit du père d’Antoine. Ni par lui-même, ni par le dehors. Il fallait du Bien. Du bien dans l’indifférenciation sauvage. La jouissance, qui généralement caractérise le summum d’une préparation (à savoir la cuisine, comme il allait l’apprendre trés vite), ou le continuum d’un acte sexuel, ou la réponse à une bonne réflexion philosophique. En tout cela le père d’Antoine voulait bien reconnaître du Bien, mais pas dans la forme générale. Il avait une grande culture, une bonne analyse, mais ne retenait que ce sentiment de jouissance qui caractérise les préceptes intellectuels et sensoriels. Au but ultime de ces préceptes, le Bien dans la jouissance. Il ne connaissait pas les préceptes du Monde, la grande naturalité de l’homme qui est, de l’enfant qui est, de l’humain qui ressent. Tout cela est le Bien. Mais tout cela, avant tout, depuis un âge précoce, toute forme humaine lui faisait du Mal. Dans le Rien, on ne sait rien. Mais si on savait que ce rien dans sa stabilité et dans son absence de pensée représente le bien mental et corporel, et que l’atteinte et la souffrance représentent le Mal, alors tout irait mieux pour l’enfant, plus tard devenu père. Il sortirait de lui-même, reviendrait à son esprit, au Bien. Mais on imagine qu’avec de tels rochers parentaux inaffectifs et peu au courant de ce qu’est l’enfance, ou un enfant, cela serait un cri sans bras. Très très terrible cela. De ce fait depuis ses cinq ans le père d’Antoine remuglait des idées de manipulation ayant pour but sa jouissance au détriment de l’autre, à savoir des actes intellectuels et physiques ayant un lien particulier, pour lui, comme étant tous de nature sexuelle. A savoir, c’était un pervers polymorphe. Très franchement atteint mentalement par cette pathologie.

 

Antoine aimait son père, qui pour ce dernier commençait par être attiré par son corps, par son visage, tout le portrait de sa mère. Peu de lui, voire pas du tout dans son visage, comme d’habitude avec ce genre d’histoire. L’amour n’est pas aveugle, faire un enfant prend de l’amour, du désir et beaucoup de temps (comprenez…) et c’est rare que l’ovule d’un chat femelle tolère la semence d’un reptile mâle. Ainsi que ses manières. Mais plutôt son argent et sa situation professionnelle, oui. Donc on était parti pour une vie à trois. Savigny le Temple. Appartement assez grand pour tolérer trois personnes.

Quand on avait vu arriver Joffrey, le père, et Marylène, sa compagne, tout le monde dans la ville avait senti l’embrouille. Les femmes qui s’y connaissaient avait plissé les yeux, senti le mourant total, le danger incarné. Des femmes violées habituées à ce genre de manège personnel. La même fausse autorité basée sur des pruneaux, le même discours en latence qui n’aboutissait sur rien, et les manœuvres intellectuelles permanentes comme on rassure un pauvre chien inquiet. Ça marchait pour les gens qui n’y connaissaient rien. Pour les autres, on s’enfuyait du coin maudit, parce qu’au fond, on savait qu’on était triquard. Des deux côtés de la rue. Trop de lucidité pour Joffrey ? Ceux là ne sont pas convenables. Il était presque impossible pour un enfant martyrisé psychologiquement de faire appel et d’avoir ne serait-ce qu’une vraie référence humaine. Adulte, c’était connard-je-t’aime pour Antoine. Pas autre chose. Joffrey, le père d’Antoine, n’arrêtait pas de bander, et c’était très bien comme cela. Il fallait augmenter la qualité du régime. Ce qu’il avait appris avec le temps, c’est que la civilisation à tendance à devenir plus vivable et la dose de liberté à augmenter avec les siècles (concernant la masse éduquée) (comparant la masse éduquée d’Athènes dans l’Antiquité et la masse éduquée de l’Essonnes au vingt et unième siècle, on relèguerait presque les premiers dans les bordels sadomasochistes de la cité, et les seconds aux affaires sociales –excepté Socrate, d’un point de vue moderne). Bref ainsi tout s’améliorait avec le temps. Et pour lui, cela dans la notion de jouissance.

 

Il avait largement manipulé Antoine depuis ses un an, à la discrétion de la vue de sa mère, quand elle n’était pas là, ou la nuit, quand elle dormait. Il se tartinait le pénis de Nutella et obligeait son fils à le bouffer depuis ses un an. Le reste n’était pas si évident. Cela suffisait à son plaisir sexuel, mais toutes les semaines, c’était déjà un viol répété pour un pédophile addict à la pédophilie. Antoine lapait du Nutella avec le pénis de son père tous les dimanches. Le plaisir chocolaté, auquel il n’aurait pas eu tant droit, avec cette manipulation de son père, rendait ce viol rituel possible. Tout enfant violé vous racontera bien pire. Faîtes moi confiance.

