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Art poética blog

Articles avec #litterature

Lamiae (roman) (début)

7 Juillet 2017, 22:43pm

Publié par Samuel

 

 

CHAPITRE 1

 

 

 

Dans ces landes terreuses et noires de terre, où l’herbe pousse. Le noir de suie de la nuit éclairée par la lune et les lumières électriques laissent le terre-plein des campagnes semi-urbaines dans une atmosphère froide.

Doit-on stopper son attention et sa marche, par craintes, continuer son chemin quand on se trouve à l'arrêt devant ces demi-landes, la nuit, ou le jour, ou au crépuscule ; quand on voit ce désert de terres, cela est insoluble. Le néant exprimé devant ces terres et ce danger atmosphérique résidant dans ou au-dessus, ou directement en dessous de ces champs en friche est palpable. A deux ou trois kilomètres on peut trouver des habitations, mais, cependant, la peur ressentie ici est quasi indétectable dans la sphère de la conscience brute, on est donc soumis à l'arrêt total. La conscience a peut-être peur mais c'est avant tout l'effroi, et non en premier lieu la peur, qui est ressenti là. Dans le sens où cette peur ne saurait être nommée et repérée, elle est embrassante comme un vent tiède, quand on y est sensible. Un vent tiède chargé de scories épouvantables, quand on sent mieux. Quand on regarde mieux.

Quand on connaît déjà la nature du danger on comprend cela. Du danger physique couplé au danger psychologique ; à savoir, en définitive, le pur danger de mort lui-même. Ô Lamies. Il y a beaucoup de danger ici. Il fait nuit. Peut-être que cette zone est dangereuse. Quand les lamies sont sous la terre elles écoutent.

 

Elles sont nues, sous la terre, sauvages, à peau blanche, de chairs et d'os immortels, et éternelles. Chairs incorruptibles, sang non-humain sous la peau, crocs rétractiles comme des couteaux à crans d'arrêts dans la continuité de leurs canines, plantées ou plutôt ayant poussé dans leurs gencives à leur naissance au monde de la nuit en tant que vampires par acte surnaturel. A savoir, canines qui grandissent comme quand on sort un couteau de son étui. Les lames sont visibles.

Dentitions pleines et crocs sortis, blancs, crocs qui sortent pour tuer, parfois, ou pour saluer quelque chose de terrible, comme hurlerait un loup dans la nuit. Puis la dentition normale quand les deux crocs rentrent dans la cavité des gencives.

 

Bouches fermées, intégralement nues, voleuses de vêtements de tous les siècles, la terre et l'air leur sont soumis. Et si un quelconque labyrinthe mental, verbal, psychologique ou humain se trouve quelque part, ces lamies le résoudront. Complexités mentales, complexes identitaires d'un enfant de quatre ans, perversions psychologiques des adultes délicatement et promptement avérées dans l'esprit et dans les actes, douleurs et joies humaines, elles entendent quasiment tout des pensées et des sentiments des êtres qui pensent et ressentent non loin d'elles. Dans la terre, ou sur la nuit, dehors, à hurlasser des couinements de bêtes près des masures étranges. Elles sont ainsi. Complexes, inversées et résolues. En tant que telles, rien de plus étrange, à priori.

 

Les pensées des hommes heurtent leurs esprits, elles sont en permanence en écoute. Qui criminel ici passe, sera vu ici si crime avéré, et sera tué ici peut-être. Nues, fourrées dans la terre. Il fait froid ici.

On se demanderait, à nôtre époque, ce qu’est réellement en définitive une lamie. Ô lamie. Lamiae. Vocatif latin de Lamie. Entre les nosferatus, strigoïs, moroïs, et l’origine vampire, les lamies sont les plus fortes.

Il se trouve particulièrement qu’en Essonnes, la zone qui vient d’être décrite peut exister en plusieurs endroits. On appelle cela les champs en friche.

Reporté sur les bordures de la Seine en Essonnes, Etampes, Juvisy, Savigny-sur-Orge, beaucoup de champs de fleurs les jouxtent. Territoire vampire. Les habitations les jouxtent. Le vent souffle. On vous écoute.

On vous écoute. Jean Dubellay. Ingmar Bergman. Sophie Duhon. Et Lamia. Des noms. Lamia est Vampire. Vampire est la première Lamie. Lamia est la première Lamie. Elle a 40 000 ans. Une brune.

 

Lettre

1854

 

Je ne sais pas, Sophia, comment a disparu ton père, mais c’est insoutenable. C’était un homme infâme. Il s’en prenait aux enfants. A toi, si tu t’en souviens. Il a disparu. J’ai peur de ces champs. Je pars. Tu vas naître. Tu es née. Tu t’appelles Sophia. Tu as une sœur, Angèle. On s’en va des champs.

Ta maman.

 

1854.

 

Outre ce roman qui se voudra peut-être terrible, moi Lamia, existe. Ce n’est pas moi qui écris. Cette voix pourrait être celle de Lamia, ainsi qu’elle nous parvient à travers ce papier. Les lamies sont peut-être quarante ou cinquante dans l’existence entière.

Ces champs vides ont l’air terribles. Sûr. Danger. Hommes et femmes se risquent peu sous ce genre d’atmosphères.

 

En 1950, la police a remarqué la disparition de quatre hommes. Cheveux courts, dont un blond. Corpulents. Leurs corps ont été retrouvés intégralement vidés de leur sang sur un talus de campagne, alignés comme jetés là. L’enquête soulevait des choses qui n’étaient pas admissibles. Des interrogations qui n’appartenaient pas à la sorcellerie connue en 1950. On a pensé aux vampires. On a eu peur.

 

Rapport du commissariat de San Diego

Octobre 2016

 

Les corps sans vie retrouvés en France comportent le même modus operandi du tueur dit « aux mains noires ». Sévit en Amérique en 1960, corps vidé de leur sang abandonnés. Une sorte de scientifique qui utiliserait des cellules souches ou nature colle. Ou une aiguille très fine. Tueur méthodique.

 

 

La lamie était venue de loin. L’homme marchait avec l’enfant. L’enfant avait peur. L’homme était terrible. L’enfant ne savait pas. L’homme était excité.

Puis la lamie a collé brutalement sa bouche sur le cou de l’homme et lui a maintenu fermement la tête. Les crocs sont sortis. Il les a sentis dans son cou, sous la peau. Pas bouger. Pas bouger. Elle a aspiré. Glop. Glop. Glop. Glop. Ce n’est pas un chien qui ferait cela. Une vampire oui. L’homme est tombé. Mort. Un homme mort. Cette fois-ci. Homme. Et l’enfant. Le regarder. Le laisser regagner la ville.

 

 

*

 

 

Il eut fallu que les histoires racontées ici puissent être vraies. C’est une hypothèse. L’hypothèse du vampire est réelle. On dit « j’ai vu cela ». A ce point du roman, nous n’aborderont plus l’hypothèse mais la possibilité d’une existence.

Les jeunes enfants en sont à l’hypothèse du vampire. Là où l’imagination est féconde, tenue par peu de brides, et où la peur et les lointaines légendes influent comme le vent et le soleil, comme la lune entraperçue, sur l’imagination comme l’eau et la terre sur des graines de fleurs étranges, formant bientôt tout un champ compact et odorant. Imaginer un vampire pour un enfant qui a lu peu de contes, a eu vent de certaines histoires, non pas les plus modernes ; le vampire est avant tout une créature de la nuit. La nuit est son aurore, son palais, à cette imagination vampirique, et ce n’est non pas la douce vague crépusculaire nocturne de l’adolescence qui vient bercer la légende du vampire, mais la plus noire peur de la nuit, berceau des créatures et de l’imagination enfantine. La peur tenace de la nuit, là où tout danger rôde, où tout le monde est rentré chez soi, couché, et dort. Là dans la nuit, ou sous la terre, dans les bois et les contrées inconnues, dans les maisons abandonnées des vieilles villes ou les tombes des cimetières vivent les vampires. Ils se nourrissent de sang humain, chassent, tuent, arrachent les chairs, crient, hurlent, murmurent, et ont une force et une rapidité de reptile agressif. Ont des crocs dans les gencives, sont faits de chairs immortelles et ne peuvent vieillir, ni mourir, Sont non-humains, n’appartiennent pas à la communauté française, anglaise, japonaise ou américaine des adultes et des civilisés qui payent leurs impôts et conduisent des voitures, ont un travail, mais vivent de sang, et appartiennent à tous les pays, toutes les communautés alliées à la nature, et sont les prédateurs du genre humain. Des bêtes nocturnes prêtes à tuer quiconque.

Dire Lamiae c’est dire « Toi, Lamie ! ». Mais la lamie est avant tout humaine. C’est ce qui justifie son existence. Peu d’auteurs en ont réellement fait mention. C’est la caste des intouchables guerriers ? Faux. Vampire, c’est les Dieux. Lamia, à l’ère préhistorique, est à l’origine de la formule Dies Ira. Colère de Dieu. Quand une femme bafouée et violée par les hommes dominateurs du clan de Gurath, sauvage chef des contrées asiatiques, berceau de l’Europe entière il y a quarante mille ans, contrée d’hommes et de femmes aux cheveux noirs où les muscles, les cris et la domination masculine aidée de chiens apprivoisés et domptés pour tuer et dominer, Lamia la fragile un jour de sombre pluie de nuit réclama vengeance et aide. Par delà les contrées vides et désertiques, la grotte où foisonnaient des plantes et des arbres difformes qu’on n’eu jamais arraché ni touché et laissé grandir depuis mille ans ; elle, la Déesse noire impie contre les hommes et pour la femme, ainsi érigée humainement, intellectuellement et surnaturellement en Déesse Vampire isolée, qui contribuera comme toutes les femmes passées et futures au mythe de la déesse Hécate, descendante de la Grande Mère Vampire Läysa, femme de Caïn. Ainsi la déesse eu pitié de Lamia, et lui donna son sang au crépuscule, et ils passèrent la nuit à discuter de sorcellerie, de dialectique, de culture et de révolte, de mots terribles acceptés par la lune.

Quand Lamia rentra dans sa contrée elle était nue, maculée de sang de fou violeur et tueur, elle avait bu le sang d’un homme qui avait fait d’une petite enfant son esclave, et elle s’était bâfrée de sang et de barbarie avec cet homme. Elle en avait partout. Du sang séché. La jeune enfant lui avait raconté qu’elle avait été volée à sa mère par cet étranger et que depuis elle était son esclave sexuelle et qu’il la battait. Il y avait de plus une liaison avec la souveraineté clanique de Gurath, goûteur du Tout, consommateur de chair humaine, violeur d’enfants et violeur de femmes. Les femmes et les enfants représentaient un pouvoir non négligeable mais les chiens dont disposait l’oligarchie Gurathienne empêchait les révoltes. Ils avaient la violence pour eux.

Lamia, nue et en sang, miaulait à Gurath qu’elle était sa Reine et qu’elle se réclamait de son culte, qu’elle serait son esclave. Elle faisait les yeux noirs doux au chef des deux-cents habitants de la contrée. Il s’avança pour en prendre possession, excité et fasciné par son allure guerrière et sensuelle, dans tout ce rouge pour peu de blanc, alors Lamia leva la tête, à la vue de tous, ses crocs sortirent peu à peu de sa bouche ouverte, d’un grand ivoire immaculé de loup, avec pour toile de fond un ciel blanc. Ce fut le silence. Elle hypnotisa Gurath, qui vint près d’elle, mais comme elle le voulait, comme un chiot apprivoisé. Il était frêle, hagard, et elle planta ses crocs dans sa gorge, non à la manière moderne, c'est-à-dire d’une façon si subtile qu’elle en devient quasi insensible, mais d’une façon brutale, et lui pris l’intégralité de son sang en cinq minutes. Il était blanc cadavre émacié par la mort quand il tomba. La bouche de Lamia n’était pas maculée de sang frais et liquide, on aurait dit un enchantement, mais au vu des crocs de la Vampire, et des deux trous comme des bourgeons noirs au cou mort de Gurath, tout le monde su qu’elle l’avait bu.

Elle lisait dans le sang de Gurath-le-mort, et compris les étranges et ténus liens politiques qui unissaient certains hommes. En place publique, elle révéla les liens, les histoires arrivées avant sa naissance dont il était impossible qu’elle en fusse au courant, des mots prononcés par certains que Gurath avait recueillit et de ce fait les dix hommes du clan, les dompteurs et les tueurs, eurent peur. Elle comprit en lisant dans les souvenirs de Gurath que la violence de la femme et son intelligence sont mille fois plus venimeuses et subtiles que celles des hommes aux gros muscles et aux gros chiens, et de ce fait, elle défit les manipulations du chef en libérant les consciences des femmes et des adolescents violés ; les esclaves. Leur esprit et leur colère pouvaient vaincre le pouvoir des onze, dont Gurath-le-mort, et ainsi, galvanisés par le concept de bande de coléreux en furie légitimés par leur victimisation, à savoir le crime, à savoir la justice, les esclaves violés parlèrent chacun à leur tour. Les dix du clan étaient vieux à présent, et leur petit savoir manipulatoire ne faisait pas le poids face à la colère même d’esclaves violés en groupe. Un ordre venu du bafoué. Le cri de la douleur. Les murmures de la colère. Pouvoir à Lamia la vampire ! Les adolescents et les adolescentes violés, ainsi que les enfants approchant dix ans, montrèrent leurs dents et ramassèrent des pierres. Les chiens commençaient à glapir devant une bestialité qui les dépassait. Une bestialité humaine. Les dix furent tués. Lamia devint chef. Le Dies Ira fut dit.

On imagine comment une femme bafouée par des hommes violents en arrive, par le sang d’une vraie déesse vampire, à se révolter intérieurement, comme Hécate, et dire « Dies Ira ». Colère de Dieu. Et Lamia est toujours la colère de Dieu. Le prénom Lamia. Le Dies Ira des sorciers.

On peut supposer que Mozart fut maltraité. On peut supposer une justice divine. On peut supposer la colère de perdre son père. Colère simple. Le deuxième morceau du Requiem de Mozart est très « Dies Ira ». Quand les tambours et les violons sont comme une montée fraîche et en même temps acide de vent, et que les chœurs martèlent avec les tambours noirs de la colère.

Carmina Burana de Carl Orff est aussi parfaitement « Dies Ira ». Beau, colérique, humain, et juste. Une justice vampirique. Ainsi fut la colère de Lamia il y a 40 000 ans.

Mais le crime perdura pendant longtemps. Jésus de Nazareth instaura une vraie compassion. Une vraie Raison. Mais le crime ! Terrible. Cela n’est pas Chrétien. Il y a peu de restes des anciennes colères d’antan. Des anciennes mélodies d’antan.

Certes ici nous parlons des lamies, et peut-être des autres vampires. Nous parlons avant tout d’humanité, d’une certaine justice. Quand les hommes et les femmes sont humains, c’est toute la vie du monde. Mais il y a des viols issus d’envies, de maladies perverses et des crimes réels, et pour les lamies et les autres vampires, et les lycanthropes, quand c’est trop, il faut stopper l’horreur.

Car les loups garous, au mieux par eux-mêmes nommés, les loups, tous descendants d’un être, sorte de Dieu à son époque, la Pangée, Père Loup, qui fut disposé à la métamorphose, créateur de lignées, et ayant comme disciple, femme ou fille, Luna la Grande Mère des loups, cela se situe environ à dix mille ans dans le passé. Il faut savoir qu’à chaque fois que dans le monde des hommes sont apparues des entités surnaturelles, tels que les sorcières, les vampires ou les loups, ce n’est pas forcément la domination d’un peuple qui fut la grande question morale et porteuse des actes violents ou psychologiques contre l’homme, pour ces êtres éternels, mais la justice. La justice avant tout, avant le règne, et le règne éternel des défenseurs de l’homme, de la femme ou de l’enfant. Car toutes formes de crimes cachés n’échappent pas aux perceptions auditives des vampires, lamies surtout, sous la terre, et aux hommes-loups, descendants de Luna, qui dans leurs actes de violence adoptent la forme Gauru, c'est-à-dire un loup-garou de trois mètres de haut très rapide, mu par une violence bestiale.

Grâce au sang d’un Loup, l’immortalité et les dons de métamorphose font jour en un homme ou une femme, mais cependant la nature et l’intelligence d’un loup-garou est de transférer, par rituel intellectuel et magique, son pouvoir en un homme. C’est l’un des clans surnaturels les plus puissants et les plus effrayants de l’humanité. Il est rare que vampires et loups aient connaissance de l’existence l’un de l’autre. C’est comme comparer la beauté d’un crépuscule de lune sanglante, pour les vampires, à des rugissements et des hurlements nocturnes en groupe, pour les Loups. Et croyez-le, autant la légitimité du clan de l’un est une exception et un don inestimable pour son existence éternelle pour une espèce, tout autant le mythe de l’autre créature demeure encore plus ignoré et mis en doute pour chacun. Caché.

La colère engendre le Gauru, et le Gauru engendre le silence après le meurtre. La forme loup-garou est la forme guerrière, mais un chaman-loup sait se transformer en toutes créatures, comme le loup, le chat, l’aigle, le vautour, le moineau, ou la fumée. Vlad Draculia bénéficia d’un tel enseignement, et comme le raconte Bram Stoker, possède ces pouvoirs de métamorphoses…

 

Pas les lamies, qui avec l’âge, cinq cents ans minimum, marient invisibilité, force rapide et imparable, et colère de la bête. Le crime vicieux a toujours engendré ce genre de comportement bestial de la part d’un être humain très âgé, vampire souvent, et c’est avant tout la morale et la justice, et un certain désir de punir, avec tout l’effroi du monde, rarement mimé, qui a toujours motivé les vampires à être et à agir comme cela. Mi-bêtes voraces mi-gardiens. C’était inéluctable.

 

 

*

 

Le petit Antoine, âgé de six ans, était dans une ambiance pathétique dans son esprit comme à l’accoutumée. Désirs de suicide, pensée qui gonfle et qui ne trouve appui nulle part, désirs de suicide, et attachement mêlé à la haine de son père. L’Amour était tout, on le lui avait répété depuis son enfance. Surtout sa mère, si attachée à son père. Qu’est-ce que l’amour ? avait demandé Antoine à son père. C’est un sentiment puissant tu sais. Il y a plein de sentiments puissants dans le corps de chacun. Et comme te le diront les adultes, quand tu aimes, tu appartiens intégralement à l’autre… Tout ? lui avait demandé Antoine. Oui tout Antoine. Et ils s’étaient profondément serrés l’un l’autre, son père avait fait glisser sa main dans son dos, puis lui avait caressé les cheveux. Il avait fait comme quand il avait l’âge d’Antoine où il avait commencé à envisager ce genre de scènes avec son esprit d’enfant, avec un autre enfant, quand il serait adulte. Il y avait mille scénarios inscrits dans son esprit depuis ses cinq ans, quand personne ne prenait soin de lui, ne lui disait rien, et où ses parents étaient de terribles rochers sans grande âme, ni compassion ni affection. Ce n’était pas le mal qui avait pris racine dans le corps et l’esprit du père d’Antoine ces années là, et bien avant encore. C’était l’indifférenciation intellectuelle et instinctive. Aucun sentiment de Bien, et de son pendant le Mal, n’avaient jamais été reconnus dans l’esprit du père d’Antoine. Ni par lui-même, ni par le dehors. Il fallait du Bien. Du bien dans l’indifférenciation sauvage. La jouissance, qui généralement caractérise le summum d’une préparation (à savoir la cuisine, comme il allait l’apprendre trés vite), ou le continuum d’un acte sexuel, ou la réponse à une bonne réflexion philosophique. En tout cela le père d’Antoine voulait bien reconnaître du Bien, mais pas dans la forme générale. Il avait une grande culture, une bonne analyse, mais ne retenait que ce sentiment de jouissance qui caractérise les préceptes intellectuels et sensoriels. Au but ultime de ces préceptes, le Bien dans la jouissance. Il ne connaissait pas les préceptes du Monde, la grande naturalité de l’homme qui est, de l’enfant qui est, de l’humain qui ressent. Tout cela est le Bien. Mais tout cela, avant tout, depuis un âge précoce, toute forme humaine lui faisait du Mal. Dans le Rien, on ne sait rien. Mais si on savait que ce rien dans sa stabilité et dans son absence de pensée représente le bien mental et corporel, et que l’atteinte et la souffrance représentent le Mal, alors tout irait mieux pour l’enfant, plus tard devenu père. Il sortirait de lui-même, reviendrait à son esprit, au Bien. Mais on imagine qu’avec de tels rochers parentaux inaffectifs et peu au courant de ce qu’est l’enfance, ou un enfant, cela serait un cri sans bras. Très très terrible cela. De ce fait depuis ses cinq ans le père d’Antoine remuglait des idées de manipulation ayant pour but sa jouissance au détriment de l’autre, à savoir des actes intellectuels et physiques ayant un lien particulier, pour lui, comme étant tous de nature sexuelle. A savoir, c’était un pervers polymorphe. Très franchement atteint mentalement par cette pathologie.

 

Antoine aimait son père, qui pour ce dernier commençait par être attiré par son corps, par son visage, tout le portrait de sa mère. Peu de lui, voire pas du tout dans son visage, comme d’habitude avec ce genre d’histoire. L’amour n’est pas aveugle, faire un enfant prend de l’amour, du désir et beaucoup de temps (comprenez…) et c’est rare que l’ovule d’un chat femelle tolère la semence d’un reptile mâle. Ainsi que ses manières. Mais plutôt son argent et sa situation professionnelle, oui. Donc on était parti pour une vie à trois. Savigny le Temple. Appartement assez grand pour tolérer trois personnes.

Quand on avait vu arriver Joffrey, le père, et Marylène, sa compagne, tout le monde dans la ville avait senti l’embrouille. Les femmes qui s’y connaissaient avait plissé les yeux, senti le mourant total, le danger incarné. Des femmes violées habituées à ce genre de manège personnel. La même fausse autorité basée sur des pruneaux, le même discours en latence qui n’aboutissait sur rien, et les manœuvres intellectuelles permanentes comme on rassure un pauvre chien inquiet. Ça marchait pour les gens qui n’y connaissaient rien. Pour les autres, on s’enfuyait du coin maudit, parce qu’au fond, on savait qu’on était triquard. Des deux côtés de la rue. Trop de lucidité pour Joffrey ? Ceux là ne sont pas convenables. Il était presque impossible pour un enfant martyrisé psychologiquement de faire appel et d’avoir ne serait-ce qu’une vraie référence humaine. Adulte, c’était connard-je-t’aime pour Antoine. Pas autre chose. Joffrey, le père d’Antoine, n’arrêtait pas de bander, et c’était très bien comme cela. Il fallait augmenter la qualité du régime. Ce qu’il avait appris avec le temps, c’est que la civilisation à tendance à devenir plus vivable et la dose de liberté à augmenter avec les siècles (concernant la masse éduquée) (comparant la masse éduquée d’Athènes dans l’Antiquité et la masse éduquée de l’Essonnes au vingt et unième siècle, on relèguerait presque les premiers dans les bordels sadomasochistes de la cité, et les seconds aux affaires sociales –excepté Socrate, d’un point de vue moderne). Bref ainsi tout s’améliorait avec le temps. Et pour lui, cela dans la notion de jouissance.

 

Il avait largement manipulé Antoine depuis ses un an, à la discrétion de la vue de sa mère, quand elle n’était pas là, ou la nuit, quand elle dormait. Il se tartinait le pénis de Nutella et obligeait son fils à le bouffer depuis ses un an. Le reste n’était pas si évident. Cela suffisait à son plaisir sexuel, mais toutes les semaines, c’était déjà un viol répété pour un pédophile addict à la pédophilie. Antoine lapait du Nutella avec le pénis de son père tous les dimanches. Le plaisir chocolaté, auquel il n’aurait pas eu tant droit, avec cette manipulation de son père, rendait ce viol rituel possible. Tout enfant violé vous racontera bien pire. Faîtes moi confiance.

 

Cependant, on allait, se disait Joffrey en mangeant son steak et en buvant son verre de vin, maintenant passer à la pénétration. Le fait de bander en pensant à cela, tout en ayant du steak dans la bouche et en buvant son vin, réussi à donner un monstrueux orgasme à Joffrey.

 

Noémie la lamie dégueulait sous terre. Cela faisait cinq ans qu’elle assistait à distance à ce rituel. Le môme nageait dans du purin sensoriel et intellectuel. Un purin chaud de toute la maladie morale et intellectuelle du monde. Entre la haine, l’emprise, et le désir que quelque chose d’autre existe, on était dans l’horreur. Quand on lui faisait de la soupe c’était limite si il mordait le liquide, essayant de respirer durant tout son temps de vie.

Il entrait en CP et son graphisme était totalement désorganisé. Ses lettres débordaient de la feuille quadrillée, et il envisageait les accents comme en anglais, c'est-à-dire implicites et non écrits. Il n’avait eu que des cinq sur dix dans cet exercice graphique. La dictée, il n’écoutait pas. Cependant en mathématiques il répondait bien. Parfois il s’effondrait sur sa table, victime d’un choc interne, mais se forçait mentalement et intellectuellement à tenir bon. C’était toujours vers la fin de la semaine, proche du viol rituel du dimanche. A la cantine il se forçait à adopter des bonnes manières, et il n’avait pas réuni en lui assez de bien être et d’indépendance affective pour seulement pouvoir être lui-même et tisser un lien avec les autres. Ceci expliquant cela. Sa maîtresse se posait beaucoup de questions, tant elle voyait dans son regard, ses yeux cernés, toute la déprime d’un enfant intelligent isolé, souffrant, et déprimé. Elle avait été si choquée de l’état cataclysmique d’Antoine qu’elle se demandait comment faire avec ses parents. Si il était maltraité dans sa famille. Elle sentait quelque chose, quelque chose dont elle avait aux journaux entendu parler, mais que son manque d’expérience réelle ne pouvait réellement identifier. Un viol continu depuis ses un an.

 

Noémie et Sophia n’avaient pas bougé de sous la terre depuis le viol du Dimanche. Elles voyaient l’intérieur des pensées du père et ses ressentis, et ne pouvaient conclure qu’à une pure folie. Vu de la pensée de ces deux lamies, enfouies dans le champs de blé à deux kilomètres, le monde de Joffrey était une véritable tartine de graisse chaude parfumée au musc. Et il en tirait ses préceptes de vie. Un dingue inconscient, au fond du fond, de ce qu’il fait (sinon il ne le ferait pas), et qui fait d’un enfant une victime. (Tout cela pour Joffrey, le mot « victime », la nature de « l’enfant », n’avait véritablement aucun sens. Une chose servait à son plaisir, comme d’habitude).

 

- On peut pas le bazarder il a besoin d’un référent son fils

- Je préfère rien

- T’es tarée Sylvia. Vu ce qu’il a dans la tête et la nature irrépressible de ses instincts, je te jure il va pénétrer. Tout.

 

<Je le laperai son kiki de roudoudou mon petit Antoine. Oh. Oh qu’est-ce que je t’aime Antoine mon loup de six ans et demi t’est beau. Oh. Un petit cochon pour la grosse cochonne de Joffrey. Ouh je l’aime. Ah l’anus au cul au cul au cul oh mon loup. T’as six ans et… Ouh la la Ouh la la et puis y’en aaaaaa d’auuuutres ah ah ah aha ah.>

 

- Tout. Sûr. C’est un malade.

- Je vais vomir dans la terre. Merde.

- Y a pire mais quand c’est à vomir. Oh putain…

 

Quand à savoir si ce dialogue entre trois lamies sous la terre qui pendant cinq ans ont surveillé Antoine et son père est moral, entendons-nous bien. Les lamies entendent tout, voient presque tout. Du moins ce qui leur tombe dans leur esprit. Les meurtres, les viols complets, le cannibalisme, les sérials killers, les meurtres familiaux par un membre de la famille, les cassages de gueules violents jusqu’au sang, et les crises d’angoisse des gamines après l’école, ou avant. Souiller la bouche et le visage avec la chair. Pour elle ce n’est pas vraiment tuer la chair d’un enfant. Dans la mesure où l’on puisse intervenir sans que cela paraisse trop bizarre ou que l’on se doute de la surnaturalité de l’acte par impossibilité du meurtre, de la disparition, ou simplement des conséquences graves sur l’entourage d une disparition brutale. Il y a ici beaucoup de paramètres.

 

*

 

Joffrey avait trente deux ans. Il avait vingt six ans quand Antoine est né. Antoine avait des yeux presque japonais, des cheveux blonds, comme Marylène, une bouche très dessinée et semi-épaisse et de belles pommettes saillantes et un visage qui serait filiforme plus tard. Joffrey était roux, les traits un peu carrés, fondus dans une sorte d’ovale, une bouche dégueulasse sans style, du genre limaces anorexiques de lèvres. Quant au nez il n’avait rien de droit, de vraiment bien ligné, et se tenait dans l’agression, sans même former un moindre pic qui signifierait un sens aiguisé de l’intellect. C’était « l’autre forme ». Le tout pour Joffrey semblait harmonieux, pour qui demande peu, et qui serait à considérer, après le très bon parfum pour femmes de Jean Paul Gaultier, le parfum pour homme « le mâle » comme un bon parfum, tout cela parce qu’il ne sent que le musc. Alors qu’il n’exhale que la violence et la grossièreté, avec un surrajout de musc. C’est tout. Le genre d’homme à séduire celles qui n’ont que de l’ignorance de la chose belle comme idéal, à savoir « cela ressemble à un homme qui n’est pas laid, donc c’est beau ». L’ignorance du charme fait parfois certaines confusions et erreurs. Joffrey composait son charme avec un semblant d’autorité qui consistait à élever la voix, rabaisser, sourire comme il avait vu sourire dans un âge plus jeune ceux qui plaisaient aux filles, faire un regard attirant, se composer un masque, et finalement puer. Mais beaucoup aiment « le mâle » de Jean Paul Gaultier. La haine de l’homme hétérosexuel telle que la porte Jean Paul Gaultier, sa haine des manières grossières et le contentement du « au plus visible » au nez, fut une philosophie qui se communiqua à presque tous les parfumeurs des années 2010. Refusant catégoriquement de diffuser leurs parfums chez les hommes, au vu de la qualité humaine de l’homme qui tombait au plus bas et au plus superficiel, ce ne furent plus, dans ces années, que des créations pour femmes qui étaient rares, le reste n’était que redites, pompages d’idées qui avaient fait gloire vingt ans avant, et la suppression de toute finesse odorifère. Sauf deux ou trois parfums, plus les anciens (si réédités). De ce fait à la fin des années deux-mille dix les hommes puaient quand ils se parfumaient, n’exhalaient plus rien de fin quant à ce qu’ils portaient, plus rien ne surprenait l’esprit et les sens par son odeur. On avait décidé, en généralité, dans le milieu des parfumeurs, de ne plus cacher la grossièreté de l’homme. Tout pour la femme. L’auteur de ces lignes trouva cela bien, et fit pareil avec ses parfums. Cherchez ailleurs.

 

Joffrey outrepassait la puanteur, et transformait cela en charme. Factice. On aurait vu ses expressions quand il avait ses pensées de scénarios sexo-intellectuels, une jeune fille aurait pleuré de peur rien qu’à le regarder. C’était outre la vulgarité. Il fallait le cacher, et faire l’inverse. Séduire, manipuler, avoir, et jouir. Vite. Vite Vite. C’était dans l’époque. Vite.

 

Vite. La chair va vite quand elle communique. La mère souffre et le père souffre quand l’enfant va mal. Il n’y a pas d’âge mineur pour la communication de l’enfant aux parents quand il souffre. Chair de ma chair.

Quand il eu violé Antoine pour la première fois, Joffrey se sentait très bien, il avait enfin réalisé son fantasme. Une vraie libération des limites. Plus rien ne l’arrêterai. Et il se sentait bien. Au loin dans une autre ville de l’Essonnes, Clément chancela, et senti son âme se ronger en elle-même, ainsi que sa pensée. Car Antoine souffrait beaucoup dans sa chair et dans son esprit de un an. Une lame de couteau sur le dos de la main qui coupe, qui coupe, qui s’enfonce. Marylène souffrait aussi, elle ne savait pas pourquoi, mais il fallait faire bonne figure devant Joffrey. C’était l’homme avant tout. Et elle la femme. Résister, faire bonne figure. Et consoler Antoine qui semble triste.

 

L’homme qui la baisait sans qu’elle ne connaisse jamais d’orgasmes, jamais, mais un certain plaisir. Son homme. Le fric, la situation professionnelle. La gueule. Oh quel charme vicieux il a mon homme et qu’est-ce qu’il est gentil… Et il me… baise… oh putain c’est bon j’en ai tant besoin. Mais Clément. Où est passé mon Clément, mon cher et bon Clément… Ça fait deux ans qu’il est parti… Et Antoine est né… Oh les yeux de Clément, la bouche de Clément… le visage aquilin de Clément… Il m’a tellement fait jouir… Et ça coulait ce liquide, et ça recoulait de mon sexe quand j’avais ces orgasmes… oh j’ai au moins joui dans mon existence sexuelle… Il fallait trouver un pendant je sais maintenant pourquoi j’ai choisi Joffrey… Mais c’est son père… Mais c’est son père…

 

Joffrey était le père attitré d’Antoine et il était empli d’excitation profonde. Il voulait avant tout vivre ses désirs pédophiles. Dans le monde entier. Avec cette jeune fille de sept ans et demi qui sortait tous les soirs de l’école primaire, cette jeune fille blonde au corps élancé dont il savait comment gagner sa confiance.

