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Sissysha (nouvelle)

Publié le par Sam

Sissysha

 

 

Au loin dans la voie lactée, loin des nova rouges et des contrées bleues de l’espace, brillait un soleil de feu sur la planète Mila. Cette planète était peu peuplée, mais d’un peuple qui disposait de maintes richesses. Matérielles, tout d’abord, or, argent, culture de la forge des métaux et des pierres. Une autre richesse, exploitée, tantôt inexploitée, était particulière à cette civilisation : la richesse intellectuelle et la parole, ainsi qu’une grande ouverture et des productions culturelles architecturales de toute beauté. Cette contrée était celle de Sissysha, la contrée des sables et des arbres et des lacs.

Au terme du règne de son père et de sa mère, quand il eût atteint l’âge de toute raison, le roi Minor, enfin le seul à devoir diriger cette contrée, avait pendant de longues heures macéré cette question. Celle du pouvoir et de la civilisation. Il devait régner, et devait mener ses sujets à la félicité, ainsi que la culture de son cœur, et de son peuple, au cœur même de la civilisation, et du sien. Il avait compris, pendant ses réflexions, un pouvoir immense, qui était le Pouvoir du silence. Ainsi que celui de l’écoute, pour qui s’y plongeait et y faisait plonger l’autre. Il en résultait le plus pur Silence. Se taire en soi le faisait son ouïe se dresser et il écoutait, seul dans son palais. Tout n’était au dehors, que paroles, bruits, chuintements et chuchotements. Sa bouche resta fermée, et ses yeux s’ouvraient sur l’ombre, et il sentait l’odeur du sable.

Le pouvoir du silence se rend aussi par le pouvoir du son. Minor avait demandé au plus habile de ses faiseurs d’instruments de lui faire une énorme flûte, au son comme celui, très proche, des instruments aborigènes. Mais cette flûte, comme un long boa noir de métal, sculptée de manière moyenne et spiralée quand sa forme, et striée de lignes faîtes de symboles, parfaite pour une prise en main, avait un son métallique, avec le grain du vent, et le souffle du sable et du murmure. Minor se plaça devant son palais, en plein jour, et souffla profondément dans la flûte, et composa son silence de sable avec ses doigts sur les trous de la flûte, car il avait été initié à la musique.

Un long souffle de musique, profond comme le vent, rude et doux comme le sable, mais dur comme la pluie de rocailles un jour de cataclysme, s’échappa de la flûte. Minor avait les yeux fermés, et jouait toute sa colère, sa dureté, son silence, ainsi que la plus profonde et pure noirceur envoûtante qu’il recelait en lui. Cela faisait comme un énorme souffle de vent, avec le bruit sourd du vent, mais y venait s’entrechoquer des notes métalliques, et le son se rapprochait de celui du cor, mais cela sonnait comme le continu bruit des tubes sonores des péniches, un long et profond vent noir musical. Pas une seule personne dans la contrée ne pût s’empêcher de se taire, stupéfaits, tous, même et surtout les enfants, et tous se demandait d’où venait se son qui les réduisait à l’immobilité de l’écoute et du silence.