 

Cependant, on allait, se disait Joffrey en mangeant son steak et en buvant son verre de vin, maintenant passer à la pénétration. Le fait de bander en pensant à cela, tout en ayant du steak dans la bouche et en buvant son vin, réussi à donner un monstrueux orgasme à Joffrey.

 

Noémie la lamie dégueulait sous terre. Cela faisait cinq ans qu’elle assistait à distance à ce rituel. Le môme nageait dans du purin sensoriel et intellectuel. Un purin chaud de toute la maladie morale et intellectuelle du monde. Entre la haine, l’emprise, et le désir que quelque chose d’autre existe, on était dans l’horreur. Quand on lui faisait de la soupe c’était limite si il mordait le liquide, essayant de respirer durant tout son temps de vie.

Il entrait en CP et son graphisme était totalement désorganisé. Ses lettres débordaient de la feuille quadrillée, et il envisageait les accents comme en anglais, c'est-à-dire implicites et non écrits. Il n’avait eu que des cinq sur dix dans cet exercice graphique. La dictée, il n’écoutait pas. Cependant en mathématiques il répondait bien. Parfois il s’effondrait sur sa table, victime d’un choc interne, mais se forçait mentalement et intellectuellement à tenir bon. C’était toujours vers la fin de la semaine, proche du viol rituel du dimanche. A la cantine il se forçait à adopter des bonnes manières, et il n’avait pas réuni en lui assez de bien être et d’indépendance affective pour seulement pouvoir être lui-même et tisser un lien avec les autres. Ceci expliquant cela. Sa maîtresse se posait beaucoup de questions, tant elle voyait dans son regard, ses yeux cernés, toute la déprime d’un enfant intelligent isolé, souffrant, et déprimé. Elle avait été si choquée de l’état cataclysmique d’Antoine qu’elle se demandait comment faire avec ses parents. Si il était maltraité dans sa famille. Elle sentait quelque chose, quelque chose dont elle avait aux journaux entendu parler, mais que son manque d’expérience réelle ne pouvait réellement identifier. Un viol continu depuis ses un an.

 

Noémie et Sophia n’avaient pas bougé de sous la terre depuis le viol du Dimanche. Elles voyaient l’intérieur des pensées du père et ses ressentis, et ne pouvaient conclure qu’à une pure folie. Vu de la pensée de ces deux lamies, enfouies dans le champs de blé à deux kilomètres, le monde de Joffrey était une véritable tartine de graisse chaude parfumée au musc. Et il en tirait ses préceptes de vie. Un dingue inconscient, au fond du fond, de ce qu’il fait (sinon il ne le ferait pas), et qui fait d’un enfant une victime. (Tout cela pour Joffrey, le mot « victime », la nature de « l’enfant », n’avait véritablement aucun sens. Une chose servait à son plaisir, comme d’habitude).

 

- On peut pas le bazarder il a besoin d’un référent son fils

- Je préfère rien

- T’es tarée Sylvia. Vu ce qu’il a dans la tête et la nature irrépressible de ses instincts, je te jure il va pénétrer. Tout.

 

<Je le laperai son kiki de roudoudou mon petit Antoine. Oh. Oh qu’est-ce que je t’aime Antoine mon loup de six ans et demi t’est beau. Oh. Un petit cochon pour la grosse cochonne de Joffrey. Ouh je l’aime. Ah l’anus au cul au cul au cul oh mon loup. T’as six ans et… Ouh la la Ouh la la et puis y’en aaaaaa d’auuuutres ah ah ah aha ah.>

 

- Tout. Sûr. C’est un malade.

- Je vais vomir dans la terre. Merde.

- Y a pire mais quand c’est à vomir. Oh putain…

 

Quand à savoir si ce dialogue entre trois lamies sous la terre qui pendant cinq ans ont surveillé Antoine et son père est moral, entendons-nous bien. Les lamies entendent tout, voient presque tout. Du moins ce qui leur tombe dans leur esprit. Les meurtres, les viols complets, le cannibalisme, les sérials killers, les meurtres familiaux par un membre de la famille, les cassages de gueules violents jusqu’au sang, et les crises d’angoisse des gamines après l’école, ou avant. Souiller la bouche et le visage avec la chair. Pour elle ce n’est pas vraiment tuer la chair d’un enfant. Dans la mesure où l’on puisse intervenir sans que cela paraisse trop bizarre ou que l’on se doute de la surnaturalité de l’acte par impossibilité du meurtre, de la disparition, ou simplement des conséquences graves sur l’entourage d une disparition brutale. Il y a ici beaucoup de paramètres.