 

A l’heure dite, le jour dit, Joffrey se prépara intellectuellement à vivre son fantasme. Il était le maître du monde ainsi que de tous les enfants. L’école. L’école. Vite.

 

La sortie était à cinq heures du soir. La sortie des cours de l’école. L’école. D’un air enjoué, il se mêla aux parents qui attendaient leurs enfants. Quand Eloïse sorti, il prît cette voix de père qui faisait tant confiance. Il se dirigeât vers Eloïse et pris un visage avenant ainsi qu’un sourire sérieux et confiant.

 

-Eloïse, ton père m’a demandé de te raccompagner. Il y a un problème.

-Oui monsieur, je vous suis.

 

Au fond d’elle-même, Eloïse avait peur. La boule au ventre. Mais elle était sous l’emprise de cet homme.

 

Il lui prît la main, le soir tombait déjà quand ils se dirigèrent vers la zone déserte des champs en friche. Pas la forêt. Les champs. Son fantasme.

 

*

 

 

Ils avaient marché une heure. Dans leur marche, c’était le silence et quelques remugles confiants de Joffrey à Eloïse. Eloïse ne savait rien de Joffrey, ne savait pas ce qu’il se passait, mais elle était avec Joffrey, et ne se risquait à rien d’autre qu’à marcher, comme on marche avec un adulte. L’emprise ici était trop forte pour qu’Eloïse ne fasse autre chose que de se taire, ne penser à rien, et être auprès de lui. Arrivés au milieu des champs déserts, Joffrey se tut. La petite fille absorba le noir du crépuscule de tout son être.

 

-Déshabille-toi.

 

Eloïse regarda Joffrey avec un regard fixe et noir, la bouche close. Elle le regardait avec peur. Que se passait-il. Maman. Papa. Que…

 

-Déshabille-toi, salope, allez !!!!!

 

Joffrey le pédophile arracha violemment les vêtements d’Eloïse en commençant par sa chemise, dont les boutons en plastique cassèrent. Elle se retrouva torse nu. Ils étaient là, au milieu des champs en friche, la petite fille blanche torse nu, et le pédophile excité devant elle, il la dépassait au moins de cinquante centimètres. Ils étaient là, debout, sur les champs en friche, dans le crépuscule.

 

-Tu m’excites, ah putain tu m’excites !!!!

 

Joffrey bandait. Il prit Eloïse par la taille et commença à lui enlever son jean. Eloïse poussa instinctivement un petit cri de défense et commença à dire non en criant faiblement.

 

Il se trouve que l’endroit où se trouvait ces deux étranges personnes était le territoire d’une troisième étrange personne, nommée Anastasia, brune, et qui avait quatre mille ans. Elle était nue, n’avait presque jamais mangé de sa vie, mangeait rarement, parfois, du pain, mais elle était nue à deux mètres sous la terre tendre qui soutenait Joffrey et Eloïse.

 

Anastasia commença à remonter dans la terre vers l’air ambiant, en fourrant la terre comme on enfonce un piquet dans celle-ci, faisant de toutes terres un terreau frais où l’on se glisse automatiquement, tout autant qu’on s’y enfonce ou que l’on y remonte à l’air libre. Anastasia n’était pas humaine.

 

Ses crocs commençaient, automatiquement, à sortir de ses gencives, il en est ainsi de tout vampire qui se trouve en situation de danger ou de gravité physique. Dieu l’a voulu ainsi. Quant au reste…

 

 

*

 

 

La terre commença à bouger et à refluer comme quand une taupe remonte à la surface. Joffrey ne s’apercevait de rien tant il luttait avec sa petite force d’adulte avec Eloïse, s’occupant à l’insulter. La lamie sortit les deux bras de la terre. Il commençait à faire nuit. Une femme nue aux longs cheveux noirs bouclés sortit de terre à trois mètres des deux mortels. La vampire regarda les deux être s’affairer, et se dirigeât lentement vers l’agresseur.

 

Elle lui prit le bras droit avec son bras droit, comme quand on ouvre facilement une porte, et le regarda droit dans les yeux. Joffrey était stupéfait d’horreur. Il comprenait soudainement qu’il y avait une barrière à ses actes. Elle lui murmura quelque chose à l’oreille, doucement, dans la nuit. « Tu vas mourir petit porc ».

 

Elle ficha ses crocs profondément dans son cou. Eloïse vit une femme nue dans la nuit qui mettait sa tête dans le cou du violeur qui était en train de l’agresser. Anastasia prit au moins deux litres de sang à son cou en aspirant à la gorge du pédophile. Ce fut suffisant pour que Joffrey s’écroule lentement. A la fin elle enfonça encore plus profondément ses deux crocs dans la chair. Il y avait deux très gros trous rouges dans le cou de Joffrey. Il tomba au sol et mourut. Ploc. Plaf. Bruit de la chair morte qui tombe.

 

 

*

 

 

La lamie nue et aux cheveux bruns bouclés regarda Eloïse de sa haute stature. Le violeur était mort. La petite fille la regardait d’un regard confiant, curieux et froid par cette nuit-ci.

 

-Tu dois rentrer

-Mais… Je… Où c’est ma maison je sais plus moi… Il est mort ?

-Il est mort. C’est fini.

-Arrête.

-Tu rentres par ici. Par ici. Tu te souviens ?

-Oui je me souviens…

-Par ici. Ta maison. Il est mort. Tu te souviens ?

 

Eloïse se souvenait qu’elle avait failli se faire violer par un homme. Il faisait frais dans la nuit. Elle remit sa chemise qui était tombée par terre. Il y avait deux boutons cassés. Elle ne parlerai pas du mort. La lamie avait montré la direction de la ville. Il y avait les lumières. Elle dirait qu’elle avait flâné avec ses amis. Elle connaissait bien Savigny le Temple. Elle voyait bien où était sa maison dans la ville. L’obscurité et la lune formaient une sorte de hâle lumineux sur toute cette étendue de champs. Il y avait les lumières de la ville plus loin. Elle commença à marcher. Seule. Loin des deux corps. Elle avait joué, ses boutons s’étaient cassés. Deux corps morts attendaient, non loin de la jeune fille, qui s’éloignait à pas sûr des champs et du carnage, du carnage humain et du carnage sanguin, sans autres traces que deux gros trous dans la gorge d’un connard. Il y aurait affaire de police. Eloïse marchait loin des deux morts, dont un des deux ne se relèverait jamais et redeviendrai poussière avec le temps. Les morts vont vite. Mais les mortels comme Joffrey et Eloïse ont un spécifique rapport « de prédateur à proie ». Les morts sont prédateurs. Il arrive aux vivants de se venger ou d’être destructeurs… Mais une autre « mort » que celle physique habite les vrais prédateurs des criminels de l’âme. Ce sont des sortes de héros qui rendent la justice. Nietzsche en parlait dans Zarathoustra. La chasse à la racaille. Comprendre cela. Joffrey pourrirait la nuit ici jusqu’à ce que l’on remarque quelque chose. La lamie cracha un peu la bouche ouverte et regarda la ville, et Eloïse s’en fut lentement.

 

 

 

 

CHAPITRE 2

 

 

 

Les corbeaux avaient joué avec les yeux de Joffrey et s’en étaient nourris pendant toute la nuit. Il y avait au moins vingt corbeaux qui cherchaient à manger sur le cadavre. On était la nuit de juin. Chaleur supportable, mais assez de chaud cependant pour que la rigidité du corps s’attendrisse avec les heures. Venaient les fourmis attirées par l’odeur de pourriture et de viande morte, à savoir de la nourriture pour elles, elles se faufilaient par les orbites avec tous les liquides sucrés et acides qui remuglaient du corps de Joffrey. On devait se nourrir et nourrir les larves. On se demande quelles générations de fourmis viendraient après, étant larves alimentées à la chair de cadavre de pédophile pour un temps. Puis vinrent les mouches à viande, avec leur crochet-tube faisant office de bouche, mouches dangereuses qui venaient en cette contrée depuis 2006. De la nourriture pour mouches, qui y déposeraient aussi leurs larves. Les asticots grouilleraient bientôt dans le corps. La mort attire ce qui mange. Tué par une morte-vivante, est-ce bien là une sorte de sacrifice utile ?

 

Le corps du mort était plutôt bien nourri, grand, assez de chair et de peau pour nourrir beaucoup de monde. La lamie regardait le spectacle à dix mètres de distance, voyant là un rituel qu’elle connaissait bien, sauf que cette fois-ci deux marques de crocs assez épaisses étaient restées dans la gorge du pédophile mort[SF1] .

 

 

*

 

 

Au matin, la police qui faisait ses rondes dans la ville et près de la forêt fut alerté par le bruit, tout d’abord par le boucan des corbeaux et des mouches sous le soleil, quand les deux policiers en voiture se posèrent sur la route en bordure de Savigny. Anton était sorti pour fumer une cigarette et se reposer à l’air libre, faisant une pause dans son travail. Son collègue lisait un magazine masculin.

 

-Alors tu lis ce truc Michael ?

-Attends y a des articles et les photos sont belles.

-Ah ouais (il lui passa le magazine) belle fille.

-Regarde un peu y a des trucs sur comment réussir…

- (il parcouru l’article) Ah tu sais on fait pas dans le commerce nous.

-Oui je sais. Mais… attends c’est quoi ce bruit ?

-Ah ouais le bourdonnement…  Ça corbaille le corbeau en groupe aussi !

 

Ils regardèrent aux alentours de là où ils étaient, et virent au loin dans les champs en friche déserts un gros amas noir constitué de corbeaux qui se partageaient un corps, et d’immenses nuées de mouches qui voulaient manger et pondre des œufs dans la viande. Le vent tournât soudainement vers eux.

 

-Ah putain y a un cadavre ! L’odeur de pourriture dégueulasse comme la semaine dernière. Oh non.

-Tu crois que c’est une série ?

-On va voir. Faut d’abord virer les animaux du cadavre, sinon c’est pas vraiment correct.

-J’appelle le commissariat. T’as le numéro du quai des orfèvres ?

-Attends il y a une police scientifique en Essonnes mais oui, pour ce genre de merdasse tout le monde doit être au courant. Laisse-moi faire.

 

L’odeur de pourriture avec la chaleur, plus l’odeur des mouches, tant le vent était léger ne rendait pas compte de ce que serait l’odeur du cadavre dans une pièce fermée. Ni de son état après que les bestioles carnivores aient fait ce qu’elles avaient à faire.

Les deux policiers ont commencé à balancer quelques cailloux vers le corps de Joffrey pour faire dégager les corbeaux, et laissèrent le soin à la police scientifique de faire partir les mouches et les fourmis.

 

Une heure plus tard, les voitures et les deux fourgons, l’un de la morgue et l’autre de la police scientifique, arrivèrent sur la scène de crime.

 

-Alors les gars ?

-Premièrement on a son identité. Joffrey Simoleau, trente deux ans. Pas de cristaux de soude dans la bouche, donc ce n’est pas forcément le même tueur que la semaine dernière, et puis le terrain autour est très accidenté, on dirait que l’on a voulu creuser un trou pour l’enterrer. Pas de traces de pneus. Il est dans un très sale état. On situe la mort vers 19h30, au coucher du soleil. Le cou est amoché, apparemment quelqu’un s’est excité sur lui avec un objet contondant. Tant que l’on a pas fait d’autopsie et que l’on a pas nettoyé le cops, on ne peut pas se prononcer plus que cela.

 

Les policiers commençaient à débarrasser le corps des colonies de fourmis et à nettoyer les miasmes des mouches, plus la terre, pour le mettre sous une bâche quand une onde de frisson a parcouru le groupe. Il y avait des murmures. Les flics et les gens de la police scientifique se relayaient vers la tête du corps et parlaient, il y avait beaucoup de tension et d’effroi. Beaucoup d’interrogations.

 

-Non non je veux pas y croire. J’ai jamais vu ça de ma vie. Les trous sont trop nets. Et puis il à l’air bien pâle le monsieur…

-Je vous répète qu’il s’agit d’un meurtre rituel, les objets contondants ronds ne manquent pas, en allant du piquet à l’objet rituel sculpté. C’est méthodique. Si vous cherchez des traces de dents, de morsure, sur le corps, permettez-moi de vous dire que c’est net, qu’il n’y en a pas à part les meurtrissures au cou qui ne peuvent venir que d’un objet en métal, mais excusez-moi, vous pensez à quoi ?

- C’est trop propre vôtre scène. J’vous dis qu’il a l’air trop pâle ce corps, et puis là comme ça, en pleine nuit…

-Vous lisez trop de vieux bouquins d’horreur.

-Bon on remballe. Il avait de la famille ?

-Il y a bien un Joffrey Simoleau à Savigny le Temple. Sa femme dit qu’il n’est pas rentré hier soir, il avait dit qu’il allait faire une balade. Elle est très choquée. Ils avaient un fils.

-Eh bien c’est bien tragique tout ça. Mais hum, est-ce que l’on se ballade dans les champs à cette heure. Ah.

-Il a dû faire une rencontre. Une mauvaise rencontre.

-Et vous vous croyez toujours aux vampires ?

-Déconnez pas. On verra la conclusion du légiste.

 

Il y avait quelques rires. Mais l’ambiance générale était à la peur. Quand on voit deux trous rouges espacés à la manière d’une mâchoire dans le cou d’un homme, l’inconscient collectif réagit. Cela renvoie à beaucoup trop d’images et d’histoires. On embarqua le corps dans le fourgon du légiste, il était dix heures et demie, il faisait chaud, et l’autopsie commencerait à treize heures trente. Il fallait manger. Et au fond, on avait bien le temps.

 

Le ventre rempli de viande d’agneau et de frites chaudes, la médecin légiste du service médico-légal de l’hôpital sud francilien de Corbeil Essonnes entama l’autopsie de Joffrey Simoleau à quatorze heures trente. Outre la quantité peu notable de larves de mouches, de chair mangée par les animaux, et la totale absence de meurtrissure autre que les deux trous à la gorge, il fut mesuré la quantité de sang dans le corps. On remarqua l’absence d’environ deux litres. Conclusion : les deux litres ont été aspirés par les deux trous présents à la gorge, le manque d’alimentation sanguine ayant causé la mort.

 

Quand elle dût rendre son rapport, la légiste émit peu d’hypothèses surnaturelles, bien que sa « bonne foi » bercé par les croyances et le peu de réponses sérieuses aurait été de tendre vers le vampirisme.

 

-Avec quoi ont été percés les trous ?

-Avec un ou deux objets contondants de même forme et diamètre. Le sang a effacé ce qui aurait pu être de la salive.

-Bon. Et la pompe ?

-Attendez. Quand vous percez deux trous de cette dimension qui permettent au sang de s’écouler, et connaissant la capacité buccale et respiratoire d’un être humain, il est tout à fait probable que le sang a été aspiré par un homme, ou une femme. Ce n’est pas impossible. Tout indique une forte immobilité du corps dans la mort, sans contusions, sans traces notables de lutte. Cela s’est passé très vite. C’est ça que je ne comprends pas. Il a dût être immobilisé dans tout son corps. Un homme de grande force, de grande taille. Un consommateur de sang, oui. Vu qu’il n’il y a pas de sang à l’extérieur.

-Un vampire ?

- Selon l’histoire, tout être humain victime d’un vampire en devient un lui aussi, après son agression. Pour ce que je sais du corps, la putréfaction est largement avancée, il manque un œil, et pour tout vous dire, la mort avance vite dans sa chair. C’est la grande pourriture assurée pour ce cadavre. Je ne vois pas d’où viendrait la résurrection. Les analyses de sang sont normales. Un peu trop d’alcool peut-être pour ce soir.

-Bon, euh, hum, je voulais pas dire cela, mais, oui, si on en parle… Oui une sorte de « vampire » bien baraqué et assoiffé… Dîtes il y a des similitudes avec le corps retrouvé la semaine dernière ?

-A part le fait que cela soit un meurtre, non. Le corps de Joffrey Simoleau, si son corps a été vidé de son sang par voie buccale, cela implique une fusion, je pourrai même dire une sorte de domination sexuelle dans la mort, à la manière de la mante religieuse. Je penche, vu le modus operandi, à des tendances homosexuelles du tueur, à moins que cela soit ne femme très forte. Beaucoup de sensualité digérée voire « redirigée » vers l’acte de mort. Pour la personne qui a tué cet homme, la forme de sexualité ou de jouissance consistant à donner la mort se trouve dans le sang. C’est très connu dans les pathologies. Certains jeunes gothiques le pratiquent. Mais cela pourrait être une secte, en ce cas là il s’agit d’un « membre fort » ou d’un maître, pour faire les choses comme cela. On m’a déjà ramené des corps qui avaient subi des ponctions de sang, avec des traces de scalpel, mais ça c’est inhabituel.

-Une secte ?

- Oui une secte de vampires. Vampyres avec un y. C’est comme cela qu’ils se nomment. Mais là c’est beaucoup trop parfait. Je devine une grande solitude du tueur pour faire les choses comme cela. L’autre corps avait des cristaux de soude dans la bouche, ce qui lui a passablement rongé les chairs vers la gorge et les lèvres, un homme, là aussi. Mais les vertèbres cervicales ont été brisées, on lui a tordu le cou, et il y a trois côtes cassées. Post mortem. On s’est acharné sur lui et on a voulu le punir. Il y a beaucoup de haine dans ce meurtre, et on s’est acharné. Aucune meurtrissure visible comme des morsures ou des coupures. Les vertèbres cervicales. Le reste s’est déroulé post mortem. Aucun rapport avec le sang. Là il s’agirait plus de tuer la force vitale de la victime, toute son existence, ou ce qu’elle aurait pu dire avant. Les cristaux de soude.

-Bon d’accord. Aucun rapport. Merci. Oui enfin bon entre aspirer la force vitale et tuer la force vitale c’est pas un peu pareil ?

-Dans tous les meurtres il s’agit de la force vitale qui est supprimée ou appropriée. Le meurtre vampirique est sous couvert de domination sexuelle avec le sang, de manière rapide, alors que l’autre corps traduit l’acharnement et la haine. Rien à voir.

-Et les objets contondants ?

-Ah bah ça c’est particulier. Ils sont extrêmement bien sculptés, obéissent à l’écartement des canines dans la mâchoire mais, vous savez d’après de que j’ai lu dans certains bouquins sur le vampirisme, on peut vraiment s’en faire faire en acier ou en aluminium pour ses mâchoires…

-Du genre amovibles ?

-Oui du genre même amovible. Il y a un type sur Paris qui pose des crocs, il vient d’Amérique. Father Sebaastian. Membre de la mouvance Vampyres aux états unis. Il est très connu en France et en Amérique. Mais il refuse de faire des choses criminelles. Il y a eu une affaire avec une journaliste il y a vingt ans, qui faisait un reportage sur ce mouvement, Suzanne Walsh. Elle a disparu. Pas de suite à l’enquête. C’était aux USA.

-Bon, mais vous me dîtes que c’est une personne seule ce tueur, que le gars qui pose les crocs refuse de s’embarquer dans des trucs illégaux, qu’il doit avoir son Facebook et tout ça… Trés mauvaise pub… On va avoir du mal.

-J’imagine. Mais les sectes c’est pas une impossibilité. Des trucs avec le sang. Des groupes.

-Meurtres rituels oui. Si c’est le cas on va en avoir d’autres. Quelles bandes de petits dérangés mégalomanes et mal aimés, pour en arriver là. Et c’est vampyres cela, avec un y ?

-Ils ont leurs lois, mais attendez, c’est en Amérique. Il y a eu une période où on en a beaucoup parlé, je me suis acheté certains livres, je peux vous les prêter… Tout ce que je sais c’est que le vampyrisme est un mouvement rituel au sens spirituel du terme, les anciens dieux, les anciennes religions, des rites qui ressemblent à des cérémonies religieuses avec du sang, mais sans meurtre. Ce n’est pas un mouvement meurtrier. Là il s’agirait plutôt d’un vrai sacrifice.

-Oui. Une dévotion au meurtre. C’est très noir.

-Hé hé ça fait vampire… Avec un i.

-Oui cela fait trés vampire. Merci.

 

Le capitaine de la gendarmerie mis fin à l’entretien avec la légiste. Elle lui ramènerait « Satanisme et vampirisme, le livre noir » demain. S’il fallait enquêter sur des groupes de jeunes proches des sectes, que ce soit quelque part des fétichistes du sang, réunis en bande et peut-être même vraiment organisés, il allait en baver des ronds de chapeau, ça allait être difficile. Pas moyen d’aller vérifier les réunions dans les cimetières, pire, au lycée, et comment les distinguer, aucune plainte concernant des « groupes » fétichistes n’était allée jusqu’à la police. En plus des morts qui ne parlaient pas, les victimes étant jusque là consentantes, pour les sectes vampiriques, l’horizon était fermé. Quand il s’agissait des meurtres satanistes, ceux-ci n’avaient aucuns points communs avec le modus operandi vampirique, il s’agissait alors de rituels précis et de transgressions générales, il allait devoir demander à quelqu’un. Zoner un peu quelque part là où tout le monde parlait ouvertement aux yeux de tous.

Son raisonnement se fit plus précis. La transmission et la communication, la réunion massive. Un club. Où et comment rejoindre un club, si ce n’est par les petites annonces, les forums ou comme un mini bar où trainent monceaux de personnes diverses, avec qui l’on discute sur certains sujet bien orientés. Donc l’espace internet, où l’on est en quête de vampires réels, qu’ils soient en groupes, qu’ils fassent partie d’une culture avec ses références et ses connaisseurs, ces derniers usant de nouveaux termes qui si on les connaissait bien nous amèneraient à rencontrer quelqu’un sur la toile. Ca allait lui prendre un certain temps mais il sentait qu’il pouvait trouver quelque chose de sérieux, internet était autant la plus large bibliothèque internationale qui soit qu’une solide ouverture et une vraie communication entre des multi-liens et des multi-contacts virtuels, qui pouvaient à la suite devenir réels. Si ces sectes vampiriques sont mégalomanes et efficaces jusqu’à rester cachées des services de police, elles doivent vraiment se donner tous les moyens d’être efficaces et modernes, donc internet.

 

 

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Plaidoyer pour l'empathie (début d'essai) 2017

16 Juin 2017, 15:00pm

Publié par Samuel

 

 

Nous sommes dans une société qui évalue sans cesse la vie. Non que la vie ait à se justifier quand elle est à son plein, ou à un niveau de calme et de sérénité, c’est qu’à l’inverse une telle vision médiatisée de la plénitude accouche ici de son contraire, c'est-à-dire un rejet et un jugement total quand on se situe dans la chute.

 

Tous les préceptes philosophiques, de la dialectique de Socrate à Nietszche, jusqu’aux syllogismes de Cioran et les préceptes chimiques de l’univers, c’est dans le chaos et les plus petites molécules entrant en réactivité avec ce chaos et entrainant la vie, faisant jouer le hasard et la justice même du vivant, qu’on découvrit ainsi que les entités les plus attaquées et les plus souffrantes entraient en relation avec le jeu du chaos et de la vie, et du beau hasard du vivant.

 

La société issue du capital et de la production qu’est la nôtre a engendré une morale terrible découlant du principe même de cette société. Ce qui n’est pas dans le capital, le rendement et la productivité est nécessairement mis au ban de cette société. Il faut gagner, entrer dans un schéma de capital, consommer à l’aune de nôtre semblable pour entrer dans ce que la majeure partie du monde considère comme le groupe social auquel adhérer et rentrer dans le schéma de consommation, par les produits vendus ou un mode de vie dont « ce qui est dans le rendement et qui capitalise » acquière et jouit.

 

A ce point, tout ce qui fait défaut à l’image sociale et n’est pas justifié par l’argent sera rejeté comme étranger, marginal, méprisé pour sa chute, et peu écouté dans son langage étrange. On n’écoute plus, on ne se force plus à intercéder entre l’apparat et l’être, coupant ainsi la communication entre deux pôles humains dans une démarche où va naître la générosité, l’entraide, la compréhension, la bonne intelligence et l’humanité.

 

Si la clarté était de mise, la vraie signification du vrai bon sens et de l’âme, ainsi que de l’intelligence communicative, resterait comme une valeur commune. Nos politiques ont dans leur discours si peu de matière (comparé à la vraie légitimité de leurs actes et des lois utiles), et les discours issus des livres sont distillés au compte goutte, mais, il semblerait que dans une certaine sphère sociale littéraire et musicale, la morale humaine persiste. Il ne s’agit pas ici d’une critique de l’art, mais de la critique d’une morale sociale.

 

L’art, la littérature, la poésie, la musique et l’art visuel sont les soupapes sentimentales, affectives, émotionnelles et morales d’une société qui ne s’exprime qu’avec ses artistes, et échange ses instincts, comme un miroir ou une passerelle, avec les œuvres.

Ici, l’art légitime l’argent aux plus hautes sphères et dans les plus attaquées par la domination morale du pouvoir social, c’est l’argent qui justifie l’artiste.

 

La vue morale du groupe social dominant, dans une société comme la nôtre, ainsi que tout groupe social, est, par l’entremise d’une vraie morale et d’une vraie éthique, une vue du concernement du plus étrange, du plus souffrant, du plus particulier.

 

Ce qui prédomine dans le rejet social, c’est la volonté d’un individu de s’accaparer le pouvoir de la masse, et ainsi en s’alliant avec la puissance « conceptuelle » du groupe, sa prétendue morale, l’individu ou le groupe d’individus qui en rejette un autre veut s’approprier un pouvoir issu de la masse. Le grondement, la communication rapide, la parole violente, et le mouvement violent de la masse, tout en accord, ainsi en est il de cette appropriation. C’est bien de ce pouvoir dont il est question, dont l’individu persécuteur, il en est ainsi d’une telle morale, s’approprie la matière instinctive et la force, pour punir. Ainsi le pouvoir autonome du groupe octroyé à l’individu va à l’encontre de ce qui diffère, de l’individu qui diffère en tous points, alors que c’est bien le problème éthique de la caractéristique individuelle isolée et vécue dont il est question. Un rejet de la particularité pour raison de pouvoir, et faiblesse d’un groupe social dans son éthique.

 

On a là affaire à un phénomène de déresponsabilisation morale et éthique au profit d’un comportement de groupe à la morale discriminative quasi invisible, impérative dans le comportement du groupe, et pratiquée comme un tabou, jamais ouvertement admise, sauf quand il y a cynisme.

 

On assiste alors à un véritable instinct moral de la masse dans la contre éthique morale véritable, devenue son éthique comportementale.

 

Discrimination, abandon des valeurs humaines, insultes, mépris, indifférence, le tout ayant pour jeu d’accélérer le mal être de l’individu qui aurait besoin d’aide.

 

Toute forme de séparation prend du temps. La séparation sociale commence avec la douleur et la pauvreté, ou le choix de vie, qui pour l’individu, concerne ses passions et sa vue très personnelle. Ainsi un particularisme qui pousse quelqu’un, comme dirait Philip K. Dick, dans son temps de « mort humaine » à postériori à devenir quelqu’un de plus complexe et plus fort, issu d’une révélation spirituelle. D’où parfois le choix de vie.

 

On a, dans nos sociétés actuelles, à observer ce qui n’est pas devenu, par une sorte de réflexion générale, mais advenu, comme un accident tragique. Dans les sociétés les plus savantes et les plus cultivées, on connaissait l’utilité de la souffrance, le devenir des saints, la paralysie linguistique et sensorielle, tracés médians de la sagesse, comme nous le rappelle la symbolique chinoise des trois singes, l’un se masquant la bouche, l’autre les yeux, et l’autre les oreilles. Ainsi ici dans cet exemple nous voyons le néant et le silence total voulu et accepté comme un phénomène serein de la sagesse. Le début du Bouddhisme, en somme, même si il s’agit en ce cas précis du Tao.

 

Nôtre société parle trop, se figure très mal, et n’a pas les bons outils conceptuels pour bien réfléchir. Le comportement ignorant donne les plus grandes violences. Privilégiant l’égoïsme, le confort, le pouvoir, la vitesse, et tout ce qu’il y a de plus faux dans la parole la plus prolifique, on oublie que toute morale, toute sagesse, toute vie validée dans sa pensée, a pour origine le silence et la souffrance, ou alors plus rarement, une véritable éducation philosophique.

 

Le temps, la mort, le silence, la souffrance, sont les quatre points de jonction d’une réflexion sérieuse plus tard vérifiée. Les gouffres sont des puits de joyaux et de merveilles quand on sait que la philosophie, les contes, nôtre culture littéraire, artistique et musicale, et toute l’histoire culturelle, est issue de l’examen humain de ce que la société actuelle considère comme une déficience. A savoir toute forme de chute. Par son comportement, le groupe social actuel est devenu inefficient au vrai regard de la culture, pour accroître son efficience au vu du paraître, du pouvoir et de l’argent. Dans nos sociétés capitalistes, et vu dont la façon dont la qualité de « vie » est synonyme de « situation », « rendement », et parfois « pouvoir », avoir une belle vie signifierait avoir une bonne situation professionnelle, un bon rendement financier, et beaucoup de pouvoir.

 

Beaucoup de personnes seraient d’accord pour dire que cette définition est la clé même du bonheur social et individuel. Dans ce cas là où serait la contrepartie manquante, la partie sociale qui ne possède pas cela ? On voit ainsi toute l’origine du mépris, et la fabrication d’une morale de masse, par ailleurs totalement factice.

 

Celui qui a cela ne voit pas cela comme un grand privilège personnel, ou dans ce cas là en découlerait la magnanimité envers ses contemporains, mais voit cela comme la normalité, au pis l’idéal à atteindre. Une forme de bonheur à l’idéal fait de métal et de velours dont tous nos médias, pour des raisons qui ne sont autres que le rendement pécunier, font proliférer en tant que morale générale. Ainsi celui qui est hors de l’idéal que certains ont atteins, principalement fait de capitalisme communicatif et de communication vaine, au vu de la substance de la parole, celui hors de l’idéal de vie est signifié par le groupe comme étant hors de la vie et méprisé.

 

On a substitué à la vie et à la parole vraie une autre notion totalement factice, faite d’argent, de paraître, où celui qui a du pouvoir sur autrui est vénéré et non suspecté. Un gouffre moral dont beaucoup en subiront l’abîme, à tous les niveaux. C’est le temps des maîtres.

 

*

 

 

Accepter la notion d’éthique, c’est en avoir. Après tout dévale dans le monde. Le pouvoir humain que n’accorde pas l’oppression est accordé. La vie peut reprendre ses droits.

 

La perversion est une question d’opinions. Qui n’en a pas ? L’étrange face terrible, « l’autre visage » dont la perversion a accouché était une traumatisante expérience d’un délire parallèle, proche de la paranoïa. La morale et l’éthique luttent contre l’injustice. Bien la faire passer, avec cœur et dialectique, c’est remettre la notion de la chute dans son dynamisme. Issue de cela, la vraie justice peut fonctionner.

La perversion c’est la fraction, la chute c’est l’origine de la morale. Ainsi ce qui choit est philosophe. Mais cela, de tous temps, les groupes cultivés l’ont toujours su. Le mythe n’est plus restauré. Faisons appel à toute la mémoire.

 

Avoir une morale c’est transmettre. La notion de transmission est cultivée, pas barbare. Le chamanisme se sert du courant de l’eau, de la purge, du double raisonnement et de la vraie conclusion trouvée. On ne méprise pas le monde. Le vrai Monde. L’homme n’est pas fou. On n’est pas fou. Man ist nicht verrückt. Mann ist nicht verrückt.

Ce qui est dit ici c’est que le savoir acquis, quand on s’en rend vraiment compte, tend vers la vie. Et justifie la vie. On le sait bien.

 

Pascal était un penseur, Nietzsche un philosophe. Ce qui les différencie c’est une certaine notion de la perversion. Pascal n’avait pas d’éthique dans ses pensées.

 

La tentation de Nietzsche c’est la tentation du Mal. Ainsi en était-il de sa philosophie. L’idée, la notion d’idée, ne fut qu’à moitié respectée à la fin. Mais on sent qu’il fut manipulé par un pervers. Peut-être l’homme à la grande barbe noire. Le privilège des instincts. On connait la suite…

 

Dans la chute on assiste au phénomène de la différenciation, mais le phénomène de la Raison n’est pas respecté. Peut-être n’est-elle pas définie… Devenir du philosophe.

 

*

 

Passons maintenant aux enfants dans des corps d’adultes. Le retard psychologique et affectif grave. Si cela fait aussi mal, c’est que cela vient de ceux-là. Le jeu sadique poussé des « enfants », c’est le problème des enfants, de leurs cinq ans jusqu’à leur mort. Les enfants apprennent. Ce n’est pas une pathologie, c’est un serment de facilité. La vie, c’est le problème de l’adolescent, de l’homme, et des enfants tels qu’on les conçoit. Les enfants qui sont les détenteurs des secrets, des actes criminels psychiques permanents, c’est une notion de plaisir. Pourquoi être autre chose ? La continuité est évidente. Mais si la pureté est là, préservons là, car l’enfance est un acte rare.