Quand il était enfant, Minor ressassait depuis si longtemps cette idée de silence. Cette idée d’écoute. Cette idée de mots. Les paroles de ses parents fusaient à ses oreilles, il en retenait le moindre, mais cataloguait les gestes, ou était blessé par eux, par ces tons de voix fortes, ces injonctions sans sens pour un enfant, que plus tard il apprit qu’elles n’étaient que de nature absurde. Tais-toi ! Nature absurde. De même il ne savait plus, à cet instant de la compréhension, à postériori, et de la mémoire du choc de ces disputes, si ces mots lui étaient adressés (parfois c’était plus que certain, il le comprenait), mais le mot le plus fort indiquait deux directions. L’autre parent, et la sienne. L’autre parent ou la sienne ? Tais-toi ! Il se murait alors, toujours, dans le silence. A postériori, et la mémoire redoublant le bruit et la signification, le silence se fit de plus en plus profond en lui et dans ses yeux. Mais l’écoute était fragile comme du cristal. Et la colère montait. Mais dans le silence. C’est la règle qu’il s’était imposée. La règle du silence. Imposée, d’abord, puis par lui imposée. On vogue mieux dans ses pensées ainsi. Son monde était celui du silence, et pour cela, il lui fallait écouter le bruit. Pour que le bruit devienne opaque. Puis noir. Puis chaos. Puis, fatal, le silence. C’est ainsi qu’il élabora sa théorie du silence, et il arrivait, parfois, à se réfugier dans une pièce où pas le moindre bruit ne feutrait, mais le chaos s’était imprimé en lui. Un silence noir. Il pleurait, alors, les yeux fermés, et trouvait un refuge, un silence lointain fait de calme et de noirceur qu’il rendait esthétique, comprenant malgré lui les lois de l’harmonie, et sa pensée abstraite pouvait voguer sur la mer des roses (parfois aux ronces de fer) du silence. La vue du soleil lui redonnait, atrocement, son ultime but : la lumière et la respiration, si petite soit-elle. Quand il était seul, vraiment seul, il fit ce travail sur cette idée qu’il avait eue un jour. Apprivoiser le silence. Petit à petit il y arrivait, et tout ne devenait que flou, images qu’il pouvait intellectuellement interpréter, sous la houlette et le couvert sombre, puis clair, puis de plus en plus opaque et enfin transparent du silence. Il devint du cristal qui triait, avec la lance du silence dans la main. Les mots se feutraient du bruit du sable, les cris devenaient des orgues dont le sens, maintenant, était atténué et il avait réussi à appréhender et apprivoiser le langage sans qu’il ne le blesse. Il gardait le Silence, son ultime pouvoir, son grand pouvoir de macération, et son refuge, pour lui. Cela lui valait le respect de ses pairs et de ses parents, quand, le regard aigu, Minor les fixait en train de parler, la bouche fermée, le silence résonnant en lui de manière si forte et son regard noir et si clair à la fois, que son silence et sa présence imposait à tous ceux qui l’entourait un calme comme un couperet, et tous s’en seraient presque prosternés devant cet adolescent de quinze ans. Qui ne parlait pas, et n’avait jamais parlé qu’en un ou trois mots, ou en gestes, en regards. Il était Maître d’un silence particulier venu des ombres, du soleil et du sable, qui lui était propre.

Un jour de cette année de ses quinze ans, six cors, six longues flûtes-orgues jouées par des musiciens venus au Palais Royal, s’étaient mises à jouer pour une représentation musicale, un spectacle royal. Minor, debout, écoutait en plein jour dans la grande pièce du palais le son de ces cors, puis, comme une révélation, comme un cri, il assimila la mélodie, tous les accords avec sa propre musique silencieuse intérieure, ainsi que la langue, et lança d’une voix forte « C’est le souffle noir du vent du désert ! ». Son père fut frappé par la poésie et toute la maîtrise, ainsi que la voix comme brisée, de Minor, son fils, quand il avait crié cela. Il le regarda, plein de compréhension fugace, d’étonnement respectueux, de fierté, de peur, d’amour, les bras en un geste interdit et son visage et ses yeux bien dans ceux de Minor. A cet instant, Minor lut tout cela dans le regard de son père et dans ses expressions, et il eu une seconde révélation : son père avait un cœur.

Un cœur profond, plein d’âge adulte expérimenté et de compréhension, il voyait que c’était bien son père, qu’il le comprenait, qu’il était humain, et qu’il avait un cœur, solide, doux et profond. Le fils écarquilla les yeux, les traits noircis, la bouche tordue, et enfin il comprit. Si son père était humain c’est que lui aussi, ainsi que sa mère, appartenait au monde des hommes et des femmes, des êtres humains, et du Monde. Ainsi que ces musiciens qui jouaient sur ces cors, ainsi que tout le palais royal, ainsi que toute la contrée que son père dirigeait. Une bouffée d’émotion énorme et une unité avec cette douce journée d’après-midi et tous les gens du palais se réalisât en Minor. Il pleurait, à chaudes larmes, comme le jeune enfant et l’adolescent de quinze qu’il était. «  Je suis sorti de quelque chose, je suis sorti de quelque chose, Je suis sorti de quelque chose… ». Sa voix était douce, humaine et enfantine, et ne comprenait plus dans son timbre le cri et la brisure. A cet instant, tous les proches de Minor comprirent l’évènement mental et humain qui venait de se produire chez le jeune prince, car ils le connaissaient bien, et avaient tous suivi la scène. C’était une fulgurance générale, toute et dure humaine fulgurance de l’esprit, quand il a affaire à des choses bien plus sérieuses et enfouies, triées au-delà du pur conscient, de       la quotidienneté. Sa mère se précipita vers lui et le prit dans ses bras, les yeux fermés, au bord des larmes « Tu es enfin sorti de la noire vallée des ombres, je t’aime, je suis là, je suis là ». Elle le serrait, à genoux, très fortement. Minor, doucement, fit de même, et ils s’abandonnèrent en un moment d’amour entre mère et fils.