 

*

 

Joffrey avait trente deux ans. Il avait vingt six ans quand Antoine est né. Antoine avait des yeux presque japonais, des cheveux blonds, comme Marylène, une bouche très dessinée et semi-épaisse et de belles pommettes saillantes et un visage qui serait filiforme plus tard. Joffrey était roux, les traits un peu carrés, fondus dans une sorte d’ovale, une bouche dégueulasse sans style, du genre limaces anorexiques de lèvres. Quant au nez il n’avait rien de droit, de vraiment bien ligné, et se tenait dans l’agression, sans même former un moindre pic qui signifierait un sens aiguisé de l’intellect. C’était « l’autre forme ». Le tout pour Joffrey semblait harmonieux, pour qui demande peu, et qui serait à considérer, après le très bon parfum pour femmes de Jean Paul Gaultier, le parfum pour homme « le mâle » comme un bon parfum, tout cela parce qu’il ne sent que le musc. Alors qu’il n’exhale que la violence et la grossièreté, avec un surrajout de musc. C’est tout. Le genre d’homme à séduire celles qui n’ont que de l’ignorance de la chose belle comme idéal, à savoir « cela ressemble à un homme qui n’est pas laid, donc c’est beau ». L’ignorance du charme fait parfois certaines confusions et erreurs. Joffrey composait son charme avec un semblant d’autorité qui consistait à élever la voix, rabaisser, sourire comme il avait vu sourire dans un âge plus jeune ceux qui plaisaient aux filles, faire un regard attirant, se composer un masque, et finalement puer. Mais beaucoup aiment « le mâle » de Jean Paul Gaultier. La haine de l’homme hétérosexuel telle que la porte Jean Paul Gaultier, sa haine des manières grossières et le contentement du « au plus visible » au nez, fut une philosophie qui se communiqua à presque tous les parfumeurs des années 2010. Refusant catégoriquement de diffuser leurs parfums chez les hommes, au vu de la qualité humaine de l’homme qui tombait au plus bas et au plus superficiel, ce ne furent plus, dans ces années, que des créations pour femmes qui étaient rares, le reste n’était que redites, pompages d’idées qui avaient fait gloire vingt ans avant, et la suppression de toute finesse odorifère. Sauf deux ou trois parfums, plus les anciens (si réédités). De ce fait à la fin des années deux-mille dix les hommes puaient quand ils se parfumaient, n’exhalaient plus rien de fin quant à ce qu’ils portaient, plus rien ne surprenait l’esprit et les sens par son odeur. On avait décidé, en généralité, dans le milieu des parfumeurs, de ne plus cacher la grossièreté de l’homme. Tout pour la femme. L’auteur de ces lignes trouva cela bien, et fit pareil avec ses parfums. Cherchez ailleurs.

 

Joffrey outrepassait la puanteur, et transformait cela en charme. Factice. On aurait vu ses expressions quand il avait ses pensées de scénarios sexo-intellectuels, une jeune fille aurait pleuré de peur rien qu’à le regarder. C’était outre la vulgarité. Il fallait le cacher, et faire l’inverse. Séduire, manipuler, avoir, et jouir. Vite. Vite Vite. C’était dans l’époque. Vite.

 

Vite. La chair va vite quand elle communique. La mère souffre et le père souffre quand l’enfant va mal. Il n’y a pas d’âge mineur pour la communication de l’enfant aux parents quand il souffre. Chair de ma chair.

Quand il eu violé Antoine pour la première fois, Joffrey se sentait très bien, il avait enfin réalisé son fantasme. Une vraie libération des limites. Plus rien ne l’arrêterai. Et il se sentait bien. Au loin dans une autre ville de l’Essonnes, Clément chancela, et senti son âme se ronger en elle-même, ainsi que sa pensée. Car Antoine souffrait beaucoup dans sa chair et dans son esprit de un an. Une lame de couteau sur le dos de la main qui coupe, qui coupe, qui s’enfonce. Marylène souffrait aussi, elle ne savait pas pourquoi, mais il fallait faire bonne figure devant Joffrey. C’était l’homme avant tout. Et elle la femme. Résister, faire bonne figure. Et consoler Antoine qui semble triste.