 

Avoir de tels enfants, c’est les considérer comme le plus choyé, être sa mère qui le caresse en permanence, dans une utopie qui est un acte de déroulement d’un processus pervers. Evitons cela, c’est affaire de lucidité. Le Mal doit être combattu. Les autres notions sont comme du gâteau aux amandes dans la bouche d’un fasciné par la souffrance. En somme, ici le Mal est un jeu d’enfants qui se poursuit et qui continue jusqu’à la mort. Quel jugement porter sur celui qui n’a rien vécu de sa vie, pas même le sexe, ne peut être père, et qui sera cet être de jeu jusqu’à sa mort. C’est un serment. L’éducation doit exister.

 

J’ai vu cela chez une sorte de peintre appelé Enki, puis un autre à une galerie, qui était dans la symbolique sadique. Un père ne peut toucher à la chair de sa chair. On ne peut laisser son enfant à un vrai dingue. Conseil aux femmes. On connait bien, par cette dernière évocation, cette sorte de jeux d’enfants. Cette partie de l’essai est très dure. Ce sont les suiveurs des jeux sadiques de l’enfant Arthur Rimbaud, avec sa torture psychologique des jeunes filles par un groupe et autres inventions. Son « temps des assassins » son « invention colorée » trouve son origine dans la liberté totale. Cette époque est aussi celle des enfants dans des corps d’adultes, liés par le serment de facilité, qui sont les « enfants de Rimbaud ». Pas le poème, mais les suiveurs de la diatribe. Rimbaud emprunte à Gaspard de la nuit, mais ne crée que l’anarchie. Rimbaud débute une idée d’alchimie, la vraie alchimie, pour les innocents, et pour certains, est une vision particulière. Celle d’une forme de magie esthétique. Mais il vient du Mal. Et il pense à la morale humaine. Sa fin sera morale avec la lettre du voyant. On comprend que cela plaise. Moins qu’un pervers, un enfant fasciné qui construisait ses métaphores dans les pigeons qu’il égorgeait. Le meurtre a une étrangeté imprévue. Son écrit valable, sa seule interprétation mature pour une forme imaginative, est la « lettre du voyant ». Issu de l’amoralité la plus pure, Rimbaud accouche d’une forme et d’une vision esthétique. C’est un damné que nous pouvons respecter.

 

 

*

 

 

La méthode de la pensée est une appréhension du temps. Il arrive, dans les douleurs, que cela zigzague. Il faut que la Raison soit établie. Nous ne saurions arriver ici qu’à une conscience du mieux. Et c’est là toute la morale. A l’aune de cette conscience, c’est le Monde et la Raison. La mémoire ici joue. La réélaboration de la Raison et de la Mémoire accouche du vrai Monde.

 

Le cas du trauma implique l’agencement du doute. C’est un refoulement de la douleur et des larmes. Rapprochons-nous du cœur. Il ne ment pas. Nous nions le cœur. Tout totalitarisme s’efforce de nier le cœur. La vie n’est pas totalitaire. Elle est humaine. Les préceptes de vie ramènent à l’humanité. Préceptes : cœur, âme, pensée, raison.

Nous connaissons tous les préceptes de vie. Le plus grand des préceptes est l’âme. Tout ce qui n’est pas fait par l’âme est faux, fou. Reprenons âme, mémoire, et Raison.

 

Le vrai jugement moral se situe dans le monde objectif. Pas un monde qui entend, mais un monde que nous entendons bien. Etre en dehors du monde, après la chute, provoque un glissement. Pour certaines personnes, dans leur inconscient collectif, sortir du monde, c’est appliquer le jugement subjectif. C’est un fait analogique. La pitié est universelle, pour et par tous. La pitié est objective, c’est ce qui fait sa supériorité avec le jugement subjectif.

 

La haine en soi amène à la division du monde. C’est dit, c’est tout. L’humain objectif n’est plus là. Retrouver la langue maternelle est une question de vraie mémoire. Accepter toute la mémoire revient aux origines.

Le monde réel peut revenir, la haine se taire. Car la haine a brisé la langue maternelle, si bien qu’ici la souffrance nous faisait voler…

 

*

 

Perdre son humanité est une anecdote assez amusante. La grande humanité du monde a remplacé la mémoire du cœur. Faire avec âme en état de même recrée le lien humain. Nous sommes autres, nous l’avions oublié. Quelles différences ? L’état post-traumatique où la confusion règne, ce précis état, est un état insensible à l’âme humaine. L’âme humaine charcutée demande un certain sens de la mesure.

 

 

Le théâtre sadomasochiste est rempli de perspectives psychologiques qui n’ont rien avoir avec l’humanité, tout autant que le Monde. Entre le sadisme au cumin, la torture au poivre et l’entente entre plusieurs personnes sur une même perspective psychologique saupoudrée d’estragon et de ciboulette, quant à savoir qui dominera, on peut dire que le zoo est bigarré. Cela n’a rien à voir avec l’humanité, et peut être parfois dans la logique de groupe ? C’est là que la théorie est confirmée : le un est plus fort et raisonné que le plusieurs. D’où son isolation et sa vérité… Mais cela, la vérité de celui qui chute est bien la logique du monde, pas la logique du zoo, encore moins que le groupe qui parle d’une seule voix, à savoir que toute personne qui tombe a des ailes.

 

 

*

 

 

La chute profonde se caractérise par une grande désorganisation du plein. Il faut alors agencer tous les vides et tous les points vides, car on est dans la disparité des points pleins et disfonctionnants ensemble. C’est la grande cuisine du chaos. Quand une cuisine commence, elle met du temps. La théorie de la multiplicité doit faire son aube et son jour en quelqu’un, et l’apprentissage est loin d’être plaisant. La théorie de la multiplicité est la connaissance de l’un devenu multiple, et de tous les multiples en un. De toute façon, c’est un grand processus de connaissance identitaire. Le sol connu, l’âme meurtrie connue, il va falloir ainsi l’affirmer, cette âme, et revendiquer son sol. On devient ici l’étranger de Jim Morisson. L’étranger vit pour lui-même, acquiert dans la chute et la multiplicité le pouvoir créateur, mais il lui manque le vrai langage. Crocheté de chaos, revendiqué de silence, silence si dur à vraiment accepter comme un vrai bien, tant le chaos rampe dans ce silence, la langue va devoir s’affirmer. Quand toute la langue de l’étranger qui est dans la théorie de la multiplicité va pouvoir s’affirmer et bien parler, en tous points, alors la vie reprendra ses droits dans cette vie qui a chuté. Mais tout commencement profond, plus profond alors, est chaotique…

 

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Les aspects de la peur

4 Novembre 2016, 19:55pm

Publié par Samuel

 

La peur est un chaos. C’est totalement étranger. La peur est une sorte d’effroi. Effrayé. Je fraye avec le chaos. Mais si on fraye avec le chaos, on connaît toutes les deux natures, la nature de celui qui fraye et la nature du chaos. Sans peur, c’est une connaissance. Avec peur, c’est une ignorance. La peur est donc une limite nécessaire au processus de la connaissance. Mais c’est un pur rapport d’appréhension, pas de confrontation à la notion de danger. Il y a une morale réelle de la peur. C’est vrai. Nous parlons d’une peur qui est étrangère au vrai danger physique. C’est le ressenti frontal. Il semble que nous ayons posé les bases d’autre chose. Une découverte de ce qu’est en réalité la notion de peur et ainsi une vraie et bonne assurance. Un autre rapport à la réalité. Plus sûr, sans dommages réels. Une connaissance. Philosopher pour dompter la peur et connaître le creux où git l’émotion. C’est supposer le Monde Humain. En espace ou en pays non barbare, il n’y a pas de problème avec ce danger. Cette peur que recèle le grand monde, où l’humanité est autre. Un monde qui semble barbare mais qui en réalité ne l’est pas. Ce n’est pas concéder à la vrai morale quelque chose de l’immondice, mais c’est passer à une tolérance, qui fraye, avec l’étrange monde humain. Mais qui n’est pas véritablement barbare, c’est-à-dire ignorant et sans culture, ni même morale.

Car si le danger est reconnu, connu, il ne nous agressera pas, même dans un espace naturel ou domestiquement animal. Qui sait. Je ne dompte pas les lions, je les évite. Mais l’herbe, au loin est sûre. Car le lion symbole de la pure peur barbare et animale, ne nous atteindra pas. Car nous sommes en sécurité et nous le savons. Eviter le lion, la lionne, et les hyènes, c’est sentir, et autrement, comprendre, vraiment comprendre le lieu de non-agression, là où le lion est dépassé. Si c’est réel cela perdure.

L’étranger attaque. Le connu discute. C’est son langage. Observer sans danger. Sans peur. Connaître la nécessaire limite de la peur et la comprendre.

Connaître, c’est avant tout comprendre ce qui git dans la peur. Est-ce le cœur de quelque chose ? Mais là encore, c’est un cœur froid, dangereux, qui se laisse juste observer. Nous-mêmes ? Ainsi, puisque si je connais, je peux être avec. Et avec la peur, il y a un double « je ». Dans la connaissance de ce qui git là où est la peur. Une émotion qui rassemble, sépare, et fait comprendre. C’est une sorte de vision humaine à soi-même, donc une transmission. Là on a une vision à transmettre. Quelle vision ?

La compréhension incarne l’être. Le double « je ». Le soi qui connait le « cela qui fait peur », qui n’est plus le « je » qui a peur. Un autre « je ». Et un triple résultat aux dés, le troisième « je », si l’humain est incarné à l’opposé. Car c’est reconnu et compris. Reconnu et compris, ça n’attaque pas. Ainsi est la peur, aussi. Reconnue et comprise, elle n’attaque pas. Elle invite dans une plus grande vision de la vie et du Monde et de soi. En ce cas l’émotion, la sensation renvoie à la sensation, ainsi cette vision, cette émotion. La suite de la peur, c’est la sécurité, l’intelligence, la connaissance.

Qui n’a pas peur ne sait pas ce qu’il y a derrière. La peur sans danger, c’est le passage à l’autre monde, à l’autre « je » plus humain (ou autre « cela » humain) à nôtre opposé, qui ne fait plus peur, et nous, accordés, à un autre « je » personnel qui a dépassé la peur, cette peur, et qui l’a vécue. L’ancien soi, l’ancien monde, l’ancien autre, est entouré de chaos. Trés réel ce chaos qui fut anciennement peur. Dépasser la notion de la vraie peur, c’est vivre dans le Monde, et réaliser Tout le Monde, mais aussi le Monde dans sa totalité, ainsi observé, ou humainement vécu. A chaque palier sa logique, et ce n’est que dans le danger réel pour soi ou dans la souffrance d’autrui, très réelle, que nous périssons réellement. Autrement, on ne peut pas dire que ce n’est pas humain. On peut comprendre cela.

Qu’avons-nous à connaître ? Sans danger, nous observons. Le danger est fatal. L’homme ne s’est pas désinscrit de ses vrais crimes. Mais cela est rare. Qui est rare ?

Peur deviendra compassion. Compréhension, vie. La vie vient de la peur et du chaos. Mais c’est dire qu’autant une fleur pousse et qu’elle n’aurait jamais connu la nature de la terre.

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La magie noire (début de livre)

20 Juin 2016, 13:41pm

Publié par Samuel


 

Il fut un temps où la Magie Noire fut alliée au culte antique du Satanisme ; magie de la terre et des éléments. La sorcellerie que je juge moderne au temps où j’écris, le vingt et unième siècle ; traite des différents emplois de la physique et incidemment de la Magie. Ce traité rassemble diverses expériences où feu, eau, terre, poésie, cœur, amour, discipline, limites, respect de soi et étonnement forment les principaux axes pour aborder la Magie Noire dans toute sa grandeur et sa puissance. Pourquoi un tel livre ? La magie humaine est une expérience acquise. La magie elle-même est une expérience humaine de pure vérité des sens. Ici la philosophie ne doit en aucun cas être disqualifiée, et quand le sang chante en nous, après une expérience de Magie Noire, de fins échos du monde viennent, par le sang, retentir en nous. Les limites sont posées. La Magie Noire ingérée dans la chair et le sang fait que l’esprit, le cœur, le corps et le sang vont mieux, se purifient. Le mal humain, les mauvaises intentions ne peuvent en aucun cas toucher ce livre car il est lui-même feu, et l’on n’est pas criminel quand on est mage, et le vent est parfois plus frais que la folie de tout un siècle dans une cervelle qui ne demande qu’à prier Dieu, au fond. Car la Magie Noire est connaissance effrayante, étonnante, et pure, et peut être abordée par tout le monde, mais avec expérience. On peut aller plus loin que ce livre. Au fond tout est intuition, comme le savait Rimbaud, et l’écrivait Henri Bergson dans «  les données immédiates de la conscience ». La limite c’est le silence et le calme. Boire de l’eau, dormir et se reposer est l’activité la plus saine qui soit.

 

Mais revenons à la Magie Noire. D’où prend t-elle naissance ? Le fait est qu’elle prend fin après la première expérience de Magie exécutée, toujours parfaitement, ainsi est la Magie Noire. Fenêtres ouvertes, bougies éteintes, calme restrictif le plus pur, et c’est tout. Pas plus. Seul l’écriture est libre dans ces cas là, comme dans toute expérience au-delà des sens connus, inoubliée, écrite et vérifiable en tout point en soi et dans le réel. La poésie sera avec la main et la plume de corbeau dans les tracés sombres de l’écriture. La Magie Noire prend naissance avec l’intuition. Parole étrange pour un magicien, ou au moins, un simple écrivain et un poête. Au plus, quelqu’un qui sait écrire et faire se déchainer le vent en sept formules elfiques. Bon. La Magie Noire prend naissance avec le développement de nos propres facultés intellectuelles, notre mémoire, notre initiation deci delà, notre intuition, notre détermination, notre calme et notre humanité la plus profonde. Le Monde, le Big Bang, le cosmos, la Terre, sources des eaux, des vents et des feux, des animaux et des insectes, arbres et fruits et lune et soleil ; les éléments physiques et humains sont ici en nous et là et bien plus loin au-delà de notre cœur. Peut-être fait on de la magie par solitude, par amour ou par simple errance, ou parce que la vie commence, ou finit, ou s’était finit, ou que la Vie est là, tout simplement, et l’a toujours été. Etre dans un tel état c’est déjà disposer de tous les pouvoirs. Le simple pouvoir d’écrire, de respirer et de pleurer en est déjà un. Cela ne doit en aucun cas être exempt de philosophie, sinon c’est la perte et la ruine. L’espoir vaut bien un battement de cœur ou un sourire. Bien.

La Magie Noire est une maitrise intuitive et contrôlée de tous les éléments terrestres par le biais des principes intuitifs et conscients que nous avons en nous, qui nous composent et font de nous un être conscient et juge de tous ses actes. Il n’y a pas d’acte impossible, le calcul, la maitrise des arts est une discipline importante dans la Magie Noire. La langue en est une principale. D’où vient la langue ? La langue employée sera évidemment l’elfique. Je vais vous donner quelque bases, ou peut-être viendront elles, comme une émotion exprimée, s’inscrire elles mêmes dans votre propre verbe, comme un cri fin et souple. La langue elfe comporte sa grammaire, ses sons, et beaucoup d’autres choses… La transmission culturelle de la langue elfe se fait par l’émotion car c’est une langue de toutes les origines, construite de la nature et du cœur. Elianova, elbelach, albelàn ! Forte puissance ; profond souffle, respiration du cœur ! Ce ne sont que des mots, mais les bases elles-mêmes de cette langue, plus que toute autre semble t-il ; sont d’une analogie de sens et de sons et de tous les sens et de toute logique la plus numéraire, numérique et carrée comme une forme tracée par une craie, ainsi l’elfique n’est pas né de nulle part, et peut commencer par effroi, par sa propre bouche, comme si on avait commencé la langue en y inscrivant la fin, et que la fin elle-même se fut écrite, sinon prononcée toute seule. Pure finesse intellectuelle et pure finesse des sens. Il faut au moins, à vue de nez le plus naïf qui soit, situer cette langue et toutes ses origines à plus de quarante mille ans dans le temps depuis le vingt et unième siècle Terrien, ainsi le veut la plus pure logique, la plus fine intuition, et, tout bêtement, par intuition pure, la plus grande vérité. Qui croirai à une preuve ? L’elfique, par la poésie, se délie de toute son histoire et ses origines. Il faut au moins croire aux sens. Arrêtons-nous là pour cette phrase-ci. Les linguistes, ce que je ne suis pas, pourraient expliquer ce phénomène de déliement historique de la langue. En viendraient-ils, en passant par cette réflexion là ; à l’elfique ? Peut-être est-ce déjà arrivé, je n’en sais absolument rien. La Magie Noire ne permet aucun dérapage. Elle est pure contrôle. Toute expérience de Magie Noire purifie. De ce fait, il faut être solide, ce que l’on est pour en arriver au moins, en ayant tout lu, à cette partie précise de la phrase, et du début de ce livre ! Pas d’inquiétude à avoir. Qu’est-ce qu’un phénomène physique, un arc en ciel par exemple ? Et bien c’est un phénomène physique. Contrôlez-vous les arcs en ciel ? Ca, c’est de la pure poésie, et ça ne va pas plus loin. Mais les couleurs peuvent êtres « évoquées », « invoquées ». On ne croit plus, quand on a vu on sait. La physique confirmera le phénomène, la Magie Noire en apportera les preuves, et la maitrise de la Magie nous permettra de le faire, toujours, la première fois, sans le faire exprès. D’où on tire, peut-être, cette expression, « magie de l’instant ». Point. Deuxième petite partie.

 

Commençons par l’étonnement, l’accent de la poitrine, la respiration du souffle l’exaltation des incantations, et dehors enfin que la tempète se lève. Il faut au moins la rage d’un prêtre sombre pour le dire et continuer à le parler… Et faire souffler les mots en raclant le verbe…

 

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Il me semble qu’arrivé là des trombes de vent soufflent déjà ; mais celà n’est que Magie Elfe… C’est une initiation au verbe, à la puissance de l’évocation magique, et de fait la Magie Noire comporte toutes ces sortes de petites particularités. Pour nous intéresser à la Magie Noire, par cette formule si elle est prononcée de la plus fine et profonde force qui soit, cela est déjà une initiation au domaine de l’intuition. Si tout s’est passé correctement, vous venez de franchir une étape importante ne serait-ce que de votre propre vie, cette tempète est symphonie de bourrasques, airs du large, symphonie des brumes, et cette tempète durera une après-midi, un matin ou un soir, mais au moins elle vous aura rafraîchi le cœur car il en faut du cœur, pour la dire vraiment cette formule. Que le vent vous porte. Eylelendil lanoyl eylelendil lanoyl eylelendil lanoyl eylelendil lanoyl eylelendillanoyl…El beleyn eliouna.

 

Etre humain, qu’est-ce, qu’est qu’être humain, qu’est-ce que reprendre toute son humanité en main ? C’est reprendre cœur à soi-même et à tous ceux qu’on aime, puisque vous êtes vivant. Pure logique de la Vie et de l’espoir acquis, de l’avenir et du commencement de soi-même pour aboutir juste à toute une Terre faîte de sentiments, de vents et de fleurs et de pétales qui heurtent le visage. Le cœur est le secret le plus inaccessible ; mais c’est aussi le plus court chemin vers la paix. Car on aime à mesure de l’horizon. Toute chose humaine est possible et l’a toujours été, de toute éternité.

 

Sensiian Alanankh Valia. La rose rouge ou blanche entourée de ses cinq bougies, dans son eau fraîche au soir ou au matin, recevra un don. Il faut dire la formule d’un souffle profond. Laisser faire les saisons des eaux, et changer l’eau si elle devient passée. La rose passe ou reste. De toute façon elle reste, gardons la. Ainsi est le Rituel de la Rose.*

 

On remarquera qu’il peut s’agir d’un tracé, d’un médian de langue elfique avec la langue des dragons. Il me semble. Quelle est la langue des dragons. Elle sert. Cela est dit. Le mieux est d’écrire, comme toujours, après une expérience de magie noire, pourquoi ne pas faire un poême inspiré de cette rose et ou de ce rituel de la Rose ? Pourquoi pas. *

 

    >> * Penser à briser, après les bougies éteintes, le cercle de cire en retirant toutes les bougies de la table ou, si l’envoûtement de la rose a été fait sur le sol, éloigner les bougies de la rose pour démagnétiser la cire. De graves conséquences magnétiques, comme des cauchemars horribles, comme une horreur en cercle, peuvent apparaître alors, etc… Nous nous sommes compris. Ici il peut y avoir léger danger sur le plan de la conscience, comme cela est esquissé plus haut, surtout dans un tel envoûtement.

 

Au bout de quatre jours, vider l’eau et reremplir le vase jusqu’au bout, en allumant cette fois-ci six bougies en deux cercles (un grand et un petit). C’est le rituel de la rose d’or, censé donner puissance du feu à la rose. Ensiilian Alanankha Elevalia. Anva Kalia. Décercler ensuite les six bougies éteintes. Il semble bien, maintenant, que la rose sente le sable.

 

Bien sûr, arrivé à ces moments là, où le calme est plein, on est chargé de magie noire, le sang en est lui même imprégné, Ces rituels ont amorcé la Magie en vous, en tant qu’élément. Normalement, pour réussir un tel rituel, il faut quatre éléments distincts. Le premier fut le souffle. Le second le feu. Tout s’organise, ici, en cinq-six-cinq- six. Ce qui donne vingt-deux, donc quatre. Nous y sommes. Nous explorerons plus tard les effets du plasma (le feu) en six- six-six-six. Identiques, unifiés, ce qui donne vingt-quatre. Donc Six. Cela devrai concerner une magie plus étendue, et plus multiple et colorée. C’est le passage du carré, forme raisonnée et harmonique, implacable et libre, à l’hexagone, aux multiples ouvertures et au centre toujours plus grand. Libération en tous les cas. En tous les cas. Le passage de la magie noire à la sorcellerie. Si ce n’est plus…

 

Changer l’eau. Analian Sensiian Alnãntrè Alcshyakhan Elban. Au tout début du quatrième jour, voici le rituel de l’air et de l’eau (celà se confond, c’est trés oxygéné). Laisser longtemps les bougies, cinq, allumées, jusqu’à ce que la profonde odeur de rose se fasse sentir. Rouge.

Esera Niiam Gaia Shiatram. Le rituel de la vie et de la Terre se fait. Nouvelle odeur pourpre et dorée, le corps a soufflé. Eteindre les bougies. Le choc se sent. Quelque chose d’invisible semble tourner autour de la rose et la figer en statue à la tête noire ornée de sang. La force déchainée est énorme, si l’on s’approche de la rose. On l’a fait avant minuit. Des vents soufflent, venant de la rose. Silence. Tout cela est fini. On rallumera bien des bougies pour la beauté. Voici la fin du rituel de la Rose. En rallumer six. Le silence et la vie feront le reste, elle s’est inscrite dans la Vie, l’odeur d’or et de rose est comme du fil de laine d’or tressé. On enlèvera les bougies éteintes.

 

Au bout de quinze jours, la rose n’est pas morte, mais la fleur si. Cependant elle sent toujours la rose fraîche. Fragile, extrêmement fragile. Quand aux feuilles de la rose, si il y avait des trous ou des fissures, elles se referment. Changer l’eau tout les trois jours et remplir jusqu’en haut.

 

Enhalhankh Vehldalia Elamia Veldellemia Faaeleraayn Anvakaliar Maaelerayn. Quatre bougies allumées au vingtième jour. La rose morte mais non de sa tige est passée de l’inodore à la rose fraîche à l’inodore. ; Entre temps elle s’est statufiée, non sa tige et ses feuilles, vertes encore.

 

Les jours suivants verront la pourriture de la rose, et au moindre choc son éclatement. Mais les rituels ici présents ont prouvé certaines forces micro quantiques dans cette initiation à la magie noire, et tout échange est restant. Vous êtes maintenant chargé d’un peu de magie et d’intuition quand à l’usage de la magie. La rose sentait tout de même le sable, et les feuilles vertes se sont refermées et ont durées plus de quinze jours. Conserver les pétales de la rose, cela peut être utile. Normalement vous devriez ressentir un regain de force et le sang qui vous porte s’est chargé de Magie. Quand au phénomène d’intuition et de la langue, nous l’avons exploré ici.

 

Brûler les pétales, dehors, à l’aide d’alcool pur, puis mettre les cendres dans de l’eau (un pot ou une vasque fermée hermétiquement). Cela formera une mixture purifiante, qui, si l’on plonge les doigts dedans (rapport essentiel à la Terre) aura un effet purifiant, en cas de malaise, de stress ou autre. Attention à ne pas faire pourrir le mélange ou si la pourriture peut-être utilisée, explorer.

 

Vous pouvez aussi faire un autre choix qui, après la macération du mélange, est de filtrer l’eau et les pétales imbibés avec un filtre. Réduire en poudrant et en écrasant le mélange de pétales de roses macérées et brûlées, il en restera un résidu terreux et odorant, aux propriétés respiratoires purifiantes. Le mélange est certes minime, mais l’effet est grand. On échappe ainsi à l’effet de pourriture avec l’eau croupie. Mettre dans un pot de crème vide et refermer

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Quatre considérations philosophiques

11 Mars 2016, 20:45pm

Publié par Samuel

Quatre considérations philosophiques

 

 

 

 

 

La bonne humeur

 

 

Quand on parle de bonne humeur, généralement c’est quand on l’a atteint. Les humeurs, il y en a plein. La mauvaise humeur, le sale caractère, l’aigreur, la dévalorisation. Pourquoi dit-on « bonne humeur ». Qu’est-ce que la bonne humeur ? Cela a-t-il à voir avec l’espoir ?

Généralement, quand on est de bonne humeur c’est que l’on a été soit de très mauvaise humeur, soit sans cœur, soit sans valeur, soit… rien ? Rien ? La solitude, la bonne humeur, est-ce qu’il y a un rapport entre les deux ?

Entre l’humour même (on sautera cette définition) et la mauvaise humeur, il y a beaucoup d’accointances. La bonne humeur, en allant assez vite, c’est la conclusion de l’histoire réelle. La vraie bonne humeur a à voir avec l’humain.

Avec l’histoire, avec la mémoire, avec, oui on peut le dire, elle doit être justifiée. La bonne humeur.

Est-ce la nature du monde humain qui justifie la bonne humeur ?

On ne remettra pas en question le monde humain, on est déjà hors de tout mensonge. L’espoir donc, justifié, prouvé, avec le monde connecté au monde (double connexion), donc, mémoire, c’est de la bonne humeur. La justification en rapport avec le vrai et l’espoir est à l’origine de la bonne humeur. Il en découlera la mémoire. Et le reste sera monde, monde humain.

 

 

 

*

 

 

De la tristesse

 

 

La tristesse est une chose difficile à évaluer. Elle se situe exactement entre la fatigue et l’amertume.

En ces cas là, il s’agit de fatigue, de « trop », et d’amertume. Nous voilà encore dans l’Histoire. La capacité de vraiment faire le point avec nôtre propre histoire est primordial.

La tristesse unicitaire, unique et redondante, aboutit à la méditation.

Quelle méditation ?

Peut-être même la seule méditation qu’il y ait à avoir : à savoir la méditation de la nuit. La méditation de la nuit. La Foi. La paix.

Ensuite. Il nous reste encore de l’hygiène spirituelle en mémoire. La mémoire, encore. Satisfaire l’âme est chose du Temps, et chose difficile. La tristesse et la paix sont l’alchimie de la méditation.

C’est ainsi que l’on arrive à l’aune du cœur. Et cela sera encore méditation.

 

 

 

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De la sérénité tranquille

 

 

Un tel concept suppose la continuité de la vie elle-même. A ce point de paix, la bonne humeur gardée et la tristesse ingérée comme un bijou que l’on contemple, ainsi la tristesse est, pour la nuit, gardée. Nous voilà gardiens et gardés, regardant la paix.

Quant à la sérénité tranquille, il devrait y avoir là comme la notion même de l’idée. Le renouveau, le bien-être en segments.

L’octogone, le trapèze et le cercle (cercle ainsi gardé comme centre s’effaçant dans le sable) sont géométriques à nôtre esprit. La sérénité tranquille a à voir avec la culture, dans le sens où l’on se doit, on doit, la cultiver dans la paix.

La sérénité tranquille est la culture elle-même. La lucidité. La vie.

Envisager les notions de mort serait elles-mêmes les segments de la paix.

A ce point là, on peut longtemps garder l’esprit clair et la raison alimentée jour après jour.

Sentence : Cœur frais, tête froide, yeux humains et clairs.

 

 

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De l’inespoir

 

 

L’inespoir est une situation délicate. Elle impose le rien, insuppose le tout, et ne voit que le malheur.

Une telle chose est outrancière, intolérable. On devrait, dans nôtre culture personnelle, être choqué profondément par de tels ressentiments.

Le malheur, il est vrai, a demandé beaucoup de temps. On demande beaucoup de temps au malheur.

Trouver un sens à sa vie, à la mort, à l’espoir, c’est vérité. Le reste est temps, amoncellement, construction sentimentale.

La construction sentimentale mêlée à la vérité semble nous dire une chose. Espoir et vie. Le monde est vraisemblablement humain. De ce fait, tout est reconstructible.

Si le temps de l’inespoir et le monde vraisemblablement humain sont ici pour garder une préciosité… Une préciosité ? Laquelle ? Le cœur. Le cœur est donc la vérité première et s’il résonne encore… Qu’a-t-il résonné ?

Résonnance du cœur et Raison est-ce la même chose ?

 

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La chute de Palpatine. Premier empire.

24 Janvier 2016, 19:20pm

Publié par Samuel

Balance moi Anankin. L'esprit était connecté. Je suis fou. Fais le bien. Le Bien. Le MAL VADOR. FAITES LE MAL.

Dark Vador jeta son maître dans l'espace. Palpatine chuta, et hors de vue, une glissade de Sith magistrale aidée par la force, il se reprit dans les murailles basses de l'Etoile Noire. Il allait mourir. Rien de plus normal pour un Sith. Son maithre, Dark Plageis, l'avait prédit : Chute, mais chute haut.

Mourir. Quoi de plus normal pour un Sith. Il débloqua un vaisseau avec la force et l'activa. Direction Corrusant. Se faire petit. Les Siths. N'on plus de résidence. On respectait les Jedi. Tu es. Sith. Où est.

Crève et marche.

Fin de la dernière retransmission.

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De la haine des sentiments

11 Septembre 2015, 02:16am

Publié par Samuel

L’élaboration d’une construction perverse passe par la haine profonde des sentiments. En cela que le sentiment et l’émotion sont déjà des constructions et des lois historiques à l’homme.

La loi historique des sentiments est déjà une construction de l’enfant, et en cela c’est une négation du plaisir continu et sans limites. Il ne peut y avoir d’homme ou de femme dans la perversion mais la venue d’un ogre avec un estomac, un petit ogre qui imagine tout et refoule avec avidité l’évidence du sentiment, la continuité de l’histoire sentimentale et de l’importance des extrêmes sentimentaux dans toute la mémoire de l’homme. En ce sens que l’homme extérieur puisse avoir une histoire émotionnelle et sentimentale, être soi-même un extrême des lois sentimentales et intellectuelles continues dans la logique est une forme humaine et existentielle qu’il faudra constamment nier, refouler, dénier. En ce sens chez un pervers la faim ne saurait y avoir d’obstacle en rien, surtout pas les sentiments, surtout pas l’histoire, et surtout pas l’image du père.

Pourquoi un tel texte ? Il y a dans cet énoncé une forme protéiste d’une adaptation et des revendications perverses conscientes, une protéiforme visible de la faim destructrice sans limites qui doit être signalée. Un pervers cache toujours son désir par son corps dominant, sa voix si particulière, qui semble toujours venir d’un dîner, d’une digestion ou d’une faim. Son attaque se fera sur tous les tenants de l’histoire de l’autre, à savoir qu’il nie qu’il y ait des adultes, il nie qu’il y ait des pensées logiques qui aboutissent à une vérité comme « vérité du père ». D’où la négation par la destruction d’autrui et l’emploi de la souffrance pour déconstruire comme la négation de toute forme de loi. Il n’y a pas de sciences ici qui fassent plaisir à l’oreille et à l’intellect. Tout n’est que torsions, arrangements. Il y a une négation des lois. Le plaisir d’abord. Pas la responsabilité. Ou la responsabilité du plaisir, pour prendre un humour pervers… On assistera ainsi à une négation de la nature, à une négation du réel accolé à l’homme comme corolaire de la nature, celle-ci ayant la même dureté d’harmonie et de construction comme lois. Toute chose sera alors liée à la faim, à l’estomac, ainsi la nature avec l’homme est de prendre plaisir, pas de sanctionner, car telle est le rôle de la nature, la sanction elle-même…

Ceux là n’auront même jamais le bénéfice de la gloire d’une authentique haine… La gloire de la haine ne leur sera jamais accessible.