Depuis cet heureux incident, on donna à Minor une éducation digne de lui. Il apprit l’écriture, la science, l’histoire, l’astronomie, le dessin et, enfin, la musique. Son père pût enfin lui parler clairement, comme à un homme, et lui donna des leçons de politique et de gérance, car il devait lui succéder à la fin de son règne, quand il serait trop fatigué, inapte à exercer une autorité claire et que son esprit vagabonderait dans les sphères du plus pur spirituel. C'est-à-dire quand la vieillesse lui aurait enlevé l’autorité, et l’envie, des mots de la gérance et de la politique. Tout à chacun de se reposer. Minor, extrêmement attentif, apprit du savoir de son père, et se prépara petit à petit à la réflexion du règne. Mais, comme une mélodie, comme un parfum, l’idée du Silence, belle et salvatrice, ne l’avait pas quittée.

Le silence, pendant toutes les années du règne de son père, composait en lui, marquant des temps d’arrêt et de fulgurance aux mots, à son langage, à son parler. Minor s’exprimait par phrases concises, réfléchies, et empruntes d’une émotion toute contenue qu’il parvenait parfois à faire ressortir en une phrase, ou en un mot, toujours marquant dans la phrase dite, soit ce mot pour lui au fond de lui-même. Le jeu des consonances et des sons qui donnent sa pleine esthétique à un mot. Le souffle du désert, le soleil et la nuit rendait le souffle du vent opaque et infiniment musical, et il arrivait, quand il ne dormait pas, à Minor de pleurer en lui donnant son plein sens, à pleurer sur la noire nature du vent, sur la naturelle mesure du désert.

Quand il eu enfin comprit ce qu’était une mesure, une mélodie, un cantique, un symbole de mots, un orchestre, un souffle et un silence dans la pensée et dans le langage, Minor se senti enfin prêt. Après avoir joué sur sa flûte de symboles gravés faîte de métal, et que le silence se fut installé dans la contrée, tous les regards tournés vers le palais, Minor se prépara et se mis à parler. « Comme le silence de mon cœur et des vôtres à l’écoute de la  journée et du Temps me réjoui. Quand vous vous promenez dans le sable et parlez à voix basse, le silence n’est-il pas un fin voile qui vient vous couvrir, même en hiver, et même surtout ? La nuit n’a-t-elle pas la beauté d’un animal sauvage ? Le silence de la nuit n’est-elle pas plus puissante que l’animal, ou l’animal vit-il avec l’habitude du silence de la nuit ? Est-ce que la noirceur de l’oiseau noir n’est-il pas aussi de profonde et même couleur noire que la voix de mon cœur, et noir comme l’oiseau quand le silence fait résonner mon cœur dans la nuit ? Quels sont vos cœurs ? N’est il pas de la nature même du cœur de parler ?  N’est il pas au bonheur de faire du silence et du cœur des fiancés dans la solitude ? N’est-ce pas ma voix et la vôtre qui est issue de tous les silences ? Parlez, frères de contrées, pensez par le silence car il est le conseil de la profondeur. La nuit et le silence du sable quand le vent souffle sont mes amis. Rendez leur honneur. RENDEZ LEUR HONNEUR ! » Il avait crié, parlé fortement dans l’avant plan qui faisait résonnance (voulue) dans le bord du Palais. Sa voix, forte et puissante, ainsi que ses paroles, avaient été entendues par toute la contrée, proche du Palais, et pas si immense en nombre que cela.