 

L’homme qui la baisait sans qu’elle ne connaisse jamais d’orgasmes, jamais, mais un certain plaisir. Son homme. Le fric, la situation professionnelle. La gueule. Oh quel charme vicieux il a mon homme et qu’est-ce qu’il est gentil… Et il me… baise… oh putain c’est bon j’en ai tant besoin. Mais Clément. Où est passé mon Clément, mon cher et bon Clément… Ça fait deux ans qu’il est parti… Et Antoine est né… Oh les yeux de Clément, la bouche de Clément… le visage aquilin de Clément… Il m’a tellement fait jouir… Et ça coulait ce liquide, et ça recoulait de mon sexe quand j’avais ces orgasmes… oh j’ai au moins joui dans mon existence sexuelle… Il fallait trouver un pendant je sais maintenant pourquoi j’ai choisi Joffrey… Mais c’est son père… Mais c’est son père…

 

Joffrey était le père attitré d’Antoine et il était empli d’excitation profonde. Il voulait avant tout vivre ses désirs pédophiles. Dans le monde entier. Avec cette jeune fille de sept ans et demi qui sortait tous les soirs de l’école primaire, cette jeune fille blonde au corps élancé dont il savait comment gagner sa confiance.

 

A l’heure dite, le jour dit, Joffrey se prépara intellectuellement à vivre son fantasme. Il était le maître du monde ainsi que de tous les enfants. L’école. L’école. Vite.

 

La sortie était à cinq heures du soir. La sortie des cours de l’école. L’école. D’un air enjoué, il se mêla aux parents qui attendaient leurs enfants. Quand Eloïse sorti, il prît cette voix de père qui faisait tant confiance. Il se dirigeât vers Eloïse et pris un visage avenant ainsi qu’un sourire sérieux et confiant.

 

-Eloïse, ton père m’a demandé de te raccompagner. Il y a un problème.

-Oui monsieur, je vous suis.

 

Au fond d’elle-même, Eloïse avait peur. La boule au ventre. Mais elle était sous l’emprise de cet homme.

 

Il lui prît la main, le soir tombait déjà quand ils se dirigèrent vers la zone déserte des champs en friche. Pas la forêt. Les champs. Son fantasme.

 

*

 

 

Ils avaient marché une heure. Dans leur marche, c’était le silence et quelques remugles confiants de Joffrey à Eloïse. Eloïse ne savait rien de Joffrey, ne savait pas ce qu’il se passait, mais elle était avec Joffrey, et ne se risquait à rien d’autre qu’à marcher, comme on marche avec un adulte. L’emprise ici était trop forte pour qu’Eloïse ne fasse autre chose que de se taire, ne penser à rien, et être auprès de lui. Arrivés au milieu des champs déserts, Joffrey se tut. La petite fille absorba le noir du crépuscule de tout son être.

 

-Déshabille-toi.

 

Eloïse regarda Joffrey avec un regard fixe et noir, la bouche close. Elle le regardait avec peur. Que se passait-il. Maman. Papa. Que…

 

-Déshabille-toi, salope, allez !!!!!

 

Joffrey le pédophile arracha violemment les vêtements d’Eloïse en commençant par sa chemise, dont les boutons en plastique cassèrent. Elle se retrouva torse nu. Ils étaient là, au milieu des champs en friche, la petite fille blanche torse nu, et le pédophile excité devant elle, il la dépassait au moins de cinquante centimètres. Ils étaient là, debout, sur les champs en friche, dans le crépuscule.

 

-Tu m’excites, ah putain tu m’excites !!!!

 

Joffrey bandait. Il prit Eloïse par la taille et commença à lui enlever son jean. Eloïse poussa instinctivement un petit cri de défense et commença à dire non en criant faiblement.

 

Il se trouve que l’endroit où se trouvait ces deux étranges personnes était le territoire d’une troisième étrange personne, nommée Anastasia, brune, et qui avait quatre mille ans. Elle était nue, n’avait presque jamais mangé de sa vie, mangeait rarement, parfois, du pain, mais elle était nue à deux mètres sous la terre tendre qui soutenait Joffrey et Eloïse.

 

Anastasia commença à remonter dans la terre vers l’air ambiant, en fourrant la terre comme on enfonce un piquet dans celle-ci, faisant de toutes terres un terreau frais où l’on se glisse automatiquement, tout autant qu’on s’y enfonce ou que l’on y remonte à l’air libre. Anastasia n’était pas humaine.

 

Ses crocs commençaient, automatiquement, à sortir de ses gencives, il en est ainsi de tout vampire qui se trouve en situation de danger ou de gravité physique. Dieu l’a voulu ainsi. Quant au reste…

 

 

*

 

 

La terre commença à bouger et à refluer comme quand une taupe remonte à la surface. Joffrey ne s’apercevait de rien tant il luttait avec sa petite force d’adulte avec Eloïse, s’occupant à l’insulter. La lamie sortit les deux bras de la terre. Il commençait à faire nuit. Une femme nue aux longs cheveux noirs bouclés sortit de terre à trois mètres des deux mortels. La vampire regarda les deux être s’affairer, et se dirigeât lentement vers l’agresseur.