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Le chant des plumes du phœnix noir

26 Septembre 2014, 00:58am

Publié par Samuel

I. Le chant de l’ange défunt






Vous rampez comme des plumes, vous qui écoutez le vent. Est-ce que la fraîcheur de l’air et du printemps se mire ainsi dans vos yeux pour que vous ayez oublié le temps ? Vous glissez, vous souriez et les larmes se versent… Pour quel homme, quel Dieu ou femme donneriez-vous intégralement votre vie ? Il y a plus d’années en moi qui se répandent comme la lèpre, autant d’années passées dans les obscurités en lambeaux, que la vie en moi tout comme la Mort qui a tous ses charmes et aucun des miens, qui s’est progressivement, comme une gale superbe et délaissée, qui s’est peu à peu répandue comme de la cendre d’os de momie sur mon regard. Pour être franche je ne connais absolument pas le vôtre. J’aimerai réellement vous emmener dans des contrées lointaines, visions des astres que seront vos yeux, odeurs comme l’émotion humaine peut sentir, arrivée à un magnifique degré de poésie. Viens, suis-moi… Je vais essayer de t’emmener avec moi… Tu ne sais pas qui tu es ? Quand même… tu n’aurais pas envie de verser des fleuves de larmes non plus ?... C’est beau ce sourire. Pleure, c’est magnifique aussi.
Car vous êtes les androgynes. Les anges noirs filtrés de lumière. Moi qui suis-je… Un Maître qui passe et qui raconte. Et bien. On va raconter, on va se raconter, et vous allez… rêver, vous allez voir des choses comme les plus belles ruines. Inexistantes mais réelles.
Les mélodies des ombres sombres se répandent dans la plaine de vos âmes. Que vient faire la foudre et le tonnerre ici ?!! Allez ! Voici la rivière rampante des cœurs battants. Voici la rivière des sangs purs. Voici les odes sombres. Oh vous voici giflé de vent ! Agréable n’est-ce pas ? Ah voici les vies et les oiseaux noirs, et j’existe ! Qui êtes vous ? Comme si je ne le savais pas ! Quoi, moi qui voit tout ? Oh… mais vous n’avez pas tout vu…
Je danse, je suis la danseuse sombre à l’œil à l’éclat de mélancolie… Je suis les fourmis du désert… je suis l’ombre de métal… Je suis le vent des contrées blanches et de brume… Et j’existe… Comme si vous n’aviez aucune vie dans vos veines ! Ah…
Mais la tendre sable coulant dans le vent m’allonge dans la noire émotion… Connais-tu les contrées parfumées de noirs parfums, toi dont j’ai oublié la structure même de la chair. Bon, mais qu’importe, jeune homme plus innocent que la blancheur de ta peau… Car tu aimerais danser comme moi… Satan exauce tous les vœux parait-il… Cela fut effectivement un nom il y a cinquante cinq mille ans, quand, devenu femme, alors que j’étais ange et sainte protégée par Dieu, je tombais, mais doucement, à côté de lui ; le fou errant et sans plus de langage alors qu’il le possédait avec une telle vivacité avant ce traumatisme. Moi l’ange incarnée par la lumière de ces inscriptions des anges écrites de la main propre du Créateur lui-même ; assistant au spectacle ; et tombée des cieux, je vis tomber les paupières sur mes yeux pour atterrir dans le monde des hommes. Bien que je fus sa seconde femme, au fou qui avait oublié son nom dans cette caverne sombre et qu’on nomma d’un nom courant à cette époque… Il était tellement traumatisé, amnésique et perdu, qu’on lui donna une couche et qu’il devint malgré lui le premier « Ankhé », professeur personnel et très largement respecté par la contrée, d’une religion de la Terre et vouant le respect et la connaissance de Dieu. Yahvé, ou Yové, en ce temps, c’est la même chose. Dieu. Pas plus. Beaucoup plus humain encore. Bien que je fusse la maîtresse de cet homme bénissant la Terre et le village qui l’avait recueillit ; et enfin retrouvé à lui-même ; et malgré toutes les années qui me séparent de sa mort définitive, qu’il demanda, cet homme immortel par sa profonde essence d’Ange, la Mort ; à Dieu lui-même ; car il avait perdu sa femme et son fils dans un terrible accident naturel ; j’en sois encore, malgré ces siècles détruits, à le pleurer et à me souvenir de l’étreinte de ses mains. Amen et au Christ le Destin. Ma mort fut splendide, et mes funérailles grandioses. Je n’en reviendrais pas si c’était à refaire. Mon Amie Cléopatra la sombre blanche aux yeux de tristesse pure me reproche encore tous ces gestes inconséquents de cette époque… Mais je peux peut-être exaucer tes vœux… Les roses mortes tombent comme les battements, et les lèvres sont humides. Connais-tu le goût de l’eau fraîche ? Il faut savoir la goûter, l’avaler et prendre sa glace. Tu boiras, ainsi, pendant quarante seconde, cette eau glacée. La voilà.
Connais-tu les minutes grises, les atmosphères de cendre, le regard de loup mélancolique ? Le connais-tu ? Connais-tu les détresses des temps humides et frais, pleins de chaleur dont tu as même oublié le toucher ? Ah… Ce n’était pas rêvé ces instants mais tu ne fais que cela rêver... Et le monde est humain… Les soirs sont parfois irréels mais le monde est aussi présent que la voix. Entends-la ta voix…


Cela n’est pas perdition mais fatigue, non pas isolement mais retraite. C’est juste une ombre qui passe, ce n’est que cela… Mon âge de lune morte arrivera dans quatre mois, en février le milieu de midi le onze pour être précise. Je ne sais ce que cela veut dire être née avant la Naissance du Christ. La Naissance du Christ est marquée de l’an 1, sa Naissance en tant que Roi de lui-même ; maître de ses sens et de sa pensée la plus autoritaire et forte comme l’est l’acier le plus dur et le plus profond, ainsi que son Nom d’Homme au Service de Dieu; ma mémoire ne l’oubliera jamais… Jesus Christu. Yesua Christ. Christ. Né Araaméen, du peuple d’Aram, Araméen, converti à la foi du peuple des juifs, roi des ombres et maître de la clarté, il a été baptisé Roi. Ca veut dire être roi de soi-même, ça veut dire être roi de soi, ça veut dire être roi d’un seul… amour… ça veut dire être roi de son amour… ça veut dire quoi l’amour… ça veut dire que je suis un être humain… ça veut dire que… Il devait les conduire vers Dieu. Même les paroles restent au-delà de certaines mémoires voyez-vous, qui oserai dire… enfin… Voici comment je me souviens, moi qui y étais, comment parla le Christ. On ne crache pas sur les belles choses et la poésie fine, sinon je vous tranche la tête et même mes envoûtements ne pourraient vous ranimer, j’arracherai votre cœur avec mes ongles et ma force et ma vitesse, avant que vous ne souilliez le mien. Libre à vous de ne pas me croire. C’est vrai. Ai-je dis quelque chose de profond ? De fait les écrits sont comme les paroles, la poésie est surtout une affaire de cœur, si vous êtes sans cœur, sans cœur, tournez-vous vers le Christ, et ne le reniez pas ! Et cela est le calendrier chrétien, depuis plus de deux mille ans. Qu’est-ce que l’éternité ? Que veut dire le temps ? Que le temps est le présent. Je te laisse le temps de rire. Qu’importe. Mahomet aussi fut un très grand Homme, mais je n’étais pas présente dans son pays lors de ses prières et de ses gestes, de sa foi et de ses yeux fermés, dont on me dit, par quelqu’un, que la larme, je ne sais pourquoi à cet instant là, avait la pureté et l’envoutement du cristal. Il garda pourtant sa femme auprès de lui, la protégea. Elle ne mourut pas. Je ne comprends pas. Peut-être est-ce plus simple, plus humain comme nous, l’histoire de cette larme… Les écrits de Mahomet, comme tout Noble de race humaine, plus noble que ses propres bras et plus humble que le désert quand la nuit y tombe, ainsi fut Mahomet une nuit de Décembre, et je l’avoue ses plus profonds et humains écrits, portent son style inimitable et gracieux, et éminemment et éternellement sacré de Poête Arabe, non loin de Jérusalem, dans le Pays où est construit la Mecque.
Tu viens de comprendre une vaste portion du temps où seul le présent était absent, où seule je parlais, où tu écoutais et parlai peut-être ; et où seule la perspective était présente. Cela fait peur ! Réveille-toi ! Shéhérazade, crois moi, ainsi que les plus vieilles femmes de l’Algérie profonde, racontaient et racontent encore mieux que moi les histoires encore, si elles se souviennent encore de leur langue de conteuses sombre et terribles….Ce n’est qu’un livre ! Moi je suis née dans un continent sombre au-delà de l’Egypte dont le nom fut oublié, et où je me souviens, je parlais déjà avec célérité des gestes et du regard, ainsi que la grâce, aux loups. Et toi qui es tu ? Ce que tu viens de te prendre en pleine tête, c’était cette soirée où j’ai achetée une Rose des mélodies du velours noir et de la rosée, et où le temps et mon Age, mon âge Sombre furent présents. C’était un peu avant d’écrire ces lignes. Que vois-tu ?
Les odeurs et toutes les musiques comme des trainées de feuilles et d’allumettes d’or le plus dur et le plus pur vient se répandre. Quelle contrée se dessinera dans le soir, dans les atmosphères ? Moineau fatigué, souviens-toi de tes jeunes années adolescentes pures et subtiles, et miséricordieuses. Moi je parle silencieusement, je traine mes pieds le long des rues obliques et dangereuses dont je sens le sang qui resta au fond de l’air, et la fatigue me prend par l’épaule. Mourrons ensemble. Que la feuille se dessine. Nous mourrons. Que le rouge se colore de feu et que nous soyons baignés d’eau. Car nous sommes au plus profond du lagon des créatures. Nous sommes le lagon des créatures. Ferme tes paupières. Un vent a baisé tes lèvres.


Un masque de métal plus dispersé que le souffre a soufflé ses notes. Le cœur aux battements de métal. Le squelette de la poussière et des larmes. Chant funèbre, chant funèbre. Voilà que je m’écroule comme une botte de foin. Je suis la pierre et les yeux noyés. Vois la crucifiée sur le sol de pierre, elle erre, et elle tombe.
D’où vient ce grondement inhumain, il ne peut être réel. Il ne peut être réel. L’Art est mort. Chantons dans le silence, et dormons.


L’Humanité s’est réveillée à petits souffles. Comme il est dur de commencer une époque, de commencer un Siècle, de commencer un millénaire. De poser un pied sur une Tombe. Quelle tombe ? Pour quelle tombe de Poète ou de Créature plus étrange irais-je donc trouver la tombe ? Voilà la Magie qui s’élève en toi. Sens-la, elle est puissante. Je te l’ai donnée…
Seras-tu assez discret pour ne la transmettre qu’aux érudits sains et purs ? Je te fais confiance.
La vie est longue et bruyante. Comme les feuilles des arbres un soir d’été… Il faut que tu réapprennes à sentir, par tes narines, par ta peau, il faut que tu sois mieux, mieux pour…
Mieux pour sentir Ami et Amie, il faut que vous soyez mieux pour sentir… Vous venez de grandir, et cela est beau, profitez du silence et du noir…
Le sourd grondement du silence et de la musique qui souffle dans les enceintes numériques faîtes de plastiques et ourlées de métal ; et dont l’électronique est absente, où seul le son et l’écho profond éclate, se répand dans la pièce pour notre plus pur calme. Qu’est-ce que le soir, qu’est-ce que la nuit, qu’est-ce qu’un début de nuit ? C’est un grondement sourd et silencieux. Le corps résonne. Le corps papier de chair, immobile, ou prêt à écrire… Un souffle, et les yeux se voilent… La nuit est le début de la poésie, et qu’est ce donc que la nuit, c’est la poésie de la nuit…


Le jour s’est levé avec un calme de vent faisant pousser les voiliers grecs anciens sur la mer méditerranée. Les oiseaux chantent comme tombent les pétales des fleurs. Le jour a son dévoilement lui aussi. Il se lève, brusquement, pour éclairer le ciel d’un bleu blanc dans un silence fracassant, ou seul un seul oiseau chante. L’entendras-tu ce jour naissant, ô toi qui me lit ? Notre corps fait de chair et de papier velin ancien s’y promène, et cours, emporté par les mélodies anciennes, les voiles d’eau couvrent nos yeux, et nos bras sont des toiles. Nous sommes des corbeaux, des chats de la nuit qui se réveillent, et la nuit a gardé son noble fard sur nous. Nous n’avons rien perdu, ainsi est notre être, car nous sommes êtres de nuit, même dans le plus glacial et envoûtant des jours. Soleil, nous pardonneras-tu d’être des fleurs de nuit en plein ciel ? Viens, silence, je marcherai sur le sol. Viens, corps, je te prendrai dans mes mains. Viens. Cette journée a la nuit pour passant et les corbeaux sont toujours magnifiques quand ils passent. Ecroulons nous, nos plumes se pressent pour se déployer, et le vent montre ses crocs. Nous avons les mains des voiles et le visage des marbres devenus tissus. Mélodies, mélodies, mélodies, voilà la mélancolie douce…
Le soir est tombé comme des enclumes noires frappées d’eau de pluie. Le corps a repris les droits et l’on s’est nourri de volaille cuite et de riz. Est-ce que le souffle le plus lent contient les plus douloureux pleurs, ou est-ce une impression ? Hurler. Un jour cela sera nécessaire. Mais la fumée est comme le mal de crâne, elle passe, et le sommeil emporte tout. Est-ce que les nausées de vie et les vapes de réel valent le prix des maux de corps ? Le vent sombre et le froid est un cercueil agréable. Les pleurs seront poêmes, et le dernier voile, la dernière plume tombée sera soulagement… Moi je sanglote doucement…
Donnez-moi le prix des prières… je prie pour mon espoir, des yeux plus tristes et plus clairs, plus noirs que la nuit … Un regard que jamais n’oublierai… Ma souffrance est mon amour. Reste là, mon cœur est dur, appuie toi contre moi, je t’aime, tu es mon amie. Reste… L’amitié est invendable, rien ne peut la reprendre ; je t’aime, amie de toujours, Prêtresse celtique repentie des sables, amoureuse de mon âme, tu m’aimes… et je souhaite que tu ailles bien en ce moment… Bonne nuit.


Une jeune fille venue des étoiles et des planètes jumelles m’écrivit un jour ce poême, que je terminai. Écoute-le. Ecoute la poésie. Je te hais. A la folie. Et je te hais. toute ma vie. Et toi es-tu toute ma vie. Pour me haïr à la folie. Mais la folie des vies sentimentales. Ne sont pas aussi belles. Que la fraîcheur. D’un visage. Qui dit toutes ces choses. Je te hais. Comme une prose. Mais le poême. Combien de roses. Une seule. Qui me dit ces choses. Cette poésie s’est tracée en un tracé, au soir, et elle s’est tracée. Que vient dire les petits bruits du monde et des couloirs et des chambres, au-delà de l’infamie, de l’ombre que l’on réclame… Une musique nouvelle manque à nos oreilles, disait Fredric, le philosophe allemand plein d’humour et d’humanité… S’il te plaît, compose-la pour moi… Cette musique du crépuscule, du vent et des orages… des murmures et des silences. Des murmures et des silences. Des murmures qui s’en vont en mélodies…




*






Les temps les plus propices à l’essor sont ceux du réveil ; et du soir. La lucidité prend l’entrelac de l’enfance, le reste est raison, la poésie a son temps, la poésie a le temps de vivre. Les draps de poussières dans lesquels on s’étale ont la chaleur et la fraîcheur de la bonne saison et du bien être. L’ombre fait partie de nous, elle est notre cape et notre habit. Notre chair reposée et remplie de magie et de douce mort nous fait des mains de tissu et de coton. Sommes-nous cire ou drap de tissu de soie et de velours ? Ou chair ? Ou chair… Les lacs d’ombres sont profonds, et ta lucidité même diaphane réussirai-t-elle à s’éveiller, oiseau de chair, volupté insidieuse du venin du serpent rouge. Le tribalisme des chants noirs et africains, vaudous aux yeux enflammés et pleins de peinture rouge sourient, est-ce un rite, ou autre chose ? Mais le feu est là… L’ombre, la couleur noire de la nuit et de ton regard attendent une réponse, je vais te la donner… Ce sont les larmes, et l’amertume et la politesse me laissent comme du papier… Verse, verse… La réponse est belle comme l’espoir…
Les entrelacs des mondes plâtreux et poudreux, des chairs qui odorent les nuits passées… Est-ce qu’un éclat d’eau et une image de marais, ainsi qu’une grenouille prise dans les mains… Une grenouille, ce petit batracien sympathique, se laisse facilement attraper dans l’eau. Un coup de main rapide dans l’eau liquide et sombre de la rivière, et tu réussiras à la prendre dans tes mains. Elle ne croitra, croâ, croâ, plus, et tu la relâcheras… ; J’ai ainsi, à six ans et demi, ma mère me l’avait fait comprendre, cette méthode, réussi à prendre une grenouille comme cela et ensuite l’ai relâchée. Une enfance comporte des moments vifs et intenses, ne t’en éloigne pas trop, cela pourrais-être ta salvation, un enfer n’est pas supportable, il n’est qu’instantané. Le reste, tu es vivant. Et puis… ? Et bien, souris, il y a de la vie, et le monde est noir comme la nuit, et tes mains sont belles, et tu es vivant… Reste encore un peu dans les eaux de mes lignes, moi j’écris, toi tu lis, et je te demande, as-tu un jour pris une grenouille dans tes mains ?






*




Un batracien à peau verte et à la chair palpitante, l’eau entière et une bouche et des yeux comme de petites billes. La peau d’un batracien et une main humaine. Une main humaine. Ainsi sont tous les hommes, les jeunes hommes et les jeunes femmes. Mais c’était tout de même une main…
Me suis-je prise pour un batracien en essayant de me prendre pour une grenouille ? Ou me suis-je pris pour une enfant… Mais je sais que je suis plus silencieuse qu’une grenouille. Ainsi croassent les grenouilles, elles chantent… Mais quoi, mais quoi, mais quoi, c’était Otan du Nord et de l’Ouest de la lande qui disait celà… Mais quoi, mais quoi… Et les jeunes et les vieux se demandaient mais quel temps venteux et pluvieux et odorant de terre sèche et de poudre… Et le vent bleu et blanc comme les voiles pendus aux cordes tressées au chanvre, au vent du Sud, près des bâtisses, et les dames, polies, qui chantaient, un jour d’avant ; le jour tristement…


Le soir traine ses basques dans les cendres, et l’humidité du Printemps a le charme mélancolique… Créature à peau sombre tachée de noire ombre, tu vogues, la jeunesse dans la bouche… Tes lamentations sont des larsens électriques, ta voix tombe comme des baguettes sur une peau de batterie, et tu chuchotes en souriant, tes yeux sont beaux et tes cheveux glissent de graisse propre et d’humidité… Tu serais Femme tu me ressemblerai, bien que je ne sois que moi, peut-être que les mélancolies similaires ne se rencontrent pas, jamais ou jamais plus, ou juste en écrit, ou en musique…
Que dire de cette invention formidable du vingtième siècle qu’est la guitare électrique ?... Les sons de mousse épaisse et noire et friable et étendus comme de la poudre en tintements, en grains ; et de morceaux de pierre qui grésillent et sifflent comme des pics glacés qui se prolongent et se distordent et se dissolvent, éclatent en un tintement prolongé et noir trouble et fin et dur, distordue, pleine et long jusqu’à s’éteindre, cette plainte de la guitare électrique à la légèreté du liège, le vent de palissandre et la finesse profonde de l’aiguille… Si seulement tu pouvais m’entendre jouer sur cette guitare venue des sorcelleries aux sigles d’or et d’argent à chaques touches du manche… Je joue comme je trace mes traits quand je dessine à l’épingle et au pinceau noir, et les sons se mélangent en nappes fondantes, crissent et éclatent en myriade de copeaux de givres et d’airain qui tombent lourdement, dans la distorsion de braise rouge jusqu’au sombre métal.


Les ombres murmurent et la lumière réchauffe nos paupières. On dirait qu’une immense obélisque d’ailes d’onyx sculptées dans le marbre noir veut s’ériger et pousser comme un jet d’eau fait de pierre couleur d’ébène en fissurant et découpant finement, comme s’écartent les feuilles l’une de l’autre, notre dos. Au lieu de cela il s’étale comme un liquide-fumée, et devient notre couleur, un noir pur, et lumineuse, intensément et finement lumineuse est la nuit… Elle éclate comme l’est le monde, elle éclate, cette nuit, cette fin d’aube, ce début de crépuscule nocturne, ce début de sabbat de feu plein d’orange et de vert pomme, comme le monde, elle est nature sauvage et claire, elle est nuit, et je suis femme qui trace ses lignes et qui sourit… La nuit est noire comme un feu de bougie qui luit dans l’immense lac de nuit qui s’étend au-delà, au delà… Là où vivent les animaux, les bêtes, les hyènes au pelage chaud, les chacals et les fennecs à la fourrure odorante de sable cherchant un morceau de bois…


Une tornade de pleurs vaguement irrésolus et voluptueusement douloureux s’est abattue sur ma figure amaigrie. D’où vient cette douce douleur comme une jeune fille qui m’appelle ? Mais quel est cet être qui m’appelle de si loin, dont j’entends la voix, sent le cœur battre et les pleurs couler sur ma pommette gauche ? Je sens une jeune fille pleurer au loin dans la nuit, et je pleure avec elle… C’est une belle et fine fontaine où je renifle comme une enfant. Un nom prononcé comme on recueille un voile sur la paume étendue des mains et de l’espoir… Où sera le nom, qui, quand par la personne qu’il faut, rencontrée et parlée, prononce enfin avec clarté et émotion votre nom, non pas comme le prononçaient vos parents, mais une femme, ou un homme mûr, donnant ainsi couleur à ce qui vous nomme. Le plaisir enfin d’entendre son nom tel que le Poête ou le musicien créa ces sons pour en faire ce qui vous dénomine le plus émotionnellement du monde, ainsi je ne dis jamais, ni prononçai à personne son nom véritable, tel fut le cours de ma vie, je n’ai révélé le voile qu’avec des mots, non avec ma voix… Ou, sous le coup d’une passion passée et brûlée, ne le faisais-je que le répéter jusqu’à le noyer sous ma voix, puis l’écrire…Ces chants poétiques dédiées à un homme jeune et talentueux de plus de trois mille deux cent six ans et aux cheveux blonds brillants et durs et longs, à l’allure étrange et mystique, me prirent toute une saison, et le jeune homme me prit par le bras avec reconnaissance et nous nous promenâmes dans la fin de l’automne, doucement, le long des rues…






*






Mais le voile d’une tempête de tissu s’est fracassée devant moi ! Tissus longs comme de la fumée tricotée en énormes draps de laine bleu outremer qui s’écharpe corps à corps avec mon visage figé, comme un instantané photographique, sur une grimace aux yeux ouverts et clairs, noirs, et une bouche pleine d’agression muette et figée de stupéfaction. Qu’est-ce que cette nudité de la face et de la poitrine, cette peau retrouvée dans la douleur ?
On dirait que les vallées ou paissent les herbivores à laines blanches et tachées floues de noir s’est répandue sur mon horizon de vision… Une impression de vallon de montagne, en plein acier glacé sombre de nuit ! Le vent et le soleil révèle cette nuit, et même le plus clair dessin et forme d’un arbre sous la lune cachée m’apparaît éclairée comme dans les rues de Lyon au soir… Une clarté de vision dans la nuit, un soleil que je repère de l’autre côté du globe, au Laos, alors qu’il a disparu… Ici c’est la poudre, la poussière, les graviers des chemins de nuit… L’herbe frémit sous le vent printanier, et il fait bon dehors, bien que le noir soit complet…


La nuit a la peau pour cendre, et sa peau est velouté blanche. Les suffocations du bloc de nuit éclatent come une feuille de métal dans le noir, et deux feuilles de chêne semblent disparaître dans un miroitement d’éclat de lune dans le nocturnal vent doux comme une peau qui promène son visage et ses yeux de pierres précieuses après minuit.


Allongée dans les vapes dispersées de plumes et de vapeur noire et d’éclair blanc comme des lumières sans teint, je décide de maudire le sommeil, le renverser sur ma couche et de respirer dans l’éclairage nocturne et l’humidité des ombres. Mon cœur craquelle comme la peau du temps, et les vieux mythes grecs se gravent comme le vent sur mon front. Colère de convalescente, réminiscences des bruines de contes et de l’enfance vagabonde, attirée par les pierres des tombes et l’image de la mort dans sa robe noire. Le monde est froid comme l’avril de glace, comme le blanc et l’or du soleil au crépuscule, tout autant que l’herbe et les corbeaux. Je décris, je décris, mais ma peau est comme un tissu de flanelle de robe bleue clair… La foudre des filins de cordes a le squelette agile, et les reniflements se soldent par le sang du sommeil. Je le maudis, car j’ai eu assez de chair aux yeux fermés auparavant. Peau tendue, cauchemars sanglants et oubli vaporeux, il ne me reste que le temps et la lucidité ! Je dormirai comme on assassine quelqu’un, droguée par le réel et le présent, pour m’affaler sous mes paupières après avoir marché un souffle de cuir crevé rempli de vent frais dans le cœur… Car le sommeil m’a tordu les chairs et les a retendues, assouplies et reprises en forme comme une peau lavée, saine et fine. Les muscles nous suffisent, mais reparle moi de tes muscles quand je les aurai battus au fouet en lanières, laisse moi dévider mes mots aux métaphores sans sens que je ne prononce qu’en direction pure du vent, et où tu pleureras ; malgré moi ; malgré moi sans moi, en pensant à moi comme je t’aime ; dans un demi sommeil… Car mes rêves et mon sommeil, profond comme le cœur du métal, m’avale et me broie, et je n’en sort indemne que dans la colère et la souplesse restituée de ma peau, griffée de toute part par le passé, que j’éclate de mes doigts, pour la rendre comme un tissu purifié par l’eau de mer et le sel, sans cris sourds, rien qu’éveil, et malédiction du sommeil tout autant que mon assassinat demain à une heure de respiration qui se ferme pour déglutir, et sombrer, après avoir pris ma peau et mes souvenirs dans mes paumes… La colère digérée dans la fatigue se dresse comme une vague après un sommeil agité, et déferle sur le premier venu à mon esprit… L’odeur rouge et noire se répand comme un tissu d’herbe brûlée, et les narines exhalent le frais, le corps, vers un esprit lucide et plein de rancœur, qui se finira par le calme et la pondération.








*








Des levers de brumes comme des navires aux voiles de couleur de cercueil aux yeux pleurant sont tombées. Le rouge sang de la mort a abattu ses serres sur moi. J’erre, lente comme le brouillard et le gris d’une couleur oculaire, comme une route qui gondole et ondule, fine comme une feuille grise de papier de soie. J’ai des grondements dans la poitrine, de la rancœur dans les yeux et des enclumes de larmes prêtes à tomber sur mes joues. Le dégoût plutôt profond de mon âme me prend comme un filet d’eau bleue. La convalescente erre, en proie à l’absurdité du choc noir et de la dévastation pointée sur son corps, non énorme comme l’ouragan, mais vaste comme un zéphir d’air glacé sur la peau.


Je sanglote avec un peu de dégoût, le cœur tremblant pour une âme à peau souple, et les poches de larmes glissent et chutent doucement, et chutent si doucement pour les muses muettes par malédiction à la haine. Comme le vol des oiseaux, mais chaque matin et chaque nuit. C’est une outre de tristesse et d’amour qui veut se déverser. Une cascade attend de pleurer et chuter comme son battement calme en trombe. Les mouchoirs de larmes tombent lentement et doucement sur mes joues, et mes yeux sont noyés d’ombres et de tristesse dans l’âme au-delà de la notion connue de pureté de ces muses maudites du castel de Valachie et leurs souvenirs, et son cœur et tout mon amour.


Elan noir de la plaie, solitude de la misère. Retrouveras-tu tes pas dans le brouillard des mimétismes qui s’effacent, qui se palpent comme autant de regards et de mains qui tâtent et frappent, doucement dans une douce continuité, ô combien de pâquerettes, de mains et de rayons de soleil qui viennent percaliser tes iris et tes yeux. Champs de jonquilles de la saison, immémoriel, Ô Mendiant des Déserts que j’ai connue, jamais, que je vis et dont je crains chaque pas et chaque présences, va t’en connaître ce que je sais ! Et va nous parler, peau lépreuse comme la ponce aux yeux bleus d’effroi pour ma sensibilité ; et aux moustaches beige dont la simple imagination me dégoûte, car j’ai peur des cultures souillées et délavées, qui savent parler comme on balbutie, et qui ont pénétrés des mystères qui me glacent. Crépuscule déchiré au sang et des plantes maudites de la racine par leur aura étrange, venues des injures et des malédictions du désert dans le Froid et la Nuit…


Nous sommes cette solitude de nuit, nous sommes tous les Enfants de la Nuit. Poitrine tâtée de battement de cœur et reniflement de cette eau dans les narines, plus beau, qu’est-ce, que ce sourire qui avait tant de mal à se dessiner ? Enfants des meurtres et des incertitudes couronnées par la morbidité, innocence de solitaire triste et amoureux des pierres de cimetière et des Eglises ! Seul le Sacré t’importait alors, et le Cimetière qui battait sous tes pas, le Christ t’avait déjà giflé de ses pleurs quand tu regardas ces pierres ! Soleil puissant, Eté des Grecques Déesses, ainsi vaut une Eglise dans la Nuit pour Nous, Enfants solitaires, avant de nous coucher… Car nous sommes tous par nature des Païens, des Satanistes Antiques au culte de La Terre et de Yové, Dieu de la Nature et cette créature qui couronna ces yeux, tes yeux de son souffle, car nous avons toujours été enfants de la nuit ! Que nous importe alors les Serments des Prêtres ! Nous avons plus de raison qu’eux, nous cultivateurs du Satanisme Antique, culte de la Terre et de l’évidence de Dieu, nous les passants sombres et joyeux. Il y a des tragédies de prêtres que je préfère ignorer… Car nous sommes les plus forts des Templiers par Nature, défenseurs de ce que nous possédons au plus profond de nous, l’Amour, la Terre, la Vie, la joie et la compassion la plus souriante, naturelle et joyeuse qui soit. Cependant la Nuit des ombres, les sombres contrées des Vampires, des loups, des Prêtres compatissants et heureux comme le Dallai Lama de cette époque, ainsi sont les Prêtres Chrétiens, car ils ne jugent personne, et accomplissent la Foi de Christ et la gloire de l’œuvre de Dieu, sont nos propre statues dont nous sommes déjà loin derrière ou à côté, car nous sommes êtres étranges, ô nous Loups et Louves de la Nuit et des Mystères sombres et dorés. Le Christ fut la tragédie du Monde, Satan fut son frère, et quand deux frères d’âme se rencontrent, le plus vieux a forcément des choses désagréables à lui dire… Éloigne-toi de moi, vieux diable, Satan, chitane, créature impie à ma foi et mon désespoir… Satan s’éloigna, triste de n’avoir pu guérir le Christ de sa tristesse et sa colère, insulté en vieux Dieu des contrées anciennes, que Jésus de Nazareth, le mélancolique sauveur, ne voulait plus entendre avec ses leçons de morale… Satan des astres, oublie moi, car ma tristesse est ma mélancolie douce et bienheureuse, ainsi parle le Christ, et, comme Hugo le poète le décrivit, Satan le sage et le fou, l’ange meurtri par sa compassion, ne pu s’empêcher de s’en aller doucement. Ne priez pas pour Satan, Dieu a assez prié pour lui, et son bonheur est l’Ange liberté, mais son rêve est aussi éternel que la naissance d’un battement de cœur sanguin, c’est le lien le plus beau qui puisse se faire. Prions ensemble pour les amoureux maudits qui valent mille fois le paradis des fiançailles et des baisers, et des battements de cœur à leurs sourires… Car je vous le dis, si le Christ aime le Diable et a pitié de lui, Satan s’allie à lui pour mieux lui parler avec Raison, le sauver et le remettre en entière face humaine, ce grand divisé, ce Diable destructeur que fut pour moi un jour mon plus tendre et douloureux Ami, que je guérissais mal et durement, un peu, n’ayant que peu d’effet sur son âme et sa conscience ; que dire d’un homme cultivé et souffrant devenu fou ; Diable qui fut Ange, regarde tes mains, le monde ne te veux aucun mal, pourquoi le blâmer. Tu ne comprends même plus un message d’Amour… Dors et repose toi, des milliers d’âmes fidèles prient chaque jour pour ton salut…


Ne venez pas nous donner de leçon de morale, ne pêchez pas par orgueil, vous trahiriez le Christ ainsi que votre meilleur Ami, non Dieu, mais bien cet être humain qui vous aide et vous est proche, moi pour un petit temps, mais Dieu a guidé cet autre Ami vers vous, la vie aussi, n’avez-vous donc jamais appris ce que c’était que l’Amitié ?... Douleur, sentiment ! Ah, oui le sentiment fait mal, car il contredit le mal du corps… Vous auriez dormi et seriez plus clair, mes paroles vous seraient tranquillité… mais, bon c’est humain tout cela et c’est bien aussi…
Auriez vous oublié d’être humains, seriez vous devenus des vieux diables jusqu’en en oublier le sentiment d’amour. Dormez, buvez de l’eau, lavez vous et reposez vous sur le bord de ce lit, il vaut tous les espoirs réels, je le sais… Je le sais bien… Ainsi commencent les prières en silence… La joie n’est pas loin, une larme, un sourire… N’est-ce pas vôtre musique que vous commencez à jouer ?