Son chant et ses mots n’avaient pu manquer de marquer et toucher les esprits. Il parlait de passion, de silence de nuit, de désert, de vent qui soufflait et enroulait ses paroles dans une poésie que, tous, malgré leur plus pur conscient et après cette musique, ne pu manquer d’emporter leurs pensées, leur cœur, la signification même de la nature, du désert, des émotions, de la matière qui s’emporte et s’effrite, et dure,        du cœur, du silence, de la passion. Car tous avaient compris, avaient ressenti. Et cette phrase, doublée par Minor. « Rendez leur honneur ». Car tous connaissaient l’histoire de Minor, cet enfant prodige revenu de la vallée des ombres rampantes et qui imposait le silence par sa présence, et qui était le descendant d’un Roi puissant et d’une Reine aimée. Minor, sans en avoir pleinement conscience, avait déchainé les passions. Tous dans la contrée se mirent à balbutier, à chanter doucement, à prendre leurs tambours et leur violes, car ils avaient tous compris, la musique du chant parlé de Minor emportant tout, que c’était l’avènement de leur Roi.

Un chant, des chants puissants chantés par les femmes et les hommes s’élevèrent dans la contrée, certains butant sur leurs mots, inventant une langue compréhensible mais plein de néologismes et d’erreurs heureuses, le tout dans une harmonie et un bruit, un chant et des instruments montants dans la vallée, harmonieusement. Un souffle coloré et légèrement noir comme un crépuscule d’été empli la contrée. Le sens profond des paroles de Minor avait été compris, mais leurs cœurs parlaient en musique. Ils rendaient honneur à tout, et à tous, et à eux-mêmes. La fierté se comprendrait, sciemment, plus tard.

Minor était fier de son peuple, un peu de lui-même, et était enveloppé par les mélodies. Il alla se retirer vers le fond de son palais, les balbutiements et les chants se faisant à son écoute, les tambours et les cordes lissées d’archets résonnant en notes comme des gouttes de pluie, même par ce temps sec. Il se mit à balbutier lui aussi, à ne plus vouloir de symboles, mais parla d’une langue pleine d’infractions langagières, de ruptures, il se mit à parler seul, doucement et dans le silence. Il s’assit, fatigué, conscient d’avoir donné de son cœur, un peu de son cœur, à son peuple, avait longuement pensé à ce discours, et avait été surpris du résultat. Sa main gratta doucement son front, il avait les yeux mi-clos, emporté par une saine fatigue. Son balbutiement et ses petites paroles, son parler, se transforma soudain en légères pensées voletantes dans le silence. Pouvait-il lui-même chanter ? Il avait chanté, chanté indirectement, et la voix de son cœur et sa passion, ainsi que sa poésie avaient résonnés et s’était imprimés dans les esprits et une part de la culture de la contrée. Il savait qu’il pouvait gérer les choses et les amener à un certain terme, heureux pour cette fois-ci. Un  souffle s’échappa de ses lèvres, il plissa les yeux, et le silence commença à faire doucement, comme une petite molette tournante, de la musique dans son propre cœur. Il se sentait capable de régner, il savait inspirer, mais maintenant, il le savait, après avoir été maître du silence, il était maître et détenait le règne de son propre cœur.

 

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Ruban enroulé de signes

Publié le par Sam

Au-delà du terre-plein la plaine est commune des villes

Terre immuable des yeux

Des cristaux     larmes dans la nuit    et

Bouches calmes autres bouches qui soufflent

De la fumée

D’autres bouches qui murmurent

 

Un grenat noir le temps des caresses du Temps

Reflet mon âme en ces yeux qui toujours sont cisaillés

Par mon cœur jaillissant pourpre jusqu’à cristal aux prunelles

Un temps pour les ombres fussent elles vautours

Reliées à l’envers temps et un le un du dé

Jouons le dé tourne et m’indique le noir

C’est le présent

Le jour est beau immuable le soleil les nuages le souffle le matin

Noir, résultat du dé le dé des cristaux des yeux est mon énigme

Tu sais les yeux d’enfant ces bijoux on ne les perd pas

L’homme vivant parfois m’est étranger

Compagnie fugace et pleine quand le cœur prend de l’haleine

Instants clos dans les lieux fermés

On écoute, pastélisés au fusain à l’écoute des rais de soleil humains

Le silence habite un mystère qui dessine à la bouche une expression

Exposition des cristaux aux yeux des jeunes et des autres

Fantôme traine ta traîne de momie d’or tu passionnes

Encore les jeunes filles et ta passion d’or humain et bleu

Se rend bien bien dans les yeux

Au fond le doux vivant enrubanné de mort passe

Le silence ô mon repaire

Tu fais encore bien écho aux dehors

Sous les bruits des villes

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Rose du Dragon (Enfants de la Lumière) (Ravnos)

Publié le par Sam

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