 

Elle lui prit le bras droit avec son bras droit, comme quand on ouvre facilement une porte, et le regarda droit dans les yeux. Joffrey était stupéfait d’horreur. Il comprenait soudainement qu’il y avait une barrière à ses actes. Elle lui murmura quelque chose à l’oreille, doucement, dans la nuit. « Tu vas mourir petit porc ».

 

Elle ficha ses crocs profondément dans son cou. Eloïse vit une femme nue dans la nuit qui mettait sa tête dans le cou du violeur qui était en train de l’agresser. Anastasia prit au moins deux litres de sang à son cou en aspirant à la gorge du pédophile. Ce fut suffisant pour que Joffrey s’écroule lentement. A la fin elle enfonça encore plus profondément ses deux crocs dans la chair. Il y avait deux très gros trous rouges dans le cou de Joffrey. Il tomba au sol et mourut. Ploc. Plaf. Bruit de la chair morte qui tombe.

 

 

*

 

 

La lamie nue et aux cheveux bruns bouclés regarda Eloïse de sa haute stature. Le violeur était mort. La petite fille la regardait d’un regard confiant, curieux et froid par cette nuit-ci.

 

-Tu dois rentrer

-Mais… Je… Où c’est ma maison je sais plus moi… Il est mort ?

-Il est mort. C’est fini.

-Arrête.

-Tu rentres par ici. Par ici. Tu te souviens ?

-Oui je me souviens…

-Par ici. Ta maison. Il est mort. Tu te souviens ?

 

Eloïse se souvenait qu’elle avait failli se faire violer par un homme. Il faisait frais dans la nuit. Elle remit sa chemise qui était tombée par terre. Il y avait deux boutons cassés. Elle ne parlerai pas du mort. La lamie avait montré la direction de la ville. Il y avait les lumières. Elle dirait qu’elle avait flâné avec ses amis. Elle connaissait bien Savigny le Temple. Elle voyait bien où était sa maison dans la ville. L’obscurité et la lune formaient une sorte de hâle lumineux sur toute cette étendue de champs. Il y avait les lumières de la ville plus loin. Elle commença à marcher. Seule. Loin des deux corps. Elle avait joué, ses boutons s’étaient cassés. Deux corps morts attendaient, non loin de la jeune fille, qui s’éloignait à pas sûr des champs et du carnage, du carnage humain et du carnage sanguin, sans autres traces que deux gros trous dans la gorge d’un connard. Il y aurait affaire de police. Eloïse marchait loin des deux morts, dont un des deux ne se relèverait jamais et redeviendrai poussière avec le temps. Les morts vont vite. Mais les mortels comme Joffrey et Eloïse ont un spécifique rapport « de prédateur à proie ». Les morts sont prédateurs. Il arrive aux vivants de se venger ou d’être destructeurs… Mais une autre « mort » que celle physique habite les vrais prédateurs des criminels de l’âme. Ce sont des sortes de héros qui rendent la justice. Nietzsche en parlait dans Zarathoustra. La chasse à la racaille. Comprendre cela. Joffrey pourrirait la nuit ici jusqu’à ce que l’on remarque quelque chose. La lamie cracha un peu la bouche ouverte et regarda la ville, et Eloïse s’en fut lentement.

 

 

 

 

CHAPITRE 2

 

 

 

Les corbeaux avaient joué avec les yeux de Joffrey et s’en étaient nourris pendant toute la nuit. Il y avait au moins vingt corbeaux qui cherchaient à manger sur le cadavre. On était la nuit de juin. Chaleur supportable, mais assez de chaud cependant pour que la rigidité du corps s’attendrisse avec les heures. Venaient les fourmis attirées par l’odeur de pourriture et de viande morte, à savoir de la nourriture pour elles, elles se faufilaient par les orbites avec tous les liquides sucrés et acides qui remuglaient du corps de Joffrey. On devait se nourrir et nourrir les larves. On se demande quelles générations de fourmis viendraient après, étant larves alimentées à la chair de cadavre de pédophile pour un temps. Puis vinrent les mouches à viande, avec leur crochet-tube faisant office de bouche, mouches dangereuses qui venaient en cette contrée depuis 2006. De la nourriture pour mouches, qui y déposeraient aussi leurs larves. Les asticots grouilleraient bientôt dans le corps. La mort attire ce qui mange. Tué par une morte-vivante, est-ce bien là une sorte de sacrifice utile ?

 

Le corps du mort était plutôt bien nourri, grand, assez de chair et de peau pour nourrir beaucoup de monde. La lamie regardait le spectacle à dix mètres de distance, voyant là un rituel qu’elle connaissait bien, sauf que cette fois-ci deux marques de crocs assez épaisses étaient restées dans la gorge du pédophile mort[SF1] .