Un jour un homme cracha sur le Christ. Un jour un homme cracha sur la foi. Un jour un homme cracha sur Satan. Un jour un homme cracha sur l’Amour. Un jour un homme cracha sur Dieu. C’était un Saint au bord du désespoir face à une bande de porcs qui étaient tout autres. Que faire des crachats quand on n’est qu’un crachat soi-même ? On crache. On crache sur tout ça en même temps. Simple analogie. Que faire des crachats quand on n’est que des crachats, on crache tous en même temps, on crache tous en même temps sur la même chose, et l’on n’est que glaire car c’est la destinée du glaire de cracher sur les belles choses. Voyez un porc, ou des porcs. Ils crachent. Et je suis désolée, les araignées qui tissent leurs toiles, femelles sombres et arpentistes de la pensée sont bien plus belles que les Porcs. Elles ne font que tisser leurs toiles pour se nourrir de mille façons et font leur art avec recul, et mangent en souriant. Les porcs ne sont que porcs. Au pire de mon insulte la plus atroce, des excréments faits par un porc, eux-mêmes malgré leurs parents, telle est, je le sais, la teneur et la matière interne de leur langage quand ils oublient leur esprit, et de leur vocabulaire le plus courant quand ils nient la pertinence et le sérieux le plus naturellement respectable d’un acte fait par autrui. Les pantins sculptés dans les ombres des ordures placées par un fou ont toujours du mal à courir, et c’est leur nature de finir dispersés par les pas et les pieds chaussés des hommes, car on vit à cette époque dans une ville propre et j’ai malheur à voir que malgré celà parfois les hommes crachent par désespoir. Situation impossible dans une époque civilisée, situation possible dans la colère digérée par la haine pure, inhumaine et dangereuse, et toujours la plus désolante possible. Un peu de coeur pour nos semblables, un peu de confiance en notre avenir. Je respecte énormément les animaux du zoo, mais là je dois avouer que la vison et l’odeur d’une telle souillure me donne malgré moi des hauts le cœur que j’évacue très vite. Pourquoi chercher plus loin ? Un peu de charité pour les porcs et les peaux graisseuses sans morale ni charme à la permissivité des chiens excités sans éducation, cela fait beaucoup pour un homme, surtout quand il touche beaucoup, ne fait rien, crache partout avec l’orifice dégueulasse qui lui sert de bouche. On ne souille pas la beauté. Les hommes maculés de poussière finissent dans la campagne des sables portés et des vents malsains comme le désert rude et inamical du Texas, contrairement à ses habitants, vieux êtres de culture et d’art qui ont bien le courage de survivre à tous les climats, habitants du Texas et des terres d’Arizona, qui comprennent tout et ne lisent que mal, alors qu’on ne les a pas insultés mais qu’ils respectent tout le monde, et je pense qu’un peu de bière et du désespoir font de la très belle poésie, avec l’esprit de son âme et de sa lucidité et de sa netteté, ainsi que la lumière de l’écriture par un stylo à encre noire, même humains, pour avoir l’impression d’avoir commis un acte digne d’un Grand Homme, tel que Martin Luther King assassiné par un dingue absolu, prix Nobel de la paix qu’il était, et je ne sais ce qu’est un grand homme, mais sauver la vie de quelqu’un, par acte physique et proche, alors qu’il va mourir ou qu’il va se suicider, et que l’acte est fait et la personne sauvée, ça, cela vaut bien un Martin Luther King, et c’est vrai. Ecrire, je ne suis pas, moi, celle qui écrit cela, de la race des grands hommes, mais la valeur d’un travail littéraire, de poésie ou autre cela se voit, se remarque, se confirme, et est une valeur reconnue par l’évidence de la qualité. On voit toujours un acte d’écriture, ou autre par le vrai, et avoir très bien fait, ou même fait comme, ou être un grand homme, ce que je ne suis pas, et bien oui, cela est bien possible. Et c’est vrai. Etres humains infectés par la poussière, aussi vides d’esprit et de matière de l’esprit et en actes de grandeur qu’ils estiment aussi important que leur propre avenir d’homme dans le monde et dans leur coeur, quand ils oublient de pleurer, de parler et de vivre, alors que la vie est comme eux, rude, solide et raisonnée, et qu’on n’est jamais seul, et que parcourir quelques pas vers des hommes que l’ont ne voit plus comme des hommes alors que leur cœur est similaire au nôtre, hommes- panthères buvant leur désespoir avec la sécheresse, alors qu’ils auraient dû se respecter eux-mêmes. Offrons leur notre silence. Une parole réfléchie est un courage aussi efficace qu’une flamme allumée dans le noir, le souffre a bien pris feu, et la lumière a illuminé la chambre où brûle doucement la bougie allumée par la flamme. Les Fils de Chacal hurlent plus fort encore quand ils sourient. Offrons leur notre silence.


Ainsi le porc ouvrira grand les yeux et la bouche, et s’étouffera avec ses glaires et ses crachats. N’avez-vous jamais été une belle putain sur laquelle on a craché. La Beauté est supérieure à la souillure. Elle reste. La souillure part et disparait. La souillée part, et reste dans sa langue et sa noblesse, sa fierté humaine, cette putain sur laquelle on a craché ! A la tienne Arthur ! La putain souillée est pauvre, et c’est pour cela qu’elle a toute sa richesse. Son existence est vide comme le néant sacralisé, ce souffle de chaos blanc et noble dévalant tout, la bouche qui l’a soufflé y compris. Deux clignements de paupières font du néant une peau de sang. Entends le soleil éclater tout là bas.
Profond et profonde comme la souffrance et les murmures soufflés, les zones implicites et les fréquences induites et subtiles dans le silence. Ainsi se présente le néant et l’humanité, remplie de pailles sombres de poussière pure de larmes de battements de cœur. Le néant n’est que silence et face au silence et au néant on se couche. Corps douloureux, allonge-toi dans le silence car les muscles et le sang se ressoudent lentement dans le sommeil.
La Beauté a été murmurée, tu l’as entendue, tu l’as entendue… Il y a des insomnies remplies de souffrance et de café et de musiques et de paroles où le néant n’est que le silence, pas plus, et l’on se rend simplement compte que l’on respire. Et l’on se rend compte que l’on respire. Le silence est doux comme le sang qui circule et les larmes qui coulent.


Les authentiques hôpitaux psychiatriques sont des lieux sacrés et extrêmement sains. Les vrais fous nuisibles et de très mauvaise foi, tout en en ayant conscience, il faut le savoir, les dévoient forcément. C’est pourquoi ils n’y comprennent rien. J’adore les cris de peur et j’y prends même plaisir. La peur m’a toujours été saine. Parfois ai-je joui de la peur de l’autre, comme un animal, que je ressentais. Toute cette assertion est vraie.


Je ne suis pas folle et j’ai été malade. On ne remerciera jamais assez la grâce de l’aube naissante au bord d’un lit et en sortant par une porte vers le soleil et la nature.


Ils arrivent que les femmes aussi souillent la Beauté… Peut-être par inadvertance et par perdition. Souvent par orgueil, je le sais bien. On se remet de l’orgueil par une crise de larmes et un deuil est toujours un deuil. Quand à la folie profonde, une seule chose est vraie, les larmes que l’on pleure ne mentent pas car elles font du bien. L’Homme n’est pas mauvais, il souffre mauvais et dans ce cas là qu’il dorme et qu’il se purifie. C’est tout. Ma couronne de Dragonne est devenue blanche et noire, écarlée de rouge carmin et je marche comme battent les ailes des papillons et souffle la vie et les jambes et les bras et les mains et le cœur comme un vaste souffle écouté et qui écoute… L’oxygène ne ment pas, nous ne sommes pas des raies Manta tapies dans le sable noir sous l’eau. Nous sommes des êtres humains, et nous n’allons pas maudire l’oxygène. L’air pur. Je suis quelqu’un qui respire, pas plus que ça. Pas moins, pas plus. Je pense et je respire. Si vous voulez voir une Tombe, sachez que je n’y suis pas. J’écris et je respire. Comme la Bêtise humaine peut faire d’un nom; d’une parole sans sens que sa phonétique pure, un objet sans sens que l’on craindra. Alshanta Me. Maudite de tous les sangs. Je suis ce que suis. Arrivé à un certain stade de la raison, l’on n’est pas bête, l’on sait que l’on parle dans une langue avec sa grammaire et son histoire réelle, historicité des mots et racine de l’orthographe qui donne un sens profond à chaque mot, et une langue n’est pas faîte de hurlement, si c’est le cas elle n’est rien et n’a pas plus de sens que ABRASHAR RAMORAKA DEMARKALE ce qui s’est écrit n’a pas de sens je l’ai inventé à l’instant et tous les non-sens où seul le sentiment de peur et un hurlement de crainte était inscrit, et bien cela est un non-sens, cela n’existe pas; et seule la langue dans laquelle je parle et vous m’écoutez a un sens, car on comprend chaque mot n’est-ce pas, et le reste n’a pas de sens, car rien n’a de sens sinon le sens en lequel je parle, le sens cohérent de mon langage et du sens de mes mots ainsi que la grammaire les articule et que la raison la plus saine les dicte car quand on est dans la Raison seule la souffrance d’autrui peut nous faire taire complètement et toutes les autres insultes ou cris venus de la peur ne sont que des sons sans sens. Un hurlement n’est qu’un son guttural, ça n’a pas de sens, ce n’est qu’un bruit. Mais je veux bien rassurer la personne qui hurle si elle s’est fait peur avec son propre hurlement, et si elle hurle de douleur physique et bien cela passe, car la douleur physique peut être apprivoisée et annihilée en soi et chez les autres. Quoi ? Mange un peu et bois de l’eau, prends du thé ou un café ; l’étonnement est une chose humaine. Juste de la beauté qui se trace sur le sol comme le vent.


Hommage à Mademoiselle Rachida Madani, qui l’a si humainement servie, la beauté cachée par ces voix qui sortent des pages sa voix de femme et la voix d’homme dans sa mémoire, ce livre qui hurle quand on le lit, qui hurle réellement sa sonorité verbale, le son de ces paroles écrites qui parlent comme la pensée se forme dans la tête ; ainsi le voilà, une partie de votre talent d’écrivaine, mademoiselle Madani, livre et vers et phrases et elle avec son bruit de voix à vos oreilles tel que ces paroles, ces écrits ont été écrits. On peut aussi lire l’écriture silencieusement. Et aussi servante de la Beauté par ses vers peu évidents et d’un voile si noirs qu’ils en deviennent illisibles. Il suffisait juste d’ouvrir les yeux… Que les hommes soient tous maudits par le Christ disait cette femme aux cheveux noirs. Tout le monde sait pertinemment que Satan était le frère du Christ.


Mais elle raconte n’importe quoi mais elle raconte n’importe quoi mais elle raconte n’importe quoi, mais elle raconte n’importe quoi, mais elle raconte n’importe quoi ; mais elle raconte n’importe quoi, mais elle raconte n’importe quoi.


Je ne comprends pas cette dialectique.


Voici une phrase bien formée, très dix neuvième siècle, une goutte romaine et un peu de la patte de Nietzsche. Sale animal. Sale animal. Sale animal.


Sallanimal.


On ne remerciera jamais assez la grâce d’une nuit tombée sur vos cœurs.


Je me réclame de la poésie de Daniel Filth, ainsi que son groupe de black métal, une poésie aux dents acérées qui osent montrer la lune pour se prosterner devant vous.




*






Socrate était-il le plus sage des hommes ? Socrate avait des émotions. Socrate était-il le plus humain des hommes ? Socrate était intelligent. Socrate pensait-il ? Il lisait. Socrate comprenait-il ? Il comprenait. Socrate était-il laid ? Il n’était pas stupide. Pourquoi Socrate écrivait-il ? Pour qu’on le lise et qu’on le comprenne. Qu’est-ce que l’intelligence ? C’est la compréhension, la lucidité, et la certitude de cette compréhension, la mémoire permettant ne serait-ce que de relier sa pensée à soi-même. Soi-même est dur et triste. La réponse à l’intelligence c’est la pensée.


La réponse au doute c’est l’évidence.


La lucidité permet de respirer.


Sans l’art d’aimer, de chanter, de voir, et d’écrire, la nature n’aurait aucun sens.


Le bon sens des paysans, c’est leur propre Culture.


Ces gens sans culture qui ne se sont pas redressés dans leur Morale…


La vie est faîte pour être Merveilleuse. C’est vrai.


A ceux qui nous ont le plus fait mal sciemment la meilleure réponse est de les priver de notre amour de façon définitive. On ne creuse pas un trou déjà creusé. Et les fontaines ont meilleur goût dans la solitude avec notre propre amour non souillé par les cancrelats et les mites de la Beauté. Pourquoi donner à quelqu’un le minimum de ce qu’il nous a pris au maximum, de notre vie, de notre raison et de notre amour pour les détruire jusqu’à la cendre ? Après la longue période du sacrifice, purifiant nôtre cœur, après la période la mort en lambeaux et en lamelles pour le profond criminel qui semblait jusque là faussement heureux et tranquille, le pardon peut revenir. Le criminel ce n’est pas nous, ça c’est affirmé et sûr, nous avons été la victime. Aucun crime n’est impuni. Punition faîte, nécessaire et accomplie, la naturalité du coeur peut revenir. A celui qui ne s’est jamais excusé, que le Pardon face son office. Aimer, cela a toutes ses conséquences. Le reste n’est que vie, et que celui qui continue dans la mort retrouve lui-même la vie. Nous c’était naturel et nécessaire. Nous savons tous où nous en sommes. Plus fort ? Nous avons tout le temps d’écouter. Cela est dit. Avec un peu du style et de la Parole de Luna. Même neuf mille ans après, une femme transmet et reste fidèle à ses principes essentiels, dépassés, mais de toute façon transmis. Parole faîte et vie accomplie comme des yeux fermés sous la lune du jour, sous l’éclat de la nuit, en la vie du cœur. Il y a des pouvoirs occultes qui me sont encore étrangers. Mais à neuf mille ans d’écart, on se respecte bien, au moins, et au plus.


Quel est le plus sage des hommes ? Socrate, dit la Pythie. Et la Pythie se mit à parler, la bouche fermée et les yeux noirs : cultive-toi. Et du disque de métal cerclé d’or gravé du plus tendre des pinceaux, elle sourit. Le pinceau érafla en effleurant la feuille. Le pinceau était noir. La pythie avait une famille et était très humaine. Voilà pour la fin de la petite histoire. Qu’est-ce que la poésie au fond… Qu’est-ce donc que cela, dites moi, la sensibilité et l’écriture des choses dans le verbe. Commencer une histoire avec deux êtres trés humains, n’est-ce pas au fond un beau conte à écrire ?


Le doute est une chose effroyable, la fatigue en est une autre.


Un créateur a du talent. Quand il a une lampe dans les mains, et qu’avec toute son intelligence il prouve à la personne qu’il a devant soi qu’il est, suivant les contes arabes, le Génie de cette lampe, il vous a menti. Le talent, la fatigue, l’intelligence et la limitation des forces vampirisant l’âme peuvent mener à la folie. Le Génie de la Lampe est un conte arabe. L’homme en question était un créateur et un poète. La femme l’a cru et l’a vivement réprimandé pour un tel acte de mensonge, et lui a fait la morale. C’étaient deux poêtes et la lampe était faite de vernis bleu turquoise. L’homme était triste et peiné, et avait vécu beaucoup trop de choses.


Le Génie… ? Un peu plus que du talent. Quelque chose de magique et d’inattendu de la plus grande profondeur quand on crée. Je n’ai jamais vu un Génie; tel que cela est décrit dans cette phrase. Mais une telle conception me fait peur, une très humaine peur. Je ne sais pas ce que c’est qu’un Génie. J’ai juste du talent, je dis ça en toute humanité, pour éviter les sentiments et les regards réflexes et dubitatifs purs sans mauvaises intentions venus de l’extérieur. On dévoierait Apollinaire et son talent, ainsi que son âme, ainsi que sa poésie, si on le traitait de génie. Il y a des gens trop sérieux et dans leur âme et dans leur art pour être qualifiés de tels. Ils ne sont pas modestes, ils disent ce qu’ils font. Les créateurs trop submergés sont parfois incompris. Je ne suis pas Guillaume Apollinaire. Je suis une créatrice et j’ai du talent. Comme les autres. Comme une autre, comme une souffrance, comme un écrit bordé de sang…


Un homme simple et humain se révèle et devient de chair au développement de la main qui le touche comme un négatif d’autant plus à la mesure de la fascination qu’on lui accorde, fascination qu’il possède déjà en lui-même, qu’il possédait déjà en lui-même. Les créatures sont humaines, mais la colère, la haine, la légende et la nécessité de vivre peuvent accorder beaucoup plus que du crédit à une légende…


*
Sans limites, l’angoisse et la destruction du soi guettent.


Le sens palie à la folie. Le corps ne ment pas et la pensée est réelle.


Où voulait réellement en venir Leibniz avec sa monadologie ?


Le corps sans souffrance qui se réapproprie dans ses limites humaines et sa peau, n’est-ce qu’un palier des monades de Leibniz ?


*


Contre l’aphasie, une solution : respirer, se taire et observer. Les créatures silencieuses finissent bien un soir par trouver leur souffle pour parler.


Douter de son intelligence est de la folie pure. C’est un non-sens total. L’intelligence paralysée par le doute, après cela, se rattrapera d’elle-même. Cela arrive d’avoir des coups de folie, qui peuvent être de ce point de vue extrêmement dangereux. Dangereux pour toute sa propre existence personnelle, et relevant d’un doute ayant abouti à une conclusion folle, détraquée, absurde, monstrueuse, immonde, car on ne perd jamais et en tous les cas son intelligence, la compréhension même de la majorité, voire l’intégralité de ces textes, le prouve, toute votre intelligence est restée subtile, lucide et acérée, y compris dans la maladie d’Alzheimer, qui est une maladie touchant juste à la mémoire à court et à long terme, et pour être précis, non aux facultés intellectuelles pures. Toute personne regardant un malade, très âgé, atteint de la maladie d’Alzheimer, parler, ne pourra, avec toute l’évidence que le malade mettra à le prouver, alors qu’en plus c’est naturel, ne pourra échapper à la vivacité d’une telle pensée, normale pour les gens âgés, dont juste certaine petites et précises facultés mémorielles ont été altérées. La science moderne a déjà commencé à palier à ce problème à notre époque. Il y a aussi des gens âgés dont le silence a tout absorbé, et qui ont perdu, juste, la parole. Mais juste une chose : les conclusions détraquées et incohérentes, bouffées par l’angoisse, la mort, la peur, déchiquetées aux rasoirs de la maladie de l’âme, n’aboutissent toujours qu’au chaos mental, interne, profond, issu du doute le plus infect qui soit. L’intelligence est là, vous le savez, point. Compris. Tout. Le reste aussi. Preuve par l’absurde et par les larmes pour les tragédies de l’esprit et de l’âme, quand on reprend pieds. Il y a des larmes plus terribles que cela.


Les créatures silencieuses ont de beaux et grands yeux. Cela a du sens, mais quels sens sensoriels et olfactifs du soleil irisé de violet liquide et de bleu métallique comme le verre sous le soleil peut-on, à ce stade de créature, trouver à son tour ? Les gouttes d’eau sont plus minérales que les yeux, et les émotions sont réelles.


L’objectivité d’humanité, de réel et de profonde évidence devrait être une évidence tenue, mais acquise. On ne laisse pas sur la pierre les murmures des barbares aux yeux brillants. Corps de pierre, vient tenir dans mes mains… L’histoire cristallisée et reliée au corps assoupli qui a de la mémoire, au fond les vieilles poussières antiques ont le parfum du merveilleux… C’est une intuition jetée…


Ces gens qui pensent que la vie est un vaste et sérieux petit jeu et qui s’emportent dans leur caractère réagissant tout en en y prenant un perpétuel petit plaisir. Moi je ne joue pas je vis. C’est pour celà que je n’ennuie personne par jeu qui va avec son petit plaisir. Même un coup dans la figure, pour ces gens là, fait partie du petit jeu et des grands et petits plaisirs. Un homme sérieux ne frapperai ni ne maltraiterai aucunement son enfant. On attend tout à fait ce genre de réaction de la part de quelqu’un qui n’en est pas un. Un homme. Non, la boucherie chevaline avec le mauvais caractère du boucher. Non point un acte sérieux. Un petit jeu sérieux avec son grand ou son petit plaisir. Un homme sérieux ne lèverai jamais la main sur son enfant. Histoire de concessions humaines, l’histoire de la folie en est tout autre… L’histoire humaine de la tristesse ouvre d’autres perspectives. Hommage à Francis Bacon, qui va mieux que tout maintenant, et qui enfant, tous les jours, sur ordre de son père, son père ordonnant au valet de cette famille particulière dont Francis Bacon faisait partie, sur ordre journalier, chaque soir, sur ordre de son père, le valet le battait violemment, fortement, chaque jour. Il devint peintre et fit de la psychanalyse picturale et devint un des plus grands explorateurs technique et créateur des formes et des résonnances aussi précises qu’un trait de plume trempée dans de l’encre sombre et pure, tout en ayant la force et l’inventivité d’un coucher de lune, mais avec son regard et avec ses mains toujours déterminées à peindre, et coloriste unique, chercheur, peintre absolu de l’homme et de la femme, avec toute l’humanité d’un authentique saint, dans la recherche de la compréhension de la souffrance de l’autre, pour la résoudre, le peindre, et finir heureux et dans le mystère et le silence de lui-même et dans toute la plénitude que peut apporter la vie, malgré tout, avec tout le monde, avec cœur, toujours. Amen.





II. Les chants discordants de l’usurpateur de Diogène sous la vue méfiante d’Héraclite (juste un enfant qui cherchait à savoir). Il finit par parler après y avoir mis du temps. Il ne connaissait personnellement ni Héraclite ni Diogène. Il n’avait lu qu’Héraclite, pas plus. Les deux ne rencontrèrent jamais le troisième.






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Ophélia couchée dans ses longs lys




Toute culture de terre est peau. Toute la terre est nourricière. Une peau éternelle à soi est culture, est terre, est terre de la culture. De même comme les morceaux de terre, l’odeur de la terre, et l’origine même de la matière de la terre, terreau à la vie.
La mémoire, comme les cernes de l’arbre coupé, et l’œil humain qui les regarde et les compte, est en ce cas le problème et le cas du vieil arbre coupé. Si personne ne le regarde, seul le ciel, l’air et ses jeunes pousses existent en tant qu’il est arbre sur terre.
L’œil qui regarde compte. Voit. Mémoire de l’arbre vivant, mais coupé, puisqu’il ne subsiste que le tronc et les racines. Qu’est-ce que ces cernes, la mémoire de ces ans, de ces années, et chaque cerne sa calligraphie et sa couleur ?
Autant que le photographe, le scanner qui scanne la photo du photographe et tous les ans et les vieillesses de cet arbre, ainsi est la mémoire et le retour éternel des marques du tronc de l’arbre dans toute une photo, photo de l’arbre prise par le photographe, scanner qui scanne la photo, et l’arbre et son histoire. Ainsi est l’éternel retour. Mécanisme de scanner et film comme l’est le cinéma. Un retour intérieur de la mémoire. Si une ou plusieurs maladies de chaque cerne ou toute une partie de cerne vient à revenir en mémoire, ce n’est pas la raison de l’arbre qui est en cause, mais tout ce groupe mémoriel entrecoupé et distinct mais cependant formant, en un groupe distinct, d’une certaine manière uni, les souvenirs distordus. Douleur du retour dans la mémoire. Mais la raison est nette et préservée. On verra ainsi un groupe d’attaque par la mémoire-douleur, qui, de par sa nature même, est distorsion, mais ponctuelle. Un (simple ?) phénomène.
Le temps passé à la douleur ponctuelle passe. Le retour à des états antérieurs idéaux et idylliques redevenus à même la peau n’est pas sans douleur. La peau fut marquée, mais le corps fut conservé. L’attente et ces douleurs passent. C’est très psychanalytique. Cauchemars, retrouvailles des lucidités et des pensées deviennent plus clairs. On ne se purifie pas pour rien. La lecture est conseillée, polars, science fiction, fantastique, poésie. Ce n’est pas du tout une métaphore mais une activité de détente réelle. Repos conseillé. Retour au réel et à la distraction nostalgique et saine. On en arrive à des états d’isolation et de rêverie, de sommeil qui sont constructeurs. La reconstruction par la réelle distraction. On peut entendre cette phrase sous plusieurs sens. L’innocence du distrait qui sommeille, qui rêve, qui se détend, qui se repose, et qui lit. Car les histoires, alors, ne lui sont plus que les plus veloutées des pages, car ses yeux et ses oreilles prêtes à écouter, à lire, et à se reposer. Un devenir-lecture, comme la sérénité du lecteur de livre et de l’auditeur de musique, reposé et sommeillant. Car il écoute. Il faut comprendre l’exception et le caractère unique de cet état, pour comprendre à quel point il est précieux. Car la perte antérieure à ce retour, à cette créature devenue créature qui écoute, faisant advenir un gain, un devenir de sens et d’être si particulier, cet état si rare n’existait pas avec autant d’acuité avant et n’était pas si unique. L’état de la créature devenue humaine par sa peau, mais créature, et silencieuse et attentive à la moindre couleur et au moindre bruit. Car elle est la créature des nuits qui avance et qui marche dans le jour, et qui a le tombeau pour sommeil. Le matin en devient subtil comme la nature. Ainsi est la créature tapie dans l’herbe près des buissons, et qui respire avec ses narines, et ouvre ses yeux. Tout homme ou femme qui la verra la reconnaîtra comme la créature étrange et fascinante, mais humaine. Car les hommes et les femmes ne respirent pas par les narines, car si ils le faisaient, la buée sortie de leur bouche en plein hiver, s’étalerait dans l’air, alors que la créature respire avec ses narines le plus calmement du monde, la bouche fermée. Mais le monde frissonne autour d’elle, ainsi qu’elle, mais elle demeure calme, et respire l’air. Ainsi est la créature des saisons. Elle est le chat sauvage tapi dans l’arbre, qui observe, prêt à bondir.






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La valeur des émotions exprimées




Le système des émotions-valeurs se concentre et se fond.
Un lien est unique, pourquoi ne s’est-il pas réalisé ?
Première hypothèse : on ne savait pas.
Deuxième hypothèse : Les émotions-valeurs étaient uniques.
Troisième fait : c’était un lien d’amour.


Quatrième chose : on ne peut contrôler la tristesse.
Cinq : la première valeur consciente ne s’est jamais révélée, ni n’était réveillée.
Six : la seconde aussi.


C’est à la valeur qui réunit les quatre couleurs de parler. Sa langue sera ténébreuse, mais elle aura le droit de parler. Car elle parle.


De fait une émotion-ténèbre ne peut se réaliser que dans la confiance.
De fait une émotion ténèbre ne peut se réaliser que dans la confession.
De fait les ténèbres des émotions parlent mieux mains dans la main.


Que la Mémoire se fasse et que les dés soient jetés.












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Pensées extraites et mises sous le scalpel inflexible du langage




La conscience c’est la mémoire, le lien et l’arrêt qui permet un retour sur soi-même. Le monde est palpable et la conscience fonctionne. La conscience est un mécanisme de captation, d’appropriation et de retour. La suite c’est le dynamisme de la conscience où suit la pensée en abstraction, si elle n’était pas déjà présente avant mais informulée ni révélée, et prise par les mécanismes inconscients. La conscience matérialise l’être, la pensée et le sentiment. L’avant conscience c’est l’absence; la pensée abstraite dans le tourbillon des relations inconscientes. La mémoire prise en compte et en conscience permet à l’esprit de fonctionner cependant la conscience peut être absente de sa relation directe avec les objets extérieurs, et de même un phénomène analogue est la conscience fonctionnant dans ses mécanismes sans l’esprit de profondeur, tracés médians de la pensée, au fond l’être et la mémoire sont une bonne base pour penser, être et exister. La conscience du monde suit la conscience de l’être, et la joie de se réapproprier devrait être une chose perpétuellement réappropriée, perpétuellement mécanisée en retour en soi. Le psychisme a ses mystères. Le cœur est perpétuel dans tous les mondes, et comme le savaient les Egyptiens, il est bien un des sièges principaux de la Raison. L’articulation de la raison du cœur est un des phénomènes sentimentaux qui sont des choses profondes et importantes que l’on ne peut remettre en question, et dans l’histoire et l’être, mais aussi pour la qualité et l’importance de la Vie elle-même.




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Il a longtemps été muet, peut-être n’a t-il pas assez entendu pour trouver sa voix.


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En chantant, elle tremble comme le verre sous la brise. Sa robe contre sa peau est le grain de sa voix et son silence.


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Terrassé par la culture de l’autre il en oublie de penser. Il écoute. Mais il écoute tout le fond du grain de la culture qu’il écoute. Peut-être se cultive t-il d’une certaine et subtile, particulière manière sans le savoir… La cire imprime même le son, m’a-t-on certifié un jour ; comme l’écriture permet de parler.


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L’écoute, une qualité que je ne possède pas, je suis trop arrogant pour céder au bruit culturel. Le bruit subtil possède une plus grande profondeur que mon écoute. Je ne possède pas l’attention ordonnée. Je me décide, après maintes douleurs, à écouter, parfois j’ai l’impression qu’on m’insulte en silence. Je suis trop arrogant pour céder mon silence à un autre silence.
Je parle de moi, dans cette phrase, et de mes propres pensées, car je n’ai pas l’habitude d’identifier le lecteur par un procédé de personnalisation directe. Apprendre l’expression « parler pour soi ».


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Hommage de marches d’escalier à midi
(Cils noirs sur visibilité de soie pâl
e)


On m’a dit un jour qu’on était plus fort à l’ombre, quand on pensait dans une ombre enveloppante, sans visibilité d’horizon dégagé, sans finesse de la lumière. La parole et la personne étaient très fines, mais la mémoire, la Raison et la clarté permettent de mieux se faire comprendre. Comment une chose pourrait-elle être claire quand elle est obscure. Il y a des sentiments sombres, mais la clarté de notre regard sur ceux-ci, clarté certaine, lucide et conclusément humaine, donc apparente, ne peut que nous rendre plus forts dans la clarté et le clair obscur. Le cœur a une faiblesse. Pourquoi être aussi illucide sur l’amitié ? La clarté du négatif de la photo a des contours plus précis, subtils et plus percutants, parfois, quand il s’agit d’un clair-obscur. Sans clarté, la Raison vacille. La poésie aussi. Mais comme la flamme. Dans l’ombre, contemplant sa beauté sur l’instant.






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Quand on est privé de ses sens on est privé de toutes les significations extérieures. La cohérence et la compréhension du monde passent par le sentiment d’intimité et de don de soi aux autres. La plus petite générosité fera naître la plus grande attention : ne pas porter atteinte, atteindre, et être attentif refait advenir le don des sens. Quelle sera la première attention ? Le don de soi. Exister et faire apparaître le sourire ou la chaleur fraîche de la voix sera attention de notre cœur par notre propre existence. Se suicider serait priver le reflet de la lune de la lune elle-même. La lune a le mérite de charmer et d’attirer une de nos deuxièmes ou troisièmes premières attentions vers le monde extérieur brut. La nuit et la lune font partie du charme. Elles existent pour ceux qu’elles charment. Ne privons pas le reflet de l’après-midi de l’après midi même. On n’enlève pas la vie de ceux qui ont le cœur en vie. On ne tue pas le sourire des autres avec notre propre mort. Le suicide est une privation d’essence pure, une pure privation des choses les plus essentielles. Personne ne nous prive de nos attentions et nos intentions sont sensorielles. Le monde existe. Les statues n’auraient pas une telle détermination ni une telle sensibilité à lire. L’incertitude humaine est une chose humaine.
L’attention première sera de percevoir et d’exister. Ce que nous faisons habituellement. Comprendre nous le faisons trés bien. Ne plus vouloir comprendre est une amertume, une isolation. Le monde est monde et le silence peut-être naturel; et est accepté. L’humain est parfois vitalité terrestre profonde, triste; et humaine.


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Il a violenté un cochon avec ses mots. Mais le cochon était conscient…


Il a fait prendre des extasies à un porc. Sciemment. Avis du porc ?