 

 

*

 

 

Au matin, la police qui faisait ses rondes dans la ville et près de la forêt fut alerté par le bruit, tout d’abord par le boucan des corbeaux et des mouches sous le soleil, quand les deux policiers en voiture se posèrent sur la route en bordure de Savigny. Anton était sorti pour fumer une cigarette et se reposer à l’air libre, faisant une pause dans son travail. Son collègue lisait un magazine masculin.

 

-Alors tu lis ce truc Michael ?

-Attends y a des articles et les photos sont belles.

-Ah ouais (il lui passa le magazine) belle fille.

-Regarde un peu y a des trucs sur comment réussir…

- (il parcouru l’article) Ah tu sais on fait pas dans le commerce nous.

-Oui je sais. Mais… attends c’est quoi ce bruit ?

-Ah ouais le bourdonnement…  Ça corbaille le corbeau en groupe aussi !

 

Ils regardèrent aux alentours de là où ils étaient, et virent au loin dans les champs en friche déserts un gros amas noir constitué de corbeaux qui se partageaient un corps, et d’immenses nuées de mouches qui voulaient manger et pondre des œufs dans la viande. Le vent tournât soudainement vers eux.

 

-Ah putain y a un cadavre ! L’odeur de pourriture dégueulasse comme la semaine dernière. Oh non.

-Tu crois que c’est une série ?

-On va voir. Faut d’abord virer les animaux du cadavre, sinon c’est pas vraiment correct.

-J’appelle le commissariat. T’as le numéro du quai des orfèvres ?

-Attends il y a une police scientifique en Essonnes mais oui, pour ce genre de merdasse tout le monde doit être au courant. Laisse-moi faire.

 

L’odeur de pourriture avec la chaleur, plus l’odeur des mouches, tant le vent était léger ne rendait pas compte de ce que serait l’odeur du cadavre dans une pièce fermée. Ni de son état après que les bestioles carnivores aient fait ce qu’elles avaient à faire.

Les deux policiers ont commencé à balancer quelques cailloux vers le corps de Joffrey pour faire dégager les corbeaux, et laissèrent le soin à la police scientifique de faire partir les mouches et les fourmis.

 

Une heure plus tard, les voitures et les deux fourgons, l’un de la morgue et l’autre de la police scientifique, arrivèrent sur la scène de crime.

 

-Alors les gars ?

-Premièrement on a son identité. Joffrey Simoleau, trente deux ans. Pas de cristaux de soude dans la bouche, donc ce n’est pas forcément le même tueur que la semaine dernière, et puis le terrain autour est très accidenté, on dirait que l’on a voulu creuser un trou pour l’enterrer. Pas de traces de pneus. Il est dans un très sale état. On situe la mort vers 19h30, au coucher du soleil. Le cou est amoché, apparemment quelqu’un s’est excité sur lui avec un objet contondant. Tant que l’on a pas fait d’autopsie et que l’on a pas nettoyé le cops, on ne peut pas se prononcer plus que cela.

 

Les policiers commençaient à débarrasser le corps des colonies de fourmis et à nettoyer les miasmes des mouches, plus la terre, pour le mettre sous une bâche quand une onde de frisson a parcouru le groupe. Il y avait des murmures. Les flics et les gens de la police scientifique se relayaient vers la tête du corps et parlaient, il y avait beaucoup de tension et d’effroi. Beaucoup d’interrogations.

 

-Non non je veux pas y croire. J’ai jamais vu ça de ma vie. Les trous sont trop nets. Et puis il à l’air bien pâle le monsieur…

-Je vous répète qu’il s’agit d’un meurtre rituel, les objets contondants ronds ne manquent pas, en allant du piquet à l’objet rituel sculpté. C’est méthodique. Si vous cherchez des traces de dents, de morsure, sur le corps, permettez-moi de vous dire que c’est net, qu’il n’y en a pas à part les meurtrissures au cou qui ne peuvent venir que d’un objet en métal, mais excusez-moi, vous pensez à quoi ?

- C’est trop propre vôtre scène. J’vous dis qu’il a l’air trop pâle ce corps, et puis là comme ça, en pleine nuit…

-Vous lisez trop de vieux bouquins d’horreur.

-Bon on remballe. Il avait de la famille ?

-Il y a bien un Joffrey Simoleau à Savigny le Temple. Sa femme dit qu’il n’est pas rentré hier soir, il avait dit qu’il allait faire une balade. Elle est très choquée. Ils avaient un fils.

-Eh bien c’est bien tragique tout ça. Mais hum, est-ce que l’on se ballade dans les champs à cette heure. Ah.

-Il a dû faire une rencontre. Une mauvaise rencontre.

-Et vous vous croyez toujours aux vampires ?

-Déconnez pas. On verra la conclusion du légiste.

 

Il y avait quelques rires. Mais l’ambiance générale était à la peur. Quand on voit deux trous rouges espacés à la manière d’une mâchoire dans le cou d’un homme, l’inconscient collectif réagit. Cela renvoie à beaucoup trop d’images et d’histoires. On embarqua le corps dans le fourgon du légiste, il était dix heures et demie, il faisait chaud, et l’autopsie commencerait à treize heures trente. Il fallait manger. Et au fond, on avait bien le temps.

 

Le ventre rempli de viande d’agneau et de frites chaudes, la médecin légiste du service médico-légal de l’hôpital sud francilien de Corbeil Essonnes entama l’autopsie de Joffrey Simoleau à quatorze heures trente. Outre la quantité peu notable de larves de mouches, de chair mangée par les animaux, et la totale absence de meurtrissure autre que les deux trous à la gorge, il fut mesuré la quantité de sang dans le corps. On remarqua l’absence d’environ deux litres. Conclusion : les deux litres ont été aspirés par les deux trous présents à la gorge, le manque d’alimentation sanguine ayant causé la mort.

 

Quand elle dût rendre son rapport, la légiste émit peu d’hypothèses surnaturelles, bien que sa « bonne foi » bercé par les croyances et le peu de réponses sérieuses aurait été de tendre vers le vampirisme.

 

-Avec quoi ont été percés les trous ?

-Avec un ou deux objets contondants de même forme et diamètre. Le sang a effacé ce qui aurait pu être de la salive.

-Bon. Et la pompe ?

-Attendez. Quand vous percez deux trous de cette dimension qui permettent au sang de s’écouler, et connaissant la capacité buccale et respiratoire d’un être humain, il est tout à fait probable que le sang a été aspiré par un homme, ou une femme. Ce n’est pas impossible. Tout indique une forte immobilité du corps dans la mort, sans contusions, sans traces notables de lutte. Cela s’est passé très vite. C’est ça que je ne comprends pas. Il a dût être immobilisé dans tout son corps. Un homme de grande force, de grande taille. Un consommateur de sang, oui. Vu qu’il n’il y a pas de sang à l’extérieur.

-Un vampire ?

- Selon l’histoire, tout être humain victime d’un vampire en devient un lui aussi, après son agression. Pour ce que je sais du corps, la putréfaction est largement avancée, il manque un œil, et pour tout vous dire, la mort avance vite dans sa chair. C’est la grande pourriture assurée pour ce cadavre. Je ne vois pas d’où viendrait la résurrection. Les analyses de sang sont normales. Un peu trop d’alcool peut-être pour ce soir.

-Bon, euh, hum, je voulais pas dire cela, mais, oui, si on en parle… Oui une sorte de « vampire » bien baraqué et assoiffé… Dîtes il y a des similitudes avec le corps retrouvé la semaine dernière ?

-A part le fait que cela soit un meurtre, non. Le corps de Joffrey Simoleau, si son corps a été vidé de son sang par voie buccale, cela implique une fusion, je pourrai même dire une sorte de domination sexuelle dans la mort, à la manière de la mante religieuse. Je penche, vu le modus operandi, à des tendances homosexuelles du tueur, à moins que cela soit ne femme très forte. Beaucoup de sensualité digérée voire « redirigée » vers l’acte de mort. Pour la personne qui a tué cet homme, la forme de sexualité ou de jouissance consistant à donner la mort se trouve dans le sang. C’est très connu dans les pathologies. Certains jeunes gothiques le pratiquent. Mais cela pourrait être une secte, en ce cas là il s’agit d’un « membre fort » ou d’un maître, pour faire les choses comme cela. On m’a déjà ramené des corps qui avaient subi des ponctions de sang, avec des traces de scalpel, mais ça c’est inhabituel.

-Une secte ?

- Oui une secte de vampires. Vampyres avec un y. C’est comme cela qu’ils se nomment. Mais là c’est beaucoup trop parfait. Je devine une grande solitude du tueur pour faire les choses comme cela. L’autre corps avait des cristaux de soude dans la bouche, ce qui lui a passablement rongé les chairs vers la gorge et les lèvres, un homme, là aussi. Mais les vertèbres cervicales ont été brisées, on lui a tordu le cou, et il y a trois côtes cassées. Post mortem. On s’est acharné sur lui et on a voulu le punir. Il y a beaucoup de haine dans ce meurtre, et on s’est acharné. Aucune meurtrissure visible comme des morsures ou des coupures. Les vertèbres cervicales. Le reste s’est déroulé post mortem. Aucun rapport avec le sang. Là il s’agirait plus de tuer la force vitale de la victime, toute son existence, ou ce qu’elle aurait pu dire avant. Les cristaux de soude.