Franchement je ne sais pas comment il a fait et dans quel état il était quand il a dit ça, mais il a vomi quand il a dit ça. Non, moi je suis lucide, mais lui c’était un vrai malade mental bourré à la viande. Oui maintenant ça va mieux, pour moi. Crois moi que j’ai vite fait d’oublier ce qu’il a dit tellement c’était une insulte à la cohérence pure.
On se remet très vite de ses esprits et de ses émotions ébranlées devant une tasse de café et un verre d’eau. Le calme revient toujours, la raison retrouve toujours ses marques et son calme, les vieilles habitudes du silence permettent, au-delà de tout, l’acte de contemplation pure avec soi-même comme coupelle des sens et des odeurs alentours, la nuit, en octobre, ou en février. Les nuits silencieuses ont presque toutes le même parfum.


Retrouver l’évènement qui vous a le plus amoureusement marqué, s’en souvenir et enfin comprendre. L’amour de la personne aimée demande ses larmes, et le deuil d’un amour immense pour la plus chère des personnes, encore présente à notre amitié et à la vie, demande la crise de larmes. Le cœur était si beau. L’amour reste, le bonheur perdure, et les larmes manquent.


Un doute sur soi-même et sa propre essence pure et complexe, et humaine, implique toujours son inverse le plus total. On est ce qu’on est, on le sait, et c’est bien pour cela que l’on doute, que l’on en doute, cela fait bien partie de notre personnalité… Ah.


Fissuré de l’esprit de conscience simple et subtil à une époque par du haschisch pur, bien malgré moi. Un traumatisme du cœur dont on parlera, l’inhumanité de certaines pratiques, en tous les sens des termes définitifs, je l’espère, pour cette pratique et cette manipulation, conditionnement monstrueux et chimique et intellectuel, cela par une sorte de petit culte, mafia particulière à l’argent, traumatisent, en plus, tout au fond de lui-même, un jeune adolescent. Les pervertis de l’âme sont humains, bien malades à se vomir dessus, mais une telle tromperie profonde, surtout sur la majeure partie d’une ou deux générations, à cette époque, dont la mienne, la génération née en 1980, mordus par la broyeuse d’éther chimique des drogues jusqu’à en perdre au soi au plus profond de soi-même, et la pensée craquelée et éthéré au sens pur du terme, l’éther dans le cerveau, ainsi que certains de mes amis, le plus, le plus en excès de détraquement et le plus en ce qui me touche et me peine, à présent, et moi aussi, pris que j’étais dans cette caravelle pourrie des drogues de cette époque que la perversion de l’esprit eut mis à la mode pour un temps, de façon volontaire et consciente, en prenant en compte tous les effets boules de billard que cela engendrerait, brise aussi franchement le cœur… surtout pour nos amis. C’était une assertion poétique avec son ton, ses ruptures voulues, qui est d’une cohérence qui a aussi son étrangeté. Juste une parole qui demande un certain état de sensibilité pour être parfaitement comprise. Sensibilité et cohérence se rejoignent, mais sur une même vibration. Je sais que tout est passé dans ce que je viens d’écrire. Redevenir soi-même, retrouver ses ruptures de paroles si humaines, et finalement retrouver… sa propre voix… Nostalgie adolescente qui dans le cap de la convalescence, qui est la rémission d’une longue maladie, ne peut s’empêcher de nous toucher. Un adolescent qui commence à vivre peut entamer sa sensibilité et finir ses deux barres de chocolat aux noisettes, au moins ce qui est sûr, c’est que là, il a l’esprit tranquille… Avantage d’humanité, mystère léger pour la compréhension de cette dernière phrase, lucide, assurément.

III. La nuit du Diable autour du chant des statues mortes








Le diable chante comme le murmure des colibris bleus. Sa nuit est ancienne, ses ombres sont sa lumière, et les battements de son cœur sont plus lourds, au fond, que la douceur et la dureté du métal ; si doux et légèrement rugueux quand on le touche. Il voit dans son esprit toutes les images de sa mémoire, même la fleur couleur de tombe à l’âme échardée par la sécheresse et la lourdeur de cinq battements de cœur mélangés au froissement des ailes grises et claires d’un oiseau. Le lycanthrope au poil gris et sombre, un jour par une nuit d’acier et de froid noir et intense, sent le sang couler dans sa gueule. Ses yeux miroitent comme des étincelles lumineuses et le gris se fond au blanc lumineux, et le Lycanthrope a le regard aveuglé au sang et par la lune. La mélodie de l’abîme peut-elle réussir à ce point à perdre un Loup ?
La particularité simple de l’écriture dans une simple et charmante, envoûtante et nue délitement et décharnement floral pourpre de l’âme tout en ayant la richesse et la force du style ; la vigueur du ton et le simple tressement des phrases et des mots, donnent un texte de livre attachant au cœur et à l’esprit qui a la beauté et la force de sa simplicité. La littérature et le son des mots peuvent faire avouer l’âme sous la torture et lui faire cracher son liquide carmin sanguin et sa flaque de sang sur bien des pages. Il arrive que le sang soit froid comme l’air glacé dans la mare et la vivotière des crocodiles. Le corps et l’âme morte dans ce cas là, glacées comme le marbre, ne peuvent échapper à l’immobilité, pose fatale des membres dans le silence. Le cœur ourlé d’un mouchoir de roses et d’épines ne cessera de vibrer et résonner comme la pierre dans le vide. Les morts ont la rage dans les muscles et le regard foudroie de façon noire l’horizon nocturne bercé par la lueur du petit jour.
Je ne suis pas un homme, je suis un calme renard au poil de feu. J’ai le calme de la curiosité et la lenteur de la fouille douce à travers les choses et le regard attentif, lent et dur comme un pelage du renard ocre rouge, qui s’apaise au battement de sa poitrine et se fie à ses oreilles comme un animal nocturne à travers la douceur de la nuit et de l’humanité. Le loup est peut-être proche de mon propre corps, mon regard est bleu ciselé mais il risquerait de virer à l’ocre, de fermer mes yeux, et le loup a plus de calme que le vieux renard aux bras de braise que je suis, et la poitrine du loup est plus calme et plus sûre que la mienne. Mes yeux ont la couleur ocre verte et l’étrangeté d’une lumière dans l’obscurité, bleu ne fut jamais la couleur de mes pupilles, mais parfois mon regard me semble plus étrange que le bleu même, que je ne possède pas réellement. Seul de fins reflets bleus viennent parfois veiner mes cheveux au soir sous la lumière, cela me parait étrange pour un renard aux yeux aux reflets de loup proche de la perdition, de l’inanité, de la pierre et de l’abandon corporel et comme l’est le cœur, étouffé de son souffle, des statues.
J’appris par le sang d’un homme qui maudit, dans un accès de folie, une grande partie de ses amis, ce message de certitude et de sûreté, de sécurité, qu’il laissa parcourir, ensuite, dans le sang, c’était un rire continuel et horrible, absurde, qui se confondait en sanglots. Peut-on oublier tout son malheur dans la folie du désespoir et des larmes où tout n’est que sanglots et que la douleur n’existe plus alors, dans ces larmes absolues de tragédies ? Vlad Tepes, premier du nom d’une famille qui eut ses homonymes, dont le célèbre Draculea, et ce Tepes-ci, Dracul, Drabol ; le premier de son nom ; errant et non encore chef de province et père, comme il le perdit de sa raison puis la retrouva, son propre prénom, dit alors beaucoup de choses ensuite encore depuis cette goutte sanguine de 1493. Je ne… saisis pas… l’entière portée de ce message. La sagesse est sûrement dans la raison, pas dans la folie. C’est moi qui le dis, et je sais que c’est vrai. Point pour cette partie de phrase là.


Il avait fumé de l’os. Il en a fait un disque. Il l’a vraiment fait. Il s’appelait Marylin Manson. Son nom véritable était réellement Brian Warner. Il a tué des prêtres. Puis il s’est converti en tant que saint baptisé par la mort elle-même. Je l’ai écouté en 1999 et j’ai respecté son œuvre. Je suis encore vivant. Mais peut-être que je ne suis plus mort. Mais au fond je me demande si mon cœur n’est pas un envoûtement que peu de personne ont compris. Une jeune fille peut-être, une passion d’ombre. Elle s’appelle Gabrielle. Elle s’était appelée passion d’ombre. Nous avions l’ombre de la passion. Elle avait la passion de mon ombre. Je murmurai des chansons…


La mort est une sombre mélodie de perdition des mains et des yeux dans le noir et dans les hurlements de rage d’une bête envoûtée par le soleil d’un matin de septembre. Les passants du matin sentent l’odeur de fumée et de parfums qui se déversent des membres de la créature sombre aux yeux noirs, portée dans ses os, ses muscles et ses lèvres closes en nervures de sang impalpable au regard, ce sang qui innerve les mains blanches et tendues par la vie verte comme un serpent de cuivre vivant qui vit dans ses entrailles, à ce mort écorché par le poison de la vie souillée par la nuit et la violence de vivre comme une bête. Humaine et simple, ainsi est cette créature Une bête ? Oui, un animal domestiqué à l’Humanité, à la voix faits de murmures et d’émotions, mais à la détente du cœur qui bat comme celui d’un taureau au repos dans une arène. Ainsi est un matin de septembre pour un homme, ou un autre. Je ne suis pas encore né. Le désert m’appelle aujourd’hui. Je ne suis pas encore né. Qui m’entend ? A travers moi et mon humanité. Je ne suis pas encore né… Je ne suis pas encore né... Je suis l’encre noire de mon sang sur mes yeux, mon âme a volé la nuit hier, et j’ai le froid d’une lame encore. Retour de mon Esprit, me pleurer, tue moi, je ne suis pas encore né, oublie moi, je ne suis pas né, oublie moi, tue moi, je ne suis pas encore né… Effrayé par mon humanité, je suis la machine bestiale, vampirique et sinuante et trainante, j’ai mon âme dans mon cou, dans ma bouche et mes iris, je suis un puits de hurlements noirs.
Les pétales de vent et de souffles de soleil maculés et mouillés de nuit sont comme des baisers de glace. L’Humain a cette tendresse profonde quand il boit les mains du jour naissant d’automne tendu vers lui… il ne peut être insensible au jour, ce fils d’ange déchu aimé par tous les hommes et par lui-même, lui qui donne sa politesse et ses gestes tressés de sentiments aux habitants des quartiers, des contrées et des terres du jour et de la nuit qui peuplent la terre… L’humain et la tristesse sont des musiques permanentes et amères comme le bon pain et les filets de vent qui coulent des yeux et du regard des hommes et des femmes. Le silence et le sourire vaut bien une jeune fille aux yeux baissés et figée dans la glace et la beauté de son plus fin amour. Un sourire comme une esquisse de crayon, mi esquissé, invisible comme un éclat de beauté personnelle à un ange en pleine rue.
Aujourd’hui je suis né… Aujourd’hui je suis né. Et je continue à vivre. I am not yet born. Te guider vers mes bras et mon sang, je te guiderai vers mon visage et mes plaies disparues de ma peau, je te ferai saisir mon cœur de ta main pour que tu regardes enfin. Mes yeux sont clairs. Le jour est glacé et la vie est une trombe de fumée de lumière. Marche avec moi, mon sourire est comme mes yeux, vert comme un lac dur de surréalisme sombre et dur comme le vent, le soleil ; et la terre sur laquelle je marche. Quand on sourit dans le froid, on a au moins le sourire attaché au regard. Le cœur bat toujours, et tant pis pour les larmes, elles coulent. Même au fond de la poitrine, même au fond de la poitrine, dans l’âtre.


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Renzotrone, les rasoirs du silence et des palpitations cardiaques dans le froid et dans la paix de l’esprit, et aussi, dans la tristesse. Ainsi fut l’histoire d’une musique venue de l’acier et du numérique, de l’électrique guitare sombre et sculptée, qu’un homme sain d’esprit composa et nomma comme on donne et on écrit le titre à sa propre confession. Downward Spiral. La spirale descendante de l’amour, de la rage, du désespoir et de l’espoir, du mysticisme du silence et de la beauté d’un orchestre de cuivres classique, ce disque existe. Trent Reznor, auteur compositeur et interprète l’écrivit et le chanta, et l’ordonna en sons en 1994. Bel album mélancolique et humain. Il se devait par la suite, et cela devait être prouvé, qu’une œuvre faîtes de pétales de cristaux de musique à la couleur noire, ainsi que par l’espoir et le bien être humain et de l’esprit ; il se devait que la suite de cette œuvre vit le jour, œuvre de sons et de paroles que ce compositeur musical continua dans son œuvre. Ainsi est une partie de la musique, ainsi est aussi, ici présente, ma propre écriture littéraire. C’est un regard fixé sur l’instant. Point.


Le fossoyeur à robe bleue sombre tissée de la couleur noire prise à la haine la plus justifiée du monde, ainsi que par son sourire de masque de cire blanc, rouge et d’or souillé par le mépris de soi-même et le mépris du silence, tout en le disant ; cet esprit de chacal au visage humain, et dont la face n’est qu’une ombre indiscernable, comme la Mort peut te balancer trois gifles à la suite et repartir comme repart un handicapé des jambes à deux semaines de rémission complète et qui a assez d’antidouleur et de rage pour repartir comme un chiffon souillé poussé par le vent et malaxé par les jambes d’une femme proche de l’hospitalisation psychiatrique, en colère, souillée par les mains des lépreux des sentiments, guidée par la haine et la fragilité dans ses vêtements de chiffons au vent souillés, ainsi fut proche de l’image de la faucheuse à beau visage ma meilleure, tendre et fragile, précieuse amie. Vois la Mort te balancer des claques et repartir devant toi comme du chiffon de marbre sale poussé par la misère.


Il a ragé du sang. He had raging some blood. On dirait un mort qui parle quand il murmure, non il a crié.


Il a trainé ses pieds le long des rues désertes saupoudrées par la poussière et la saleté dans le silence, et il a marché calmement. Il a accompli un acte de pure mort.


Elle chantait comme un oiseau atteint par la lèpre qui ne pouvait plus voler, mais malgré ses ailes souillées par le sang d’un nid qui ne lui appartenait pas, ce cadavre de fée rouge comme le sang avait encore la force de faire bouger ses doigts fins et miséricordieux tendus par la minutie de son corps souple et décharné par ses rêves qui avaient sombrés en coulant noir et profondément épais de pleurs liquides et filandreux, aux odeurs de magie venue des tombes des fées qu’elle n’aurait jamais dû quitter, ses rêves coulaient de ses yeux.


A la vitesse et au coupant de l’épée, le vent te déchire les peaux que tu as ourlé minutieusement sur ton visage, peaux comme des mouchoirs à la coulure ocre et au découpage des papiers, le vent a le mal dans les dents quand il ne dit rien, et l’on finit mangé par la fraicheur et la dureté d’une bouche aux lèvres mordues par la peine, peut on se débarrasser d’un cauchemar et en faire un conte de rêve décharné comme son âme à la couleur des oiseaux présents dans le silence, un vert et un océan de ciel blanc, le vent est une peine portée par les lèvres d’une elfe aussi réelle que moi, me soufflant des rêves et des rêves et des promesses aussi réels que ce jour.




























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Les murmures discrets de Marina




Je suis dans la plus totale perdition de moi-même ; j’ai dix sept ans et demi et je me rends compte que l’on m’a abusée, ainsi que mes amis, en me vendant du haschich, du cannabis, ainsi que de la marijuana, la Marie-Jeanne, et que mes sens ont perdu leur plus totale direction d’esprit. J’arrive encore à écrire avec ce joint dans les mains, ce joint qui sera le dernier, je le promets, comme cette vie DE MERDE, que j’espère finir avec espoir ainsi qu’avec ne serait-ce que mon mari, espoir que je porte en moi malgré mes dix sept ans. Je reprends peu à peu mes esprits en écrivant, en conservant un style sûr et net, et en espérant que mes quelques mots mis et cousus de fils d’encre comme mon esprit conservent de sa poésie, ainsi que mes quelques poêmes que j’avais commencés à seize ans, et qui me donnent la force de continuer.


Je porte ce témoignage de douleur comme mes mains qui ont maintenant la force et la résistance du liège, et mes larmes qui ont encore la force de couler, malgré ce joint que je ne peux lâcher, et ces lignes que j’arrive à terminer malgré tout, malgré toute ma haine envers la mort que je subis quand j’ai fumé cette haine du corps et de l’esprit dans cette même forme conique, fait de papier non brûlable, et consommable comme du chocolat, ce à quoi, je me rends compte, il n’a absolument pas le même goût, ce joint. Des amis m’avaient prévenue à mes douze ans des dangers de l’herbe canabissienne, cette merde que je fume comme une porcherie humaine qui conserve encore sa beauté de pute souillée, malgré ses dix-sept ans.


Que la paix soit sur toi, chien de la peste qui me lit, j’ai encore conservée ma poésie.


Ecoutez, je… je vais vous raconter une petite histoire qui m’est venue des temps rouge et or que la musique des anges défunts au cœur brisé… mais les anges brisés n’étaient pas ici, ou autre part, ils souffraient trop…Leurs bouches parlaient doucement et un son comme une cloche de pur et fin métal tinta… il y eu une sorte de froissement… puis je posai mon papier de poésies belles encore, et je ne mourus pas. C’est juste une histoire. Bye. Je pense que mon cœur se dépliera comme se déplie les roses tout les étés. Je pense. Je pense que j’y suis. Mon cœur bat et une rose est entre mes quatre doigts, elle est rouge et je pleure. Vous aussi ?




Marina des Ombres





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Le cœur est un mystère. Tous se ressemblent. Même le sang est froid.


Même si le sang est froid, le noir est un mystère.


La solitude a l’étrangeté des musiques. Même le monde est seul. Même les gens n’ont plus leur ressemblance. Seule l’obscurité peut accueillir la chaleur du cœur. Les animaux sont à leur place. Même le cœur peut dormir dans le silence et la paix.


Le silence du monde est un sommeil de monstre. Un jeune homme ou une jeune fille finissent bien par se réveiller. On ne peut rien contre le vent, pas même soi-même. Sauf la musique et la respiration, ainsi que le regard, le visage, et le silence du cœur. C’est un aveu sentimental à soi-même et au monde en particulier. Etre humain, c’est une épreuve du vent et de la chair et du sang. On ne va pas plus loin que la raison quand on est humain. Mais seule la raison guide, seul le sommeil nous plonge et nous emporte, et la raison est un don du cœur. La pensée est une vieille habitude. On ne se perd jamais dans la solitude, quand on sait cela. Tout musique a son auditeur, tout cœur a son sommeil. Le sommeil n’est pas un monstre, et les cœurs se ressemblent. Les mystères sont parfois simples à deviner, et je pense que les cœurs ouverts sont juste des harmonies du monde, pour ce jour ou un autre. La musique et les pleurs sont juste des tableaux qu’on peut regarder tranquillement. On ne va pas plus loin que la tranquillité, pas plus profondément que la vie.


La vision de la plus belle femme du monde et de sa grâce, en tomber amoureux pendant deux secondes pleines pour toute son âme, son visage et son corps, suffit à vous sauver la vie d’une horreur qui durait plus de dix ans. La beauté pure aux cheveux blonds et aux cils dont les yeux demeurent oubliés sinon un vague reflet bleu dans la mémoire. Il y a des poitrines qui abritent des cœurs sanglants, des visages découpés dans l’ovale des statues de marbre pur, et la grâce et l’innocence d’un corps et d’une âme, des cils qui sont noirs comme l’âme pure peut briller sur un visage en deux secondes d’amour sur une femme à l’âme de sainte, une vison d’un tel corps qui abrite tant de pudeur et d’humanité, ainsi que de beauté intense, suffit par la beauté de son âme et de tout son être, à vous soulager par les larmes d’une souffrance ancrée en vous depuis dix ans. La beauté est totale, la salvation ultime, l’amour ancré en soi, c’est une sainte pure, et Vénus en personne vous a sauvé car vous avez été amoureux d’elle comme un ange pendant cinq secondes. Un tel amour est comme un souvenir. On garde toujours le respect, les larmes de soulagement d’une souffrance humaine qui durait des années. L’amour de Vénus m’a sauvé. Ses cils étaient justes voilés. Son visage était caressé par la lumière. Son visage marquera les âmes. Son sourire a le naturel des douceurs, son âme voile et conque de sirène, elle a sauvé mon âme, toute son âme avait enlevé sa peine.


Le bonheur est une règle de l’harmonie. On ne peut rien contre. Même le silence rend heureux.


Un jour Héraclite s’est contredit lui-même. La contradiction a un milieu, et c’est de ce milieu que nait la stabilité. Le silence réinstaure l’harmonie. La contradiction est une page manquante, quand on la retrouve, la parole reprend son plein. La page manquante est une mémoire immédiate. Retrouver quelque chose en soi est comme un tour de main, le geste est facile, et on le refait toujours comme notre main nous appartient et dont nous connaissons tous les mouvements ainsi que les muscles, et un tour de main est aussi facile que de reconnaitre la grâce de ses gestes. La grâce est innée. La perdition la perd. Le silence est un déversement d’encre d’harmonie, comme si l’écriture était issue des arbres, car seul le bois fait le porte-plume, l’acier la plume, et l’encre tous les mots et toutes les phrases. La grâce se gagne même chez les bêtes, humains de toutes natures, panthères à la peau noircie par les ombres, dont la grâce n’est qu’un mouvement de poignet, et de pattes tendues, griffes plantées dans le sol, le mouvement de poignet n’est qu’un geste de chat qui bondit, la maîtrise et sa force lui redonnent son calme.


La fragilité est alliée à la force. De même la force faiblit, la fragilité casse. Etre malade au-delà de tout, retrouver sa pensée progressivement, minutieusement, avec logique, dans le calme et le silence, fait entrer quelqu’un dans le monde de la solitude. Le langage a le silence pour allié. L’esprit et l’amitié sont deux notions alliantes. La poésie et l’écriture sont des choses auxquelles on ne peut échapper, je suis désolé, à l’adolescence. Et si l’esprit et l’amitié vous tendent la main, pourquoi pas ? Cela n’empêche pas d’être soi-même, ni à la vie d’être ce qu’elle est. Dormir, une vieille habitude d’abandon et de pensée de journées qui se ferment, et le lendemain est des nôtres, mais un poète qui se réveille, ce n’est rien face à un poême que l’on garde et qui s’est écrit…


Cela arrive d’oublier toute la culture du monde, cela arrive d’oublier toute la culture. Quand on se réveille tout est là.


Un philosophe-fermier. Le philosophe et ses poulets. Je termine juste mon verre de vodka et je vide mon cendrier. J’ai le temps d’écrire.


Dans la vulgarité, dans un argot de ferme et proche de la terre et de l’herbe souillée par la bouse et le crotin des chevaux, dans l’argot et la parole la plus libre et le langage le plus libre de toute contrainte en se fichant royalement de tout, et en continuant, ce qui donne une forte puissance qui est fortement dynamique et jouissive, on se débarrasse de tous les manipulateurs, de tous ceux qui veulent contraindre notre pensée, et l’on se débarrasse du même coup de tout le monde, de tous les gêneurs et on y gagne une paix royale. A méditer.


Je suis dans la ferme, là. Vous voulez philosopher ?


Ma ferme est un élevage progressif à la nutrition tout à fait naturelle de mes bœufs, que je nourris à l’herbe fraîche, cela tous les matins, après quoi je me sers un verre de lait. Frais. Comme les vaches d’ailleurs le font, très bien, non elles-mêmes, mais bien sûr que si, ce sont des animaux, des bovidés, qui produisent du lait que je traie avec mes propres mains. Le lait est chaud, et prêt à être consommé. Il y a d’autres activités dans ma ferme. Je les gère toutes. Vous voulez un verre de vin ? Le Cheverny est mon préféré, il est peu cher et je n’en abuse pas. Un peu de fromage couronne le tout. Après, j’ai la liberté d’écrire, de respirer, d’insulter trois amis en riant, qui me répondent par un sourire très amical et humain, et le reste, passer une bonne soirée et écrire une poésie.


Les véritables insultes, généralement toutes faîtes par des hypocrites, se préparent longuement et se font en actes subtils et grossiers. Je ne supporte pas qu’on me prenne pour un inculte, un jeune ignorant, un imbécile car il est jeune, car j’ai un visage jeune. Cela quand j’ai à peine parlé, ou que l’on me voit, et qu’on me dégénère en silence. Et que cela se voit, évidemment, tout de suite. Une insulte calculée dans un geste de soi-même et dans son intention suffit à faire taire quelqu’un qui vous aura souillé. Qu’il réfléchisse, apparemment je l’ai trop fait pour que cela se remarque, et l’on n’a pas remarqué. Une insulte accompagnée d’un regard qui dit tout ou d’une parole qui en dit long stoppe une monstrueuse montée de bêtise et une insulte peut sauver la raison d’un homme. C’est pour ça que l’offensé insulte le fou. Il retrouve très vite sa lucidité, puisqu’il se perdait dans l’inidentification de tout, que tout l’offensait, et qu’il offensait. L’identifier par le pur contraire du mal qu’il porte en lui et en le lui jettant au visage, nie sa confusion profonde et le réidentifie, puisque c‘est lui que l’on a insulté, et que l’on a nié sa particulière insulte, inaposition humaine en lui. Les insultes claires donnent des baffes à une souillure de l’âme. Le processus lent et particulièrement conscient des pôles culturels qui nous entourent, livres, films, et musiques, art en tous points, dépression bateau-ivre d’un Rimbaud où tout le charbon y a été déversé, c’est une dépression nécessaire et plus qu’humaine et fortement intéressante à vivre, c’est une dépressurisation douce de la souffrance.


A l’origine même et aux mathématiques du langage. Incontradictible. Va plus loin. Imagine l’image. Pure poésie et mémoire, pure couleur est le noir, le noir, le noir, la couleur, couleur et vents, une étoile qui luit dans le noir.


Qu’est-ce qu’il y a de plus loin qu’un trait de griffe ? La respiration. Le néant est accepté.


Ca arrive de se planter, mais il n’y a pas d’autre choix que d’écrire avec un scalpel mouillé par de l’encre noire.


Un jour j’ai posé un joker en jouant aux cartes. La belote est un jeu calme et tranquille mais cependant quelques glissements de cartes les unes contre les autres n’ont pas dissipés un joker noir. Au fond le dessin et quelques brins de tabac suffisent à révéler une carte.


Même mon écriture est réelle et a été impulsée par la pulpe de mes doigts sous la contrainte, trés malencontreuse, de la lucidité. J’écris avec un clavier noir dans un monde de paix, c’est réel et c’est vrai. Même le noir qui mange les yeux n’a pas la sûreté de sa propre peau ni la réalité de l’histoire humaine qui n’a jamais changée encore moins que les voix changent et que les regards ne sont pas tissés de verre. Il y a des yeux humains et le reste est similaire ce n’est que cousu d’humanité même le cœur qui a soufflé assez est plus souffrant qu’un monde dont le cœur a des douleurs aussi battantes que le sang et l’âme est aussi restante que le ciel, humaine, malgré une blessure et aussi compréhensive que peut l’être chaque être humain, mais au moins l’intelligence et les sentiments inhérents à la race humaine sont comme notre race, humaine, plus que tout et la mort de notre propre cœur a autant d’inversion de liquide que des larmes qui sont propres à chaque homme mûr, cachés par des nuages noirs, et un être humain jeune au cœur vieux a le temps de ses larmes et un battement de cœur terrible est comme l’homme, compréhensif comme des traits proches et des sentiments lointains.




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Tramon kos iel elemihiam. Tout est amertume même dans les remous du cœur.
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Purifiée par l’or noir, va dormir dans le silence.


Ecoutez-moi quand je parle, disait la jeune femme.


Je ne peux plus rien dire, mais avez-vous le temps de m’écouter ?


Né de 1977 née de 1977, viol comme des pleurs recueillis au bas de soi-même ; la jeune fille est en pleurs et n’est jamais morte, l’on n’a pas le droit de mourir car l’on ne peut pas mourir, on a juste le droit de vivre, longs blonds cheveux longs, toi tu ne tueras personne, et sur la vie immortelle et longue, le son de nos pas, amis que nous sommes, le son de cette fille et sa voix résonne, la vie court comme l’espoir bien que la sonnette sonne, quelques bijoux peau de blonde moi je n’y était pas, tu sauras que l’amitié résonne même au son de tes pas, et l’amie, le téléphone, l’esquisse tu l’auras, personne n’est mort l’amour et l’espoir sonne, même sans tu lui as donné ses bras.


Il n’y a pas de miracles. Seule la détermination ordonnée et calculée dans une force des plus humaines, des plus profondes et des plus ordinales quand à la mise en forme comme s’ordonne les articulations du langage et de la pensée, tout cela aboutit fatalement à une force de vie toujours réalisée dans ses buts, mais une telle force demande courage, sûreté d’âme et une sorte de force si particulière à chacun, que toute théorie se vérifie, et que tout évènement mis en connexion arrive, même si simple que fut cette phrase et cet acte. Tout est possible. Et l’amour existe toujours, quelqu’en soit le temps, les chemins et les nuits, car de toute façon, celà est vrai, je le vérifie chaque jour à chaque voix amie des plus profondes, sûres et humaines qui me répondent, et même au delà de cette phrase, je sais que l’amour existe. La tragédie ultime serai une contradiction et une impossibilité totale vis-à-vis du fonctionnement de l’univers, et ça je le sais pertinemment. On ne va pas plus loin que l’espoir et le présent, et peut être même plus, lorsque l’on sait. Le savoir c’est cela. Cette phrase plus le glyphe. Alea jacta est.


Parfois la flamme d’une bougie brûle quand une âme se ranime.


Là où les émotions sont absentes, la peur règne. Le cœur reste présent où que l’on soit.


Quel âge a l’univers ? Quinze milliards d’années. Et Dieu quel âge a-t-il ? Je ne sais pas. Ah. Non, mais moi je ne suis pas Dieu, je viens de le prouver, et en plus je ne n’aurai pas tant de problème d’insomnie, si je l’étais. C’est contradictoire, et en plus c’est vrai. Que dire d’autre ? Que je suis triste, c’est tout.


Il a volé du miel à des abeilles en pleine forêt. Mais il l‘a eu son miel, et il l‘a mangé. Il y a certains soirs qui ont de grandes douceurs de nuit et de calme et beaucoup de coeur.


Les impulsions émotionnelles nerveuses et des muscles de toutes les émotions et du cœur se régulent par l’amertume. Le silence et le silence sombre et l’obscurité peuvent être des amis proches, puisque l’humanité est en soi, à nous-mêmes et avec nous-mêmes. Une musique répond aux pensées qui se tissent doucement dans le silence. On aura le temps et le courage de dormir après.


Le savoir est essentiel à nous et à tous. L’ignorance est le pire des maux.


Passé un certain âge on peut avoir des envies de suicide profondes, jamais réalisées, mais qui finissent toujours par un sourire et une douce amertume remplie de bonheur, d’étrange fragilité… est -ce cela le début d’une plûtôt, ou plûtôt profonde sagesse et le début d’une vie immortelle qui se réalise dans une inquiétude qui s’est terminée ? La peur, de vivre, alors que le bonheur a toujours été là, et bien, la nouveauté fait peur. Et la sagesse a le temps de se révéler, la vie a le temps de faire jour en nous. Confusion et vie font mauvais ménage, par contre le ménage on le fait encore, et l’atterrement face à la beauté de nos propres œuvres poétiques et nos actes de vie et d’amitié, une telle humanité autour de nous est insupportable dans ces moments là, et si l’on en a marre de vivre tant pis, moi je bois un café. Allez-vous faire voir. Les matinées d’hiver sont trop belles, je verse mes larmes, la beauté de la vie est inhumaine, et puis la contemplation d’une authentique matinée d’hiver me faire dire, ainsi qu’à mes amis, la vie est trop belle pour être vécue, ce bonheur est insupportable, même la vie m’écœure, tiens non, sauf la vie, et puis les doux calmes de velours blanc de soie douce font naître de petites notes d’humour. On renifle doucement. Les enfants sont tristes. Notre amie nous dira autre chose. Je doute en théâtre d’un film que j’ai aimé à quinze ans, Isabelle Huppert et ses yeux tristes, et Amateur le film, le dernier coupable était innocent. Plus d’accidents, la vie ne sera jamais triste, et si elle est triste j’ai au moins vingt- huit ans, et quand demain sera jour froid et triste, amères larmes amitié vient me dire cela doucement… Tu es triste mais tes sourires et tes moues dubitatives, ton regard inquiet pour moi, cela se finit toujours sur des sourires et puis on s’en retourne le cœur qui tremble doucement, la vie est un doux vent clair et pleurs, la vie la musique que la vie vive, moi ces matins d’hivers me font pleurer j’aime tant.


Etoiles cassantes, étoiles cassantes, fractions d’étoiles, et les étoiles se brisent comme on écrit en allant vers la droite, vers l’horizon des étoiles de brisures noires. J’ai cassé des morceaux de craies noires par une brisure par le cœur dur j’ai cassé des morceaux de craie par une brisure une cassure un craquement de morceau au coeur de fer craqué comme une étoile qui explose, voudra bien glisser par une falaise la colonne vertébrale des pailles de fer fins diamantées dans le sang. Qu’on nous pende qu’on nous pende en crucifiés des étoiles-cagoules. Pendu de Lautréamont. La vie est vraie et le ciel est éternel comme les chênes.