-Bon d’accord. Aucun rapport. Merci. Oui enfin bon entre aspirer la force vitale et tuer la force vitale c’est pas un peu pareil ?

-Dans tous les meurtres il s’agit de la force vitale qui est supprimée ou appropriée. Le meurtre vampirique est sous couvert de domination sexuelle avec le sang, de manière rapide, alors que l’autre corps traduit l’acharnement et la haine. Rien à voir.

-Et les objets contondants ?

-Ah bah ça c’est particulier. Ils sont extrêmement bien sculptés, obéissent à l’écartement des canines dans la mâchoire mais, vous savez d’après de que j’ai lu dans certains bouquins sur le vampirisme, on peut vraiment s’en faire faire en acier ou en aluminium pour ses mâchoires…

-Du genre amovibles ?

-Oui du genre même amovible. Il y a un type sur Paris qui pose des crocs, il vient d’Amérique. Father Sebaastian. Membre de la mouvance Vampyres aux états unis. Il est très connu en France et en Amérique. Mais il refuse de faire des choses criminelles. Il y a eu une affaire avec une journaliste il y a vingt ans, qui faisait un reportage sur ce mouvement, Suzanne Walsh. Elle a disparu. Pas de suite à l’enquête. C’était aux USA.

-Bon, mais vous me dîtes que c’est une personne seule ce tueur, que le gars qui pose les crocs refuse de s’embarquer dans des trucs illégaux, qu’il doit avoir son Facebook et tout ça… Trés mauvaise pub… On va avoir du mal.

-J’imagine. Mais les sectes c’est pas une impossibilité. Des trucs avec le sang. Des groupes.

-Meurtres rituels oui. Si c’est le cas on va en avoir d’autres. Quelles bandes de petits dérangés mégalomanes et mal aimés, pour en arriver là. Et c’est vampyres cela, avec un y ?

-Ils ont leurs lois, mais attendez, c’est en Amérique. Il y a eu une période où on en a beaucoup parlé, je me suis acheté certains livres, je peux vous les prêter… Tout ce que je sais c’est que le vampyrisme est un mouvement rituel au sens spirituel du terme, les anciens dieux, les anciennes religions, des rites qui ressemblent à des cérémonies religieuses avec du sang, mais sans meurtre. Ce n’est pas un mouvement meurtrier. Là il s’agirait plutôt d’un vrai sacrifice.

-Oui. Une dévotion au meurtre. C’est très noir.

-Hé hé ça fait vampire… Avec un i.

-Oui cela fait trés vampire. Merci.

 

Le capitaine de la gendarmerie mis fin à l’entretien avec la légiste. Elle lui ramènerait « Satanisme et vampirisme, le livre noir » demain. S’il fallait enquêter sur des groupes de jeunes proches des sectes, que ce soit quelque part des fétichistes du sang, réunis en bande et peut-être même vraiment organisés, il allait en baver des ronds de chapeau, ça allait être difficile. Pas moyen d’aller vérifier les réunions dans les cimetières, pire, au lycée, et comment les distinguer, aucune plainte concernant des « groupes » fétichistes n’était allée jusqu’à la police. En plus des morts qui ne parlaient pas, les victimes étant jusque là consentantes, pour les sectes vampiriques, l’horizon était fermé. Quand il s’agissait des meurtres satanistes, ceux-ci n’avaient aucuns points communs avec le modus operandi vampirique, il s’agissait alors de rituels précis et de transgressions générales, il allait devoir demander à quelqu’un. Zoner un peu quelque part là où tout le monde parlait ouvertement aux yeux de tous.

Son raisonnement se fit plus précis. La transmission et la communication, la réunion massive. Un club. Où et comment rejoindre un club, si ce n’est par les petites annonces, les forums ou comme un mini bar où trainent monceaux de personnes diverses, avec qui l’on discute sur certains sujet bien orientés. Donc l’espace internet, où l’on est en quête de vampires réels, qu’ils soient en groupes, qu’ils fassent partie d’une culture avec ses références et ses connaisseurs, ces derniers usant de nouveaux termes qui si on les connaissait bien nous amèneraient à rencontrer quelqu’un sur la toile. Ca allait lui prendre un certain temps mais il sentait qu’il pouvait trouver quelque chose de sérieux, internet était autant la plus large bibliothèque internationale qui soit qu’une solide ouverture et une vraie communication entre des multi-liens et des multi-contacts virtuels, qui pouvaient à la suite devenir réels. Si ces sectes vampiriques sont mégalomanes et efficaces jusqu’à rester cachées des services de police, elles doivent vraiment se donner tous les moyens d’être efficaces et modernes, donc internet.

 

 

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