Peut être pourrait-on tenter la vie… allez, on va essayer de le faire…


Il n’y a plus que l’amour, il n’y a plus que l’amour. Et la haine. A la haine et à l’amour. A Vlad Dracula et à Mina, à leurs visages parfaits.


Je suis un Dragon de cristal. Mes yeux sont verts aux reflets bleus. Le cristal l’horizon les nuages blancs, dragon de cristal où va ton cœur, le cristal et le grenat sont deux des couleurs des pluies, reste- tu près des ascendants fleuves, les rivières même les larmes ont coulé, et les serments d’or valent bien les odeurs de toute la terre et les yeux fermés au visage qui se tourne, on envoiera des pâquerettes bleues au loin sur les mistrals des temps d’hiver, même où se reposait une femme en pleurs.


Peindre le visage de Kurt Cobain à l’huile. To rape… Râper au couteau et à la pointe du pinceau. une vieille technique en argot de peintre, cisailler, aplacer, applaquer, truelle fine et lissée et portée, huiler, trancher, peindre vite et précisément, et la trace des doigts et des mains pour lisser la parcelle de toile. Un mot et une définition de peintres. Je le peindrai au sang. Trace de Dracula sous la tempête.


Le point de retour est une mémoire en un sens rétractile de ce point de retour. L’Histoire peut recommencer, recommencer à se reconstruire, et la vie peut se diluer dans l’existentialité, si ce n’est l’Existence. Je n’ai rien à dire de l’Histoire… Inquiets faux points de la sphère loin du point de retour car le point de retour est essentiel à toute existence. Il est la base de l’être et de l’’histoire. Et de la Vie…




IV. Le chant du tombeau des fées




Que les foudres du malheur humide comme tes larmes s’abattent comme le désert sur la nuit oiseau de poussière maudite. Tes reins sentent les os de squelette et tu danses comme enfermée dans le cercueil d’un tombeau… L’obscurité amie soleil vagabond étoiles éclatantes par le voile de tes pupilles tu es morte ! Morte ! Fée de cristallin rouge tu sens la poudre de cadavre béni et tu viens mendier ton cercueil… Malheur malheur est-ce bien ton refrain tu le chantes encore et nous nous dormons quand l’or devient cercle de flammes… Mort à ton âme tu as mordu la vie par les deux épaules et tu cries comme quand ton cœur de diablesse angélique décline et se tait… Tu as encore des refrains de poudre à nous murmurer. Murmure. Est-ce un mot courant ? Plus courant que tes cris. La vie t’as tranché la tête on dirait !
Tu fuis les cauchemars et tu te voulais vivante ! Vivante ! Mais tu es folle ! La seule vie ici est la Mort et l’obscurité est TON titre d’immortalité. Formuas Obscura, tu es la blêmie, la maudite, celle que les cauchemars fuient et dont le mal est de ne plus être ! Seule la torpeur est ton repos, seule l’obscurité seule ici est ton amie. Tu voulais la vie… La vie… Seule tolère les rêves décharnés et l’espoir mêlés à la solitude que nôtre tombeau… Vois tes sœurs, figées comme des statues de pierre et de glace les bras écartés étalées dans leur tombe de verre… Parfois leurs yeux sont ouverts pendant des heures et leurs visages figés, mais toi tu as voulu casser le verre. Fée rouge des maudissures en roses, tu te croyais amoureuse du Monde. Je te rassure tu l’es… Tu avais ouvert ta propre poitrine ; en sortant, avec ce coutelas, pour t’enlever un pétale de cœur… Les clés que l’on laisse sciemment sur le sol sont celles de chez soi ! Inconsciente. Tu brisas les miettes de pierre et d’airain rouge en mourant, coulant dans ton sang et perçant tes yeux de visions perdues. Qu’as-tu vu en vivant trois petites nuits ? Des cercueils de sang, des coeurs comme des tombeaux, des princesses ruinées par les sanglots dormant dans des robes souillées de suie ? Des lunes et des soleils indifférents ou moqueurs ? Ou ta propre vie souillée par la patience ? L’impatience ? La Mort ? Les mortes sont des statues aux heures tombantes, et si la vie veut bien leur accorder grâce, c’est pour contempler un crépuscule. Ton nom est-il crépuscule ou autre chose ? Vois la vie qui projette ses ombres sur ton visage, ton royaume a toujours été celui de la nuit. Et pour l’instant, de la torpeur. Reprend ton cercueil.
La fée, au sang qui couvrait ses joues et son front, rentra dans sa tombe de pierre et de verre, calquant son corps sur la mousse du cercueil. La sœur-fée remis une vasque de verre sur tout le corps et le cercueil et la Tombe humaine la prit soudainement. Yeux ouverts, avec des blessures de rêves dans la mémoire, elle pleurait en rivière douce sur son visage glacé. Yeux fermés, la mémoire la possédait, la possédait, la possédait la possédée, les aiguilles rongeaient son cerveau dans l’onirisme, chaque cauchemar causait une tache de sang tout en haut de sa robe, venue de ses lèvres, le Verbe reprenait cours, mais parfois comme une anamorphose, le cri était son corps, les hurlements ses larmes, et chaque battement de cœur faisait vibrer son squelette. A chaque coup de son bras gauche ou droit sur le verre du cercueil, un cauchemar engendrait un silence infernal. Parfois, une fois, elle ne chanta pas, elle ne chantait, chanta plus. Elle se mit à bramer comme un taureau, les yeux fermés, et le chant et elle, se turent. Chants barbares, chants barbares ! Champs barbares. La nuit était une cerise écrasée mûre et noire qu’on aurait digérée en fermant les yeux. La nuit sentait bon, ainsi que son sang. La barbarie est parfois pure comme un temple fait de pierre brute. Calme. Elle pleura d’amour, une nuit, et ses larmes avaient le toucher de la soie et l’odeur des fleurs près des fleuves.


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Les fées (nouvelle)

22 Juillet 2014, 09:49am

Publié par Samuel

Entre le Plessis-Chenet et Auvernaux, on peut apercevoir une végétation dense, cela parcourue par la Seine.
Ce qui nous intéresse ici se situe dans ces forêts luxuriantes de l’Essonnes, là où peu de gens, voire personne ne va.
C'est-à-dire ce qui a abrité depuis quatre-vingt dix mille ans une civilisation créée, d’après leurs mythes, par le Créateur, Dieu lui-même, il y a quatre-vingt-dix mille ans, cette race. Race tout à fait particulière il faut le noter, composée de races féminines et masculines, d’environ neuf centimètres de hauteur, et dotés d’ailes. On les appelle les Fées. De toutes couleurs, de peau blanches, ivoires, noires, ou aux ailes ivoires et entièrement ivoires jusqu’à leurs yeux, les Fées en sont, actuellement, toujours à la recherche de leurs mythes. Bâtisseurs, constructeurs, et indiciblement liées à l’homme et à la femme, voilà au moins ce qui a amené les Fées à bâtir leurs rites, leurs constructions, leurs lois, et leur civilisation.
Au début l’enfant était seul. Par choix, depuis sa naissance et par recherches semi-astrologiques et observation par des pierres de vision (notons cette période du seizième au vingt et unième siècle), les fées féminines choisissent. Leur est dévolu la Garde. L’Emotion. L’Espoir. Le Rachat. Le Destin. L’Instinct. Mais une fée n’est qu’un miroir, un catalyseur de l’enfant. Son but est d’ouvrir l’Enfant aux merveilles du monde, tout en étant inexistante à ses yeux.
La maitrise des arts divinatoires, de la nécromancie, de la magie, du Destin, ont fait découvrir aux fées une relation indubitable au Cosmos et au Créateur. La découverte du facteur Chance dans leur intellectualisme et leur philosophie ; leur pouvoir. Lié à l’Espoir.
Car en tous temps, les effets de la nuit de l’âme ont toujours fasciné les fées. Tout d’abord, la nuit de l’âme n’est pas liée au jour, au soleil lui-même. Cela est lié au soir, à la nuit. Cela a semble t-il toujours commencé en communauté, dans la communauté des fées, alors qu’elles avaient bâti leurs complexes palais de pierres et de chambres, et de tours, et de vastes pièces qui pouvaient servir de temples. En communauté la nuit faisait briller les yeux de ces fées féminines, dont il semble que les mâles aient renoncé à tous pouvoirs pour simplement jouir de l’observation, de la reproduction, du sommeil, et de la tendresse amoureuse.
La matriarcalité des fées et leur dévotion quasi naturelle aux rites, que ce soit les saisons, la pierre, la construction, l’élaboration de théories complexes les concernant et concernant les hommes les ont indubitablement menées au rire, à la quintessence de l’espoir, à l’évidence de la vie éternelle, et ainsi, depuis quatre-vingt dix mille ans, elles avaient été créées immortelles.

Mais voici que commence un des mythes des fées. On l’appelle la Grande Chute de la Nuit. Quand l’espoir, le rire, l’amour, le foyer et la culture étaient devenues de toutes évidences, un soir, une des plus grandes nuit de l’âme tomba sur l’âme des fées. Cela tomba comme une immense pierre sur le ventre et dans l’âme de toutes les fées. Avait-ce rapport avec les hommes ? Avait-ce rapport avec elles ?
Une chose était sûre, ce qu’elles trouvèrent. La gravité est inhérente au monde, et la félicité d’une culture n’est que la clarté qui est toujours dissipée par l’ombre, à un moment. Pourquoi ? Cela, était lié aux cycles, à la mort de l’immortalité, elles étaient liées aux pierres. Et plus d’os d’hommes, de femmes, et d’enfants, s’entassaient dans des cimetières funéraires. La Mort était l’ombre de leur clarté. Ainsi que le Temps. La Mémoire.
Il n’y a pas toujours que de bons souvenirs. On ne peut se masquer le visage avec la culture de sa propre joie. La Compassion devait trouver une issue à la philosophie des fées. Au plus vite. C’est alors que se réunit le concile.
Il n’est pas si facile de discuter d’un problème global et particulier à la fois. De la pierre était issu le foyer. De l’eau coulait par la pierre. Dans le temple des fées, un grand bassin faisant penser à un lac était construit et posé là au milieu, sans aucune déesse pour trôner en son haut et milieu. Toutes étaient réunis autour du petit lac orné de pierre, d’où les fées vêtues de parures blanches, mordorées de petites couleurs étudiées et parfois scintillantes, de vêtements courts ou longs pour le haut, et toujours d’une robe étudiée et confectionnée avec soin. Les robes allaient du pourpre carmin sanglant, au bleu pluvieux, au blanc lune, au noir nuit, jusqu’au légèrement piqueté de dorures. Les chevelures et les yeux étaient autant de lumières colorées et diverses qui éclataient dans la pièce. Les regards fusaient, scintillant, acérés, dorés à l’intérieur où il semblait parfois luire une petite lumière bleue.
Autant le temple n’était que marches, pierre et eau, d’une couleur grise et d’une odeur de temple, autant les fées étaient des aurores boréales petites et multiples à travers la pièce. Elles devaient être une centaine, au moins. Le murmure qui durait depuis deux heures n’avait rien à voir avec des prières. Chacune discutait et se posait des centaines de questions quant à l’extinction de la Divine Lumière de l’Espérance cette nuit-ci.
- Le Destin, vous m’en parlerez toujours, dit Maëline. Au départ nous n’étions qu’innocence, et c’est en prenant en facteur décisif le Destin que nous avons pû tracer les Arcanes de nos vies, effacer les erreurs, et prendre en main une civilisation qui dure depuis des millénaires. Les erreurs, nous n’en avons plus fait aucune quand nos Destins mêlés à nos peurs nous ont incombées de réfléchir un peu plus sérieusement au rôle d’une âme et ses interactions avec les autres dans le Monde. Les pierres sont les mères de nos pensées, nous perdurons comme elles car nous les forgeons comme nos pensées : dans le plus durable des matériaux. L’eau…. Je pense que je ne devrais pas parler ici des effets de l’eau et la magie et ses interrelations avec la nature que celle-ci nous a apportée. Quant à la Nature et à l’Homme, nous commençons à comprendre leurs mécanismes. Etant reliées aux arbres, à la Terre, à l’herbe, aux vents, aux ondes, et aux astres, nos ailes et nos corps si bien formés par nôtre Divin Créateur sont des relais excessivement puissants quant à la gestion par nos pensée d’une cartographie territoriale, animale ou humaine. Nous gérons ? Facile à dire.
- A ce propos Maëline, que penses-tu de la Mémoire ? Nous lui devons tout. Les hommes perdent tout. Ils se démembrent et au lieu de construire civilisation durable, ils entassent tout sous le sable pour revenir avec… le métal. Le métal est la dernière chose que nous abordons dans nôtre philosophie, car il est le plus fascinant, donc le plus dangereux.
- La Mémoire est une chose que nous possédons car elle est inscrite dans nos lois. N’importe quel enfant humain lirait cela sur une table de loi cèderait à l’humilité et à l’humanité. Le Destin de l’homme a été brisé quand il a rayé de ses arcanes le mot mémoire pour le partager entre le mot pouvoir et haine. Son Destin a été des plus royaux, des plus misérables, des plus odieux, des plus monstrueux, des plus heureux, des instants dépassant même nôtre propre culture ont pris naissance en l’homme et nous ont fascinés. Mais l’homme se meurt. Car son Destin est d’être en perpétuel éclatement car sa mémoire lui fait faute, et sa civilisation ne le ramène plus à lui. Elle le délaisse. Nous apprenions sans cesse de lui, en même temps que lui nous découvrions la solitude, mais seul lui était seul, nous nous avons toujours sû rester unis. Leur langage s’est Babelisé au point qu’ils en trouvèrent de nouveaux, et nous apportèrent la musique. Nous savions chanter, mais eux ont composés les instruments et les ont mêlés à leur chant. Un instant nous avions crû que cette deuxième race, après les anges, avait atteint le luminique. Certaines cultures et civilisations de moindre population ont sû garder ces traditions, les autres non. Tout est encore affaire de solitude.
- Tu sembles très affairée à cette histoire de solitude, Maëline. Je ne nie pas la Compassion. Peut-être est-ce surtout lié à toi…
-Je ne te permets pas Cyndile ! Je suis prêtresse, j’ai eu des enfants il y a longtemps, et ait voué ma vie au culte des Arcanes de la Nature ! Nature qui il me semble, dans toutes les déclinaisons possibles de ses connections, nous ramène à ce concile. La Nature et nos ailes, ainsi que la végétation, forment un réseau connecté à nos esprits. Nous pouvons « voir », « repérer » des diverses manifestations vivantes à des lieues de nous quand nous sommes dans la solitude. Les hommes ne me sont pas étrangers. Il arrive que deux solitudes se rencontrent. Je me tairais quant à dire ici si j’ai parlé. Quand j’observe, grâce à ce don d’invisibilité qui il me semble que toute fée cultivée comprends au-delà de ses quarante ans, quand j’observe et lis dans les pensées d’un homme seul, tu n’imagines pas l’attirance que cela provoque. Toute cette humanité. Tout ce flot. Toute cette compassion et cette intimité qui se lie aussitôt à la femme ou l’homme que l’on approche. Nous ne pouvons nous empêcher d’aimer les hommes. C’est la solitude qui a voulu cela. Voilà où je voulais en venir.
- Nôtre union.
- Oui. Toute nôtre union. Le Créateur nous avait dit que nous étions inextricablement liées à l’homme. Faut-il devenir leurs gardiennes.
- Cette nuit n’est pas anodine. Partout dans le cœur et les rites des hommes on célèbre des veillées, des Sabbats, des rites de sorcellerie. La mort gagne, nous nous parlons, eux ils hurlent !
- Ils chantent Meerlinda. Ce sont leurs chants. Ils sont de nature Barbare dans leur art, dans leur vie, dans leurs passions. Dieu les a faits barbares pour célébrer la Création, des milliards de fois plus barbare qu’eux. Ils nous appellent. Ils nous observent. Ils inventent même nos propres chants ! Ils nous définissent une langue que nous même n’osions… prononcer… ! C’est une langue sacrée ! Mielta vein cara mele. L’ombre, la lune et le crépuscule clair se mêlent aux battements de nos cœurs. Ils semblent… en savoir même plus que nous.
- Ils sont plus anciens que nous ! Peut-être même des anges auxquels Dieu a tranché les ailes il y a longtemps les accompagnent.
- Ils nous appellent. Nous devons venir. Cette fois-ci nous parlerons. Leur barbarisme et leur violence contrôlée est fascinante… si complémentaire à nôtre calme et à nôtre discrétion.
Je vois ces hommes et ces femmes, d’où je suis. Grande colère. Grand dénuement. C’est un barbarisme de dépit qui se « veut » salutaire. Que vingt prêtresses viennent avec moi. Nous devons assurer une jonction. Nous devons réaliser l’Union. Nous parlerons.
- Cette union était quasi-faîte Maëline…
- Que dis-tu Meerlinda ? Je n’ai pas été la seule à réaliser un début d’union avec les hommes, je le sais.
- Partout où nous allons nous influons, nous passionnons, nos sens entrent en écho avec les sens des hommes. Il m’est parfois arrivé de guider un enfant vers un lieu où il désirait aller, et l’ai ramené chez lui, sans qu’il se doute de ma présence. La Nature était très vivace ce jour là. Je lui ai apporté la confiance. Il a découvert ce qu’il voulait. Un bois de flûte. Mon amour pour lui l’a enchanté, en plus du contentement de sa trouvaille. Jamais nous ne sommes détaché des hommes tu le sais.
- Oui. Je le sais. Mais quant à nous lier… de vie à mort. Cela ne me parait pas malheureux, plutôt heureux. Nôtre compassion et nôtre amour, ainsi que nôtre sens maternel féérique que les hommes nous ont fait tisser par leurs existences, leur pensées, leurs sentiments, leurs émotions…
- Il est l’heure Maëline. Allons-y.

Le clan de János avait fouillé durant des semaines dans ses livres anciens datant de siècles passés. Les guerres très spéciales qui avaient fait ravage des mois durant, l’impossibilité aux anciens de bien transmettre leur culture aux plus jeunes avait démoralisé ce clan. Qu’ils aient été autrefois des barbares faisait que maintenant, avec cette démoralisation des plus jeunes à vouloir vivre, car le tribalisme, la sorcellerie, les rites, avaient pour cette jeune génération aux prétentions romantiques tout à fait neuves, un arrière goût de sang qui les rebutaient, cela lié à la guerre, et ils aspiraient à d’autres histoires que celles liées aux os, à la peau, à l’animal, aux cultes, et une flagornerie toute neuve née dans une espérance d’un avenir moins bruyant les incombait à l’inertie.
Leur décision d’être maintenant, qui ne dataient pas d’hier, d’être des sages, alliant d’autres tribus à leurs cultures, faisait d’envieuses positions. On enviait leurs constructions, leurs bijoux, leurs instruments, leurs chants, qui ne collaient pas dans leurs paroles avec les rites d’autres hommes. Les guerres avaient en tout et pour tout eu lieu en une vicieuse projection d’animaux contaminés dans des puits ou dans des zones de pâturages, rendant les maladies terribles. Comment en avait-on pû en arriver là. TOUS avaient été atteints, les maladies ne faisant la distinction avec personne. Ils s’étaient tous finalement réunis dans un chant funèbre qui ondulait de forêts en forêts, dans une paix qui signait la fin des maladies, les morts, et un rapiècement culturel et vivacitif via l’évolution d’une civilisation qu’ils tentaient de créer avec ce problème : l’envie. Une jalousie et une contradiction fondamentale entre les rites de chaque contrée. Autant le clan de János se voulait ouvert, développant commerce de tous genre, autant paroles qu’outils, autant cela inquiétait certaines personnes. Loin du mesquin et haineux parti-pris du pouvoir, certains voyaient en János un perturbateur des coutumes et des rites. Discutant même avec lui, cela n’allait pas jusqu’aux coups, mais ce qui amena cette guerre des maladies avait pris une toute autre origine, cela se racontera plus tard.
Les discussions des chefs ou des philosophes de clans avec János portaient sur son savoir mais aussi sur son influence. Il faisait, soi-disant, miroiter aux plus jeunes un avenir radieux basé sur des textes d’antiques civilisations qui avaient sû perdurer, il parlait même de textes juifs, d’un Dieu unique, Yahvé… Les contradicteurs étaient intéressés par les dires et les écrits que possédaient János, mais ils lui imputaient que tout cela nuisait aux rites de l’Ancien Satan. Selon ces clans, l’Ancien Satan avait inventé la Magie, c’était un ancien ange qui était descendu trop vite du ciel et s’était arraché les ailes, voulant gagner sa liberté d’homme sur Terre. Mais Satan ignorait que la rupture des ailes d’un ange confronté à l’atmosphère de la Terre le plongerait dans un terrible déferlement de captations des forces terrestres sur sa conscience. Dieu, n’ayant pas pû avertir Satan à temps des conséquences imprévisibles d’un tel acte, car Satan devait juste se rendre sur Terre avec ses ailes, et comme le fit Dieu par la suite avec d’autres Séraphins, il aurait dû suivant un rite précis lui trancher les ailes avec son épée Divine. Satan sombra dans la folie et le Créateur le remis dans une grotte qu’on appela l’abîme, pour le couper de toute influence directe avec l’atmosphère terrestre, et pendant quatre mille ans, discuta avec lui pour lui rendre la Raison. Quand il la retrouvit, il fut recueillit par une tribu, qui entendait cet ange, dont les ailes avaient été retrouvées ensanglantées non loin, hurler et balbutier des imprécations du haut de sa grotte. Certaines paroles furent retenues et entrainèrent un certain émoi. Quand il fut recueilli, Satan avait pendant quatre mille ans réfléchi aux pouvoirs divers que recelait la Terre. Il apprit aux hommes la Magie et la guérison, et leur enseigna le culte de Dieu, qui, disait-il, avait-il fort bien connu. Les hommes firent de sa philosophie et de son savoir un gain utile à leur cohésion. Une sorte de Messie leur était apparu. Fait de prières, de cultes magiques envers le Pentagramme de sorcellerie, il se dégagea de cela une certaine Foi, une certaine paix faîte de fatigue mais de recueillement. Puis Satan fut rappelé par Dieu au Paradis, et revola sans ses ailes jusqu’au ciel, laissant comme seule tombe une vaste pierre. Ainsi les hommes possédaient maintenant la Magie et la connaissance d’un Dieu de miséricorde. Au fil des siècles, d’autres cultes firent jour et on assimila Satan au monstrueux idolâtré de pierre Baal, qui devint Baal-Satan, et où des holocaustes furent perpétrés au nom de cette idole. Il y eu confusion, mais beaucoup ne perdirent pas la mémoire, et le culte de Dieu et des anges se perpétua tout de même, même si la Terre sombra dans la folie. L’époque antique où vit János est déjà loin de cela. On la situerait vers -320 avant Jésus Christ.
János disait que la paix de l’âme se faisait par les rites, mais que l’on devait modifier ces rites. La sorcellerie et les cultes envers les puissances terrestres personnifiées en « Dieux » ne gênait pas János, mais lui disait que ces puissances étaient là de toute éternité et n’avaient pas de conscience, et que de ce fait on pouvait aller par delà et les maîtriser, au lieu de les idolâtrer. Cela faisait sourire certains chamans qui dans leurs imprécations, se devaient de « louer » un nom, mais de ce fait ce qui les faisaient sourire, c’est que ce n’était qu’un problème sémantique, et si une puissance n’était qu’une force, on pouvait se l’approprier. Cela donna lieu à bien des miracles, qui terrifièrent la contrée. Abandonnant le Pentagramme, et faisant de la biologie et du sang des puissances anthropocentrées et liées aux animaux, certains commencèrent à découvrir le don de la métamorphose. On vit des hommes se changer en loups, cela terrifia les esprits. De plus certains penseurs voyaient dans cet effet une puissance qui ne pouvait découler que d’une seule, bien plus grande et forte que ce qu’ils n’avaient jamais imaginé. Qui peut créer cela ? Qui peut permettre cela ? Autrement un tout-puissant créateur ?
János profitait largement de toutes ces répercutions. Cela appuyait non seulement les écrits juifs qu’il possédait sur un Dieu unique et Créateur, mais la puissance octroyée par les différentes tribus dans l’art de la métamorphose ne pût que le combler, car on y voyait déjà le signe de miracles. Cela fascinait et terrifiait en même temps les plus jeunes, qui s’étaient tournés vers les merveilles de la Nature et toutes ses répercutions sur l’art, la botanique, et la construction. Tous réfutaient en bloc ces pâles constructions de tipis et de dolmens. Certains voyageurs leur avaient rapporté qu’en d’autres pays, cela appuyé par János, les constructions anciennes et même actuelles touchaient au chef d’œuvre, que la Magie dépassait largement les connaissances des Celtes, on appelait ce pays l’Egypte. Des textes furent rapportés de ce pays. Des poèmes, des prières, des mythes, tout cela grâce aux relations qu’entretenait János avec d’autres. Les jeunes étaient fascinés par ces récits, ces descriptions, et demandèrent à János, lui qui se voulait si différent des autres chefs avant lui, prenant le tour du changement, quels étaient ces miracles venus d’Egypte, où l’on invoquait les Dieux dans des cultes si différents, on parlait même de vestales qui « guérissaient » les maux des hommes par des rites chamaniques. János leur répondit que cette Magie et ces rites étaient forts lointains, et que leurs propres rites, alliés à la découvertes d’anciens livres parlant d’anciennes créatures tapies dans la forêt, ne pourrait que les aider à passer vers une vie d’adulte, la sorcellerie et les cultes des forêts et des animaux, et du sang étaient primordiaux.
János n’avait pas travaillé, comme les grecs dont il avait entendu parler, l’art de la séduction du langage, et son parler était fin mais un peu abrupt, tout cela dans un léger accent mystique où perlait quelquefois des paroles concernant les rites de la Nature qui pouvaient éveiller certains jeunes. Mais ceux-ci demeuraient comme interdits face aux paroles de par trop multiples et paraissant confuses de János, la civilisation d’Egypte et les bribes de textes rapportés comportaient une finesse et une structure qui s’opposait au naturalisme et au barbarisme des termes du chef. Ils voulaient de la finesse. János leur répondit que la finesse était cachée. Que les rites les plus abrupts forgeraient leur esprit à une appréhension plus large de la vie, de la nature, mais que le « barbarisme » était une force venue du sang qui transcendait les esprits et exaltait la création. Les rites du sang étaient connus aussi en Egypte, et les jeunes opposèrent à János qu’ils ne voyaient nulle part de miracles aussi grands que ceux racontés par les voyageurs, nulle part de cantiques et de sons qui puissent aiguiser leur esprit à devenir plus fort et plus puissant de par l’esprit. Ils disaient « ce n’est que coutumes, ce n’est qu’exaltation, il n’y a pas la Magie cachée de la forêt telle que nous la voyons, il n’y a pas les murmures des feuilles et de l’eau, il n’y a pas la lente et inexorable montée des sentiments dans le cœur pour une femme ou deux, il n’y a pas la parfaite structure des philosophes grecs ! » A cela on lui avait envoyé à la figure un manuscrit recopié de certains discours de Grèce faisant rapport au cosmos, au Créateur, ainsi qu’aux mathématiques. János ne put que déplorablement répondre « Nous sommes instinctifs et rituels, mais nous vivons ». Ce à quoi il se vit répondre un sifflement de mépris et cette parole « Nous ne sommes que des loups qui marchons dans la forêt grâce aux sorts, et nous ne faisons que cultiver des rituels inertes qui méprisent le cœur ». Ainsi un romantisme et une attirance tout à fait philosophique, mathématique, Déiste et encline aux sorts de la nature indécouverts avait fait jour dans la population. Cela ne laissa pas insensible János, qui se plongea à la recherche de ses plus anciens livres, des manuscrits parfois sur papyrus, où était inscrits les mythes enfouis de la forêt. Les jeunes avaient été séduits. Certes, cela il l’avait voulu, leur mentant à moitié pour exalter leur revanche et leurs penchants vers une culture qu’il avait répandue grâce à des connaissances qui lui avaient eux-même fournis ces textes et ces révélations sur ces civilisations éloignées. Il voulait, en son cœur caché, lui aussi une révolution des mœurs.
Parfois en allant dans la forêt environnante il semblait charmé par une musique lointaine venue des bois, et les arbres et la lumière se faisait soudainement dangereuse, il n’osait aller plus loin. Cependant certains coins au bord de l’eau offraient leurs moments de poésie, et bien des fois, il avait l’impression de ne pas être seul, même si ses yeux démontraient le contraire. Tout un courant de féérie et d’enchantements semblaient peupler ces bois. Sa pensée, dans ces moments, était particulièrement dégagée, et en regardant le ciel, il pensait aux étoiles de la nuit, à ce « cosmos », qui recelait tant de mystères.
Il se plongea dans un livre tout particulier qui traitait des enchantements des forêts. Il y était fait référence à de petites créatures qui selon le texte, étaient liées à l’homme, mais étaient de nature timide et réservée, et possédaient maintes connaissances philosophiques et magiques. Des êtres ailés. Y était fait référence à leur langue sacrée, des petites traductions de-ci de-là, et le livre mentionnait que c’était une ancienne race qu’il fallait respecter.
Dans le même temps, un clan qui avait été délaissé par la culture et les commerces humains depuis deux ans, voyant toute cette effusion se dérouler dans la vallée, ne vivant que de la chasse et souffrant d’un grand manque de bonheur, leurs rites ayant été poursuivis mais lentement, voyant le miracle des métamorphes, les manuscrits qui circulaient, en conçurent un dégoût profond. La morne idée face à leur dépression et leur stagnance fut de ramasser des cadavres d’animaux rongés par les maladies, dans les marais ou dans des endroits abandonnés, et de les placer dans les points vitaux de consommation de la contrée. Pour qu’ils sachent ce que c’était que la maladie. Réflexion faîte par dépit et par abandon, eux même furent touchés par les maladies. Quand on apprit que ce clan avait été délaissé par les commerces en tous genres et qu’il était responsable et en même temps victime du désastre, on leur pardonna. Les morts ne parlent plus, et ne crachent plus leur haine avec autant de moyens quand ils sont morts.
Déception faîte, ils se réunirent tous, tous les clans dans une veillée mortuaire qui se voulait salvatrice et consolatrice, en chans funèbres, en chants aux astres, en chants en la Nature, en chants aux morts, en chants aux anciens, en chants aux fées, en chants aux enchantements.

Quand apparu une petites nuée d’êtres ailés qui se frayait un passage entre les feux et qui se dirigeait vers le centre du cercle funéraire et sabbatique, ils ne furent même pas presque étonnés.
Maëline, de sa douce et forte voix, parla la première.
- Je vois que la nuit perle sur vos âmes, ô Hommes. Nous aussi la nuit perle sur les nôtres. Nous sommes de vôtre lien, nous sommes de nos et de vos enchantements. Cela sent la mort par ici. Encore une guerre ? Encore une faute ? Encore l’enterrement des rêves ? Nous voulons vous racheter. Nous voulons vous aider.
Beaucoup de femmes, d’hommes et d’enfants pleurèrent à la vue et au discours de la Fée. Ils n’avaient jamais vu rien de tel. Les paroles, surtout, les marquaient. Ils avaient effectivement encore fautés. De petite et de grande nature, mais de grande conséquence. János parla.
- Nous ne sommes que des barbares. Des barbares qui savent et qui se trompent. A quoi une civilisation plus évoluée peut-elle apporter à l’ignorance ?
- Je doute que vôtre ignorance soit si grande. Et de plus, mon ouïe me fait entendre que tu joues à l’homme ivre qui déblatère des illusions mêlés à des questionnements auxquels seul celui-ci aurait pû répondre, car il est civilisé. Par analogie, je vois que tu essaie de jouer avec moi, ô chef. D’où ta subtilité va et va connaître des mystères qui sont en nous et nous entoure, et quelles sont tes fautes, ô homme cultivé ?
- Nos fautes sont d’avoir délaissé un clan dans sa misère, de l’avoir oublié et ils se sont vengés de leur situation. Maladies propagées.
- Je vois. La mémoire. Encore la mémoire. Combien de fois la mémoire vous fera t-elle défaut, à nous qui n’oublions rien ?
- Vous a t-… La mémoire est dans nos livres. Nos rites sont transmis. Vous a t-on blessé par nôtre morgue tout à fait réelle, nous blessons-vous à chaque fois que nous fautons ? Est-ce cela vôtre lien avec nous ? Nous surveiller et compatir ? Dans ce cas si vous compatissez, aidez-nous.
- Nous sommes là pour racheter vos cœurs. Vos coeurs dont vôtre si séduisant barbarisme, surtout à vos yeux, il manque la mémoire d’une tradition plus dure que le métal basée sur les préceptes de la volonté inflexible et des sentiments. Nous sommes sentiments. Vous êtes sentiments. Nous sommes là pour nous compléter. Quand vos sentiments sont au plus haut, vous accouchez de maintes merveilles qui vous ravissent, puis l’oubli tombe sur vos esprits. Vous errez dans la solitude et les parcelles d’ombres, oubliant trois jours après le miracle d’hier. Vos sentiments ne sont pas stables. La plupart vous conduisent à la division entre vous-mêmes, et les fautes recommencent. Vous n’êtes pas unis, et il me semble que vous ne le serez jamais complètement. Laissez nous devenir vos gardiennes. Laissez nous vous réapprendre la finesse d’un plus pur sentiment de félicité, et de civilisation.
- C’est dans la maladie que tu comptes faire renaître le sentiment pur ? Regarde les cadavres enfouis sous terre et cette odeur de pourriture ! J’ai moi-même, et je ne suis pas le seul, émis des diverses opinions quant à la nature des rites et des coutumes. Certains se sont révoltés, enchantés à la fois, ils veulent de la bénédiction. Ils veulent de la chance. Ils veulent de la poésie. Ils veulent de la paix. Nous chantons, nous célébrons le cosmos et la nature. Mais autour c’est la pourriture qui résonne.
- As-tu pensé à prier ? Sais-tu ce que c’est que la Foi ? La Foi en Dieu ? Nôtre créateur à tous ? As-tu pensé à prier pour les hommes et les femmes, et faire de ta conduite un assentiment à la vraie Chance ?
Plusieurs maugréations s’élevèrent à la mention du Dieu Créateur unique mais tous écoutèrent le discours de la fée.
- Vois, Fée, ce que sont des contradicteurs. Tu t’appelles une « Fée ». Je m’appelle János. Ton nom de créature je l’ai lu dans un de mes livres. Tu es une contradictrice. Je suis un contradicteur. Il y a aussi d’autres contradicteurs à nos dires. Je connais le Dieu juif. Mais je pense que tu t’illusionnes un peu en pensant que le vitalisme de nos coutumes et de nos chants seront remplacés par ce tu appelle « prière ». Quant à la Chance… ce n’est pas si idiot ce que tu dis. Cela regroupe de complexes mathématiques cela… La Chance… C’est parce que vous le voulez ?
- C’est parce que nous l’avons compris. Tu as vu juste sur ces mathématiques. Plus nous comprenons les facteurs qui nous amènent aux erreurs, plus nous les annulons. On pourrait appeler cela de la chance. Nous ne faisons plus d’erreurs depuis bien longtemps. Nous voulons la Vraie Chance. Et c’est parce que nous ne le voulons pas que nous l’avons. Si nous le décidons, oui nous l’avons. Mais entre vouloir et décider, il y un grand écart. La chance c’est ce que l’on a, la malchance c’est ce que l’on perd. Excepté les vivants. Surtout pour les vivants. Ce que tu as, tu en profites, mais qu’y gagnes-tu en soi de ce que tu as ? Sûr, que tu as la Chance de l’avoir. Des amis, un clan, des influences, une capacité à rêver. Décider c’est déjà avoir ou ne pas avoir, mais avoir la Raison ; vouloir, c’est tout vouloir sans y bien réfléchir. La Chance absolue se concède grâce aux évènements et à l’être qui décide. S’il n’a rien, il aura tout ce qui lui arrivera, s’il fait confiance aux évènements, s’il a peu, il a déjà la Chance d’avoir beaucoup. Nous vivons des peu. Et vous, pour vous tous, qu’avez-vous décidé ?
- Nous avons décidé de ne plus rien perdre. Nous avons décidé de construire. Les mathématiques de l’esprit et les sentiments, et ce que tu appelles la Foi, certains le comprennent. Il nous faut établir nos positions. Nous ne voulons plus être des barbares, mais des philosophes, des constructeurs. Apprends moi ce que c’est qu’une prière, même si elle n’est pas entièrement faîte envers le Dieu juif. Nous connaissons certaines prières, mais pour toi, apprends-nous la prière, cela nous calmera, nous avons déjà assez prié à nôtre manière, à toi d’apporter ta magie dans nos paroles.
- La prière est un amassement de tous les murmures et les cris feutrés des émotions que tu portes en toi. Ferme les yeux. Tu dois regrouper toutes ces forces et ces murmures en ton centre, fermer les yeux, joindre ou non les mains, et absorber tout cela. Cela te met en connexion avec tout le dehors de ce qu’il y a de toi, fusionné avec ton cœur et ton âme. Cela se fait dans le silence. Tes pensées doivent être silencieuses. Si les murmures des cris passés sont nombreux, ils se transcendent et forment un unique murmure un unique son, une unique brise, un unique vent du cœur et de l’âme adressé au ciel. Appelle le cosmos ou Dieu si tu le désire, ou nature inhérente des choses de la Terre et du Ciel. Ensuite cela va enfler, tu dois le contenir, et te taire. Pense abstraitement. Les paroles devraient affleurer naturellement, si tu as à les prononcer, dis les doucement, et adresse au ciel tous les assentiments de ton cœur et de tes pensées.
- J’entends tes paroles et cela me rempli de tristesse… Il y a des mots que je n’ai pas pu dire aux morts qui sont sous terre, certains étaient de mes amis. Cela me semble apporter un tel silence. Est-ce si supportable. Oui je le pense. Il y a des choses qui doivent être dîtes, même abstraitement. Cela apportera un courant de paix qui doit être nécessaire. Je ne sais pas si renouveler la chose… oui nous le pourrons si cela nous apporte la paix.
- Cela vous apportera de la stabilité et du réconfort. Vous aurez la mémoire de la prière. Cela vous viendra après naturellement. Ne perdez jamais la mémoire. Mais il y a aussi l’importance des sentiments. Le royaume des émotions et des sentiments se conjuguent en plusieurs points. Vos rites vous apportent beaucoup d’émotions fortes et vous vident, cela est positif. Mais il y a aussi les sentiments plus subtils…
- Justement certains jeunes tendent à ces sentiments plus subtils. Tu pourras nous aider. Mais il existe des sentiments et des pensées plus subtils encore…
- Tu te compares à ce que tu imagines de moi ou tu veux parler d’autre chose ?
- Viens petite fée, viens par ici, je vais m’entretenir de quelque chose qui est important avec toi.
János la prit à part, une grande silhouette barbue et cette petite créature aux cheveux blonds qui volait de ses ailes blanches, papillonnant doucement et gracieusement, deux silhouettes qui s’éloignèrent du feu et se dirigèrent vers la forêt.

János et Maëline s’arrêtèrent au bord du bois.
- Comment t’appelles-tu Fée ?
- Maëline. Je suis prêtresse chez les Fées.
- Parfait. D’après ce que j’ai lu, vous appartenez à une race très longévitive, voire immortelle. Si c’est le cas, j’ai besoin de ton savoir et de ton expérience pour… m’aider.
- Toi en particulier si j’ai bien compris. Tu ne me semble pas mauvais, même riche. De bon aloi. Comme on dit chez nous. Un rusé qui demande à une questionneuse des natures vivantes que je suis…
- Que connais-tu des natures vivantes ?
- Quelles natures vivantes ? Les hommes dont tu t’écartes ? Moi la contradictrice et toi le contradicteur. Nous allons contredire ?
-Ah ah ah ah ah ah ah ah ah ! Oui c’est cela. Nous allons nous associer si tu le veux bien Maëline. Des chefs d’autres clans proches du nôtre dans les environs de la forêt et des plaines ont des opinions bien différentes des miennes… Dieu, des orientations philosophiques que je voudrai faire évoluer… La magie de ton apparence, ton éloquence, ta dialectique, ta surnaturalité réelle et présente, tout cela serait un atout majeur si tu m’accompagnais dans mes discussions et mes commerces.
- Tu me demandes de conseiller ? De parler ? D’imposer ? Mais j’étais venue, nous étions venues pour cela. Dieu. La prière. La Magie des sentiments…
- Oui c’est cela…
- Nous voudrions vous adoucir, vous apporter une culture de la Mémoire, vous voir perdurer en sagesse.
- C’est bien de cela dont on parle.
- Cette grande Nuit de l’Ame a donc un but. C’est le destin, cela fait partie du Destin, de vos Destins à tous, ainsi qu’au nôtre. Je dois jouer la séductrice en mes apparences féériques et de mon esprit. Il y a aussi ma culture. Un contact. Il aura aussi autre chose dont je te parlerai, une chose immortelle qui le sera et qui je le sens est primordiale à nos vies, aux fées, et à vous, les humains. Un lien qui doit se faire. Un pacte de fait qui deviendra Légendes. Nous aussi connaissons la Magie et les rites. Mais jamais nous ne nous sommes désunies, depuis des millénaires. L’union humaine doit se réaliser. Yahvé, nôtre Dieu Créateur, peut être une mention de conciliation au-delà des croyances idolâtres. Nous dirons que Dieu a créé ces Dieux, qu’il est leur Dieu même s’il sont des dieux, ces idoles, même Satan prêchait Yahvé en son temps, et devant les perversions et toute sa colère, Samaël, qu’on réveilla SATAN en le lui disant, ce qui le fit brusquement sortir de sa folie quand il était dans l’abîme, lui-même bras droit de Dieu, le venin de Dieu, l’accusateur de l’homme devant Dieu, l’adversaire, arkatan, est un précepte intellectuel que les juifs contradicteurs ne pouvaient ignorer. Ils mentaient et louaient, et accusaient férocement car ils avaient compris que la ruse et la Vraie Justice par le verbe est plus efficace que la foi face à un adversaire coriace. Il a toujours été le dieu caché. Ces chefs ne peuvent l’ignorer. Si l’on met en phase la Création, l’Homme, les Fées, la Magie, les Anges, et les faux dieux qui ne sont que l’écho d’hommes qui se sont eux-même déifiés et auquel on voua un culte, montrer la corrélation entre le Créateur et Satan montrera la corrélation entre le Créateur et les anges, connus de vous.
- Oui, il nous arrive d’en parler dans nos mythes. Les plus purs et puissants. Cachés. D’ailleurs ça me rappelle une histoire mythologique venue d’Egypte, Nou, ou Atoum, le Dieu-serpent ailé créateur du monde qui se transforma en une forme que nul ne pourra distinguer ni concevoir. Ca va bien avec Yahvé, ce raccourci…
- Si nous corrélons Satan avec Dieu, encore ignoré par ci de là, il risquerai d’y avoir une dissension. Tous imaginent et regrettent un fantasme issu du sentiment des belles nostalgies, et si le satanisme et sa magie, et ses rites, sont la pierre de voûte des clans, on dira de Satan qu’il n’était pas un dieu, mais se prétendait l’être, et ce qu’il a apporté comme consolation face à ce que nous apporterons ; mon Dieu ! Cela va effectivement créer de par la nostalgie belle et fantasmée du rachat idéal et originel, tout un panel où Satan est venu après un Âge féérique et édénique, et une portion de temps risque d’être coupée, là où il n’y avait pas de Dieu. Pas de morale. Pas de Bien, pas de Mal, où la perversion généralisée était le lot du monde. Un grand cataclysme pluvial déclenché par Adoshem, Yahvé, pour exterminer ces fous a eu lieu il y a très longtemps, je dirai il y a cent mille ans. Tout cela va s’embrouiller et l’on va fustiger Satan. Surtout qu’il a été associé à l’holocauste de Baal il y a fort longtemps, où tous, femmes et enfants compris ont été brûlé par centaine de milliers. Les Baaliste se sont appuyés sur la renommée de Satan pour dévouloir leur dieu de pierre et leur culte. Satan, par logique de renommée, sera le moindre de ce qui jamais ne fut. Historiquement, la coupure risque d’être douloureuse, on en fera un responsable du Monde actuel ! Alors que maintenant il n’est plus présent nulle part, ses anciennes missions auprès des cannibales Walkyries, tribu qui forçait les hommes à procréer, les mangeait, et mangeait les enfants mâles. C’était il y a très longtemps, où beaucoup de Séraphins intervenaient directement sur terre avec leurs ailes et leurs pouvoirs, pour parer des désastres ignominieux sur Terre. Mais pour tous, il restera le Dieu caché. Un venin qui s’il est mal utilisé fera grandes maladies, tout cela à cause des baalistes. Je crains des dissensions. Mais dans la sorcellerie, si elle perdure, il restera Samaël, le bras droit de Dieu. Les mots seront divers suivant la culture de chacun.
- Il y a aussi un petit problème. Certains chefs sont très coriaces. Si nous pouvions être mielleux et logiques, cela serait de bon ton. Ton savoir historique et ta culture féérique devraient, je t’en supplie, m’aider. Mais tu me l’as déjà accordé.
- J’ai de la dialectique, et je crois que nos idées se rejoignent. La pureté des sentiments. La magie de la cohésion. Ce que nous appelons la gloire en elle-même pour nous même et pour les autres, pour la nature.
- Oui, cela nous le célébrons dans nos rites et nôtre musique, ce que tu veux bien appeler nôtre foi.
- Un peu barbare quand même. Nous, nous tissons nos chants et nos cantiques dans de fines corrélations harmoniques qui sont presque parfois des murmures, mais des murmures, il y en a chez vous aussi… La nature du vent dans les arbres le jour ou la nuit, l’apparition d’un sentiment de joie pure, c’est cela la Gloire en elle même, et même plus.
- Oui, quand je me promène et me pose pour observer, ou dans quelques instants pour réfléchir, je trouve ce genre de sentiments. C’est très calme. On s’en sert pour raconter, habituellement.
- Comme le fait tout le monde János.
- Exact, si seulement nous pouvions, comme tu le dis, mettre cela dans nôtre culture. Des mots nouveaux, de nouvelles constructions verbales….
- Attends, attends… C’est vrai que tu peux influer sur la langue, mais je pense qu’une simple sémantique, une façon de parler que tu ferais plus musicale, donnera plus de sentiments qui apparaîtront ensuite. La langue demande du temps. Je pense surtout à la musique qui a un pouvoir très grand au cœur et à l’âme. Si l’on parle aux pulsions du cœur et si l’on adoucit les pulsions des tripes, cela sera déjà une grande avance. Tes instruments de musique peuvent-ils produire des musiques venues du cœur, doucereuses et glorieuses, consolatrices et merveilleuses, apportant le courage et le calme à celui qui les écoute ?
- Oui je pense. Nous disposons de harpes, de flûtes, de tambours au son mat et lourd, et aussi d’autres instruments qui rendent un son fin et grésillant comme une onde de vent qui tremble. Nos chanteurs et chanteuses sont bonnes.
- Bien. Je voudrai vous enseigner… Mais tout cela est un peu complexe. Si je vous donne des indications, si je vous cite des textes, si je vous récite des poèmes et que je vous conseille sur la façon d’isoler ou d’unir tel ou tels instruments avec l’un et l’autre et la voix, ton peuple peut-il accomplir cela ?
- Oui, il est très motivé par la musique. Des mélodies. Cela est dur parfois, cela se chante seul.
Quand la peine, la fatigue, la nature et la solitude nous mènent, nous, esprits et âmes, avec nos bras et nos membres. Quelque chose filtre, l’écho d’une vieille chanson Celte que l’on se met à modifier, à murmurer, à renouveler…
- Ah ! Nous y voilà. Tu connais les modifications du temps ?
- Oui, je connais, ça… fit János songeur
- Tu sais que le soleil se couche vers tel temps de ton âme, ou plutôt qu’il influe sur tes sentiments. A ces heures, ton âme change, tu as peut-être envie de dormir, ou de faire autre chose… Tu as une femme ?
- Ai eu. Mais ce n’était pas la mienne. J’étais plus jeune. Nos coutumes sont libres en cette vallée. J’ai eu d’autres aventures. Pas d’enfants. Pas d’autre femme comme celle que j’ai connue jeune.
- Les enfants c’est important. Nous savons que les générations perdurent avec les âmes de leurs pairs et ainsi que tous leurs gestes.
- Nous savons cela. Nous les éduquons bien. Ils savent quelles sont les lois. L’ordre. Le cœur. La mort. Nos rituels ont pour but de les cadrer dans leur esprit et à être eux-mêmes, surtout en accord avec la Nature et les Rites, les Lois. Trop d’enfants par le passé sont devenus des fous criminels ou des âmes noires. L’âme transmet. Rien n’est oublié, personne n’est délaissé, et surtout, laissé sous le poids de la lâcheté des adultes et nous nous voulons des exemples de formes humaines et d’âme, de pensée, de culture, de droiture. S’ils se révoltent sainement, cela est positif. J’ai été moi-même dans ce cas, le suis encore, et nos enfants le sont encore plus ! Cela est un cycle humain très intéressant car il ne régresse pas, il avance. Nous ne savons que trop bien ce que c’est que de lâcher prise sur tout un enfant. Cela donne des monstres.
- Oui János. Il n’y a plus de viols dans la contrée depuis des lustres. Vôtre morale entière est saine. L’unité commence. Mais reparlons du changement des cours saisonniers…
- C’est la saison du sang. C’est le temps de la maladie. C’est le deuil qui nous transperce. Et les larmes sont enfermées dans nos gorges. Il hoqueta.
- Vient János, prends tes émotions avec toi, et revenons au coin du feu. Peut être avons-nous quelques histoires, dont moi, à raconter.
- Ah, la veillée ! Il était temps. Merci Maëline.
- Et le fleuve qui coule, y as-tu songé il est parfois glacé l’hiver…
- Comme un corps mort ! Et la boue… Comme mes larmes gelées dans mes yeux.
- Tu attends la pluie en plein Eté ?
János sourit.
- J’aime le son du fleuve et de la pluie quand il fait chaud, la bruine dans les feuilles, cela est vivifiant. C’est vrai que cela donne envie de chanter…
Il pleura.
- Des contes, des chants, de la musique… Dis-moi tu es près à « dire » ?
- La mélopée est ce qui me vient à l’esprit. J’ai effectivement envie de communiquer avec ma petite peuplade.

János respira. Il se tint face à la nuit, Maëline dans son champ de vision, avec les lumières de la lune qui dardait sur eux et les arbres. C’était le silence. On pouvait discerner de la lumière non loin d’où ils étaient, le feu de la tribu. Des paroles et des murmures fusaient lentement, comme une petite rumeur. Il allait revenir avec Maëline. Il allait devoir parler. Pas forcément déclencher quelque chose au sens où l’on déclenche un feu dans un foyer de bois, mais il savait que une chose en entrainant une autre puis une autre par le biais de la parole et des évènements, évènement il y aurait. Il y allait à petits pas. Ils y allaient tous les deux. Deux. Ils étaient deux à présent, formaient-ils une entité commune ? János n’en avait pas encore conscience, mais une certaine magie venue de la créature appelée fée et leur discussion avait créé une entité commune. Lui-même se sentait différent, comme relié à un bien être commun à la nature et autre chose, comme de la vie. Pas la vie comme avant comme elle venait, mais comme une étincelle qui l’entourait et fluait en lui. Ils revinrent près du feu, et tous les regards se tournèrent vers eux.

- J’ai changé, dit János. La magie de la forêt est en moi. La magie des larmes a coulé dans le noir. La lune sur ma rétine m’inspire. Cette petite « fée » m’a consolé. Qui veut être consolé ?

Il parlait, semble-t-il, comme parle un enfant, ou un être étrange qui avait passé du temps dans la lagune de la nuit, de toutes les nuits de l’âme et de la nature. C’était pourtant une question pertinente.

Quelques enfants sourirent, des adultes aussi, car l’innocence de la parole du chef avait quelque chose de beau et comique à la fois.

- Je veux un conte, je veux une histoire, dit une enfant.
- Je veux que tu me dises ce qu’elle t’a révélé, dit un homme.
- Je veux qu’elle ressuscite mon mari, dit une femme.

- Je suis désolée, dit Maëline, honnêtement et sincèrement désolée. Je ne peux rien contre la mort. J’apporte du soulagement. Mon peuple fut créé il y a 90 000 ans par le créateur, après la création de l’homme. Avant il y avait les anges. Et puis il y a Dieu aussi, nôtre bien-aimé Créateur. Tout comme l’homme, il nous parla à nôtre Début dans le Monde en tant que Fées. Il y avait Ysian et Labiathé. Les deux premiers petits homme ailé et femme ailé avec comme des ailes de papillons. De la couleur de mes ailes, blanches ivoire. Ysian parlait beaucoup, il parlait avec force et véhémence au créateur. C’était après le Déluge, quand tous les hommes et femmes criminels purs avaient péris sous les eaux. Il disait qu’il ne voulait pas le destin de l’Homme et était très en colère contre lui. Il avait des valeurs. Il vit que le Créateur était vêtu d’une toge blanche, et pendant qu’il parlait, il ne s’était pas aperçu qu’il était nu, mais Labiathé si. Elle était très gênée depuis un moment, et rougissait pendant que l’homme ailé de petite taille parlait. Ysian s’en rendit compte et demanda des vêtements à Dieu. Il leur donna de petites toges sombres et bleues, un bleu nuit pour célébrer le crépuscule et l’orée de la nuit, teinté de noir. Ils se vêtirent. Dieu vit que cela était bon. Il leur donna l’immortalité. Ysian semblait comme dépité. Quoi, immortel, moi qui voulait mourir ? Mais tu ne le voulais peut-être pas au fond de toi, répondit Dieu. Si jeune ! Répondit Ysian. Si jeune je me pose autant de questions après ma création ! Oui, répondit Labiathé. Moi aussi je me demande… jusqu’où irons-nous et que deviendrons-nous dans le temps, que ferons-nous ? Ysian vit que Labiathé avait l’esprit profond, et était attiré par les vertus de l’esprit. Il tomba sous le charme. Dieu vit que cela était bon, et consacra leur union. Croissez et multipliez. Dieu dit : Labiathé, tu es une mère et une chef, tu seras donc aux commandes avec ton époux, de tes enfants. Et surtout crois moi, tu seras au commandes de ta race, car c’est toi qui voit le plus loin. Voici une partie de nos mythes, dit Maëline.

Les hommes et les femmes et les enfants étaient stupéfaits à l’écoute du discours de Maëline. Ils se demandèrent ou non si cela était vrai. János parla.

- J’ai la mémoire des écrits juifs. Il y a aussi une genèse pour nous. Avant ce cataclysme, semble-t-il, fort longtemps après que le Tout-Puissant Créateur, comme Atoum en Egypte, Créateur du monde et des Dieux, ait créé le monde, puis les anges, selon Maëline, qui sont plus anciens que nous ; Dieu créa l’Homme et la Femme. Ils s’appelaient Adam et Eve. Nus aussi au départ, mais n’en ayant pas conscience, ou ayant conscience d’autres choses, car le Créateur était vêtu devant eux. Un serpent, la plus rusée des créatures, dit à Eve de goûter le fruit d’un arbre dont Dieu leur avait interdit de toucher, l’arbre du Bien et du Mal. Eve croqua le fruit, et en proposa à Adam. Ils s’aperçurent, alors, qu’ils étaient nus. Se cachant du Créateur, ayant forte honte, ils se vêtirent d’une ceinture de feuilles chacun. Dieu, qui se promenait non loin de cet « Eden », ce « jardin », comme on l’appelle, le jardin d’Eden, demanda de loin à cet Homme et à cette Femme ce qu’il se passait. Nous voyons bien là les pulsions contradictoires qui se jouent en l’Homme et en la Femme. Evidemment que Dieu avait vu la scène. Car le serpent était une créature, comme nous le savons, fort sympathique. Ce rampant. Nous aussi nous rampons comme lui dans nos danses. Adam répondit que tout allait bien, que rien de particulier ne se passait. Donc Dieu les vit. Il leur fit croire que c’est parce qu’ils avaient été séduits et avaient mangé un fruit de l’arbre du Bien et du Mal, que… et bien il fit pourrissement de l’arbre de l’immortalité et les chassa du jardin. Du jardin d’Eden. Pour les envoyer dans le Monde. Le reste de cet écrit… hum et bien il met un grand coup sur le Dieu Egyptien mais… un serpent ailé… mais il est utile de préciser que Dieu resta avec eux pendant longtemps ainsi que tous, du moins la plupart, de leurs descendants. Voilà.

- Tu sais János, dit Aaron, un homme du clan, tu sais, il y a beaucoup de suicides parmis les hommes et les femmes. Plus autant maintenant, mais un grand tout et un petit rien entraîne des désirs d’en finir définitivement. L’immortalité n’est même pas désirée. La mort semble faire partie de nous, heureusement et malheureusement. Nous comprenons la « nature » de l’homme. Il se cache, il dissimule, il ment, mais nous aimons cacher, nous aimons dissimuler, nous aimons mentir dans la joie quand c’est sous le signe du Bien. Tu le sais János…
- Oui, et l’on se ment même à soi-même dans le cœur, d’après ce que j’ai entendu. De l’amour pour une ou plusieurs femmes… Il faudrait savoir bien choisir, mon jeune ami, avant de souffrir.

Un hoquet se fit entendre, le jeune homme qui avait parlé à János auparavant, et qui comprenait son erreur, et où János voulait en venir.
Maëline intervint.

- Je vais chanter ta peine, ou plutôt la dire en une sorte de poème. Tu es le muet qui ne sait parler qu’en présence des vents. Tu es le choisissant qui va faire une erreur. Tu es l’erreur qui a rencontré une autre douleur. Tu es le vent qui glisse lentement dans les cheveux de ton âme de cœur. Tu es la source de larmes qui veut rencontrer sa sœur. Tu ne te tromperas pas et iras de paire, avec ta compagne qui n’est pas ta mère. Tu cherches le vent qui te ressemble. Tu trouve le levant qui se couche et qui semble à ton humble ensemble. Ton cœur et le sien se ressemblent. Somme toute, vous êtes faits pour vivre ensemble.

Le jeune homme restait les yeux grands ouverts, coi, la bouche fermée. Il se demanda au fait ce que c’était ce qu’avait dit cette fée. Il se sentait rassuré. Faire le point en une phrase alors qu’on est passionné de beaucoup de choses, et ne l’être que pour une seule, et de cette manière là, il ne l’avait jamais entendu, ni même pensé. Peut-être à un moment. Un gentil sourire se dessina sur son visage. Parmi la contrée, un autre cœur battit lui aussi la chamade, venu d’une jeune femme. Il le ressenti. Elle le ressenti aussi.
Une fée aux cheveux noirs vint se poster près de lui. Elle avait les yeux bleu diamanté éclatant, paré de pointes noires au-dedans. Sa robe était intégralement rouge sanglant comme de la pure flanelle.

-Je suis Meerlinda, dit-elle au jeune homme, qui s’appelait Esope.

Un nom grec, que ses parents, érudits, lui avaient donné. Il ne devait pas avoir plus de quinze ans.

- Je fais confiance au Destin, tu sais, et je t’accompagne maintenant. Je me tais, mais je suis présente. S’il y a une erreur je me prononcerai.

Esope se senti rassuré une deuxième fois. Meerlinda voleta à côté de lui, avec un sourire bienveillant, et resta plantée dans l’air près de lui. Bizarre, se dit-il. Elle ne vole pas, elle lévite, elle reste à sa place dans l’air sans battre des ailes. Voilà qui est fort étonnant. Il senti le courant de son cœur de fée et du sien comme un léger filament de coton, se joindre à lui. Il y avait aussi le cœur qui battait, au loin, de sa promise. Il renifla au vent, et parmi la multitude des odeurs, il senti cette odeur de cheveux châtains clairs, portée par le vent. Il savait que c’était elle. Peut-être l’avait-il croisée un jour ou l’autre, lors d’un voyage dans la contrée. Il ne se souvenait pas précisément, mais l’émotion qu’il avait due ressentir alors était intacte. Il s’étonna que ses passions et ses émotions aient trouvé une porte pour se déverser, un chemin, une volonté pure. Cela devait être cela, le Destin, se dit-il. Il remercia promptement Maëline et Meerlinda, sa fée-accompagnatrice, et se détendit de son cœur et de son âme de plus en plus. La magie opérait. La magie du vrai amour, non de l’erreur. Non pas comme une drogue, mais comme un enchantement, le tout rehaussé par le lien qui s’était tissé avec la fée, et cela, il le sentait, était la vérité.

Maëline eût comme un doute. Elle avait dit beaucoup de choses à János en peu de temps. Elle lui confia une dernière chose, devant tout le monde.
- Ô chef, tu as bien appris de moi, regarde comment tu as parlé, regarde comment tu as convaincu. Tu n’as nul besoin de plus de paroles pour vivre, sinon ta mémoire et la mienne. Entendez-moi. Très peu de choses font beaucoup de choses. C’est un fleuve terrifiant la pensée et la parole. Soyez consciencieux, ayez de la conscience, et murmurez, chantez… parlez, taisez vous et observez dans le silence.

La fée disparut, ainsi que toutes les autres. Le feu brûlait encore et des visages sérieux avaient comme un air de ciel de lune. Ils étaient des miroirs d’un chant. Tout le monde retint les paroles de la fée. C’était au fait la lune et la lumière du feu qui donnait cette expression à leurs visages. Ils se demandèrent si les fées étaient encore là. Ils se demandèrent que faire de demain. Demain était le jour suivant cette lune. Ils arrivèrent à pleurer leurs morts.

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Traduction du Grand Papyrus Harris (non finale).

19 Avril 2013, 15:47pm

Publié par Samuel

Grand Papyrus Harris. 20e Dynastie, vers 1150 av. J. C.

Humble Traduction

Loué sois ce Poète Egyptien

 

 

Une nuit où une étoile luisait. Le vent soufflait. Un vent qui emplissait la nuit. D’un coup. Un mouvement. Et. Le noir. Le noir silence. Le vent de la nuit de glace. Le sable. Les grains de sable sous le vent. Le battement du désert. Le désert qui grondait. Je murmurais sous le sable. Je vis une lumière. Je fus ébloui. Je fus brûlé dans le noir. Je tremblais de peur. Je fus soulagé de mes larmes. Montre-moi ce que tu es ici. Sois où tu es, ici. Un homme ou le dieu Seth. Pardonne-moi. Je t’en supplie. Que nous soyons pardonnés. Que nous soyons tous absous. Il faut que je leur pardonne. Que je tombe sous la pluie de sable. Pour que l’âme parte loin. Yell iya Shillian. Je suis l’Aube de la lumière du désert. Je suis le noir du désert. Ne t’écroule jamais. Lève-toi dans la lumière. Reprends-toi. Calme-toi et Respire. D’une âme féminine une larme de moi coula j’eu une crise de larmes de cris le cœur gonflé d’où provinrent ces larmes. Du ventre du cœur et du souffle mes yeux embués flous. Douleur de l’âme et du coeur qui tintait l’âme au cœur et la faim. Ame cœur et voix de l’âme un mot venu de la faim endormit mon corps mais mon esprit resta éveillé. Du ventre jusqu’à l’esprit. Mon âme tremble et mon esprit est dur. L’âme et l’esprit parlent. La musique lumineuse de l’âme et du cœur chante. Quand le ventre l’âme et le cœur parlent fémininement la faim noire de l’homme se déploie dans le corps et l’esprit et se plante l’apaisement. Nous sommes au sol lumineux comme nous tremblons glorieusement. Ici c’est la nuit. Le noir est opaque. Regarde quand tu souffles. La chair et l’âme sont assises. Ton esprit et ton cœur sont là. Ton crâne est fragile. Ta tête est dure. Ton corps est souple. Ton âme est en ruines. Détends vif tout ton corps parle parle et reste là. Raconte ton histoire. Tout ton corps qui parle. Moi j’ai faim, j’ai mal, et je suis fatigué. Du calme. Nous avons quelque chose de précis à dire. Maintenant le sentiment du cœur est dit et tout coule dans la paix du coeur et de l’esprit. Les secrets du corps du coeur et de l’esprit. Le soi. Je suis entouré d’une Aura de fumée. La chose que dit mon cœur est la brise tremblante et souple. Le lien de l’âme de l’esprit et du corps est détendu pleinement. La douleur est devenue repos. La bonne douleur du cœur. Le verbe du cœur disait noir au milieu de mon coeur c’était de l’or. La plénitude de tout mon corps, mon cœur mon esprit et mon âme, de mon coeur vint le vide. La faim, puis la conscience. La soif la douleur dévoré par la faim. Mon corps frais a soif mon cœur a un peu mal mon âme est reposée et monte comme une goutte dans mon esprit. La faim et le coeur et l’âme comme une goutte coulent dans l’esprit puis tout mon corps est secoué et je pleure. Je suis enfin détendu. Je respire et je souffle mon âme goutte cependant j’ai faim et enfin tout mon corps mes membres et mon esprit se calment. La détente de mon souffle et de ma respiration du coeur venu jusqu’au corps le lien de la faim de l’âme du coeur et du son humain jusqu’à la conscience. La vie parlait et mon esprit était dur la femme parfumée de la parole et de l’esprit, de l’esprit de Râ, elle dit « Maycôm » puis ferma ses lèvres douces et veloutées après avoir parlé en apaisant ma faim par son nom et son existence.

Je fus entièrement calmé puis l’espoir et le sourire montèrent enfin jusqu’à la joie. Ma poitrine s’emplit d’un souffle parfumé et le soulagement et la rivière du cœur me détendit dans tout mon corps. Mes épaules frêles, ma faim apaisée vers mon côté gauche à mon thorax et mon esprit, un point piquant de peur au milieu, l’effroi, redevenu moi-même et posé, cependant un pressentiment de peur me pris comme de la glace, et j’étais calme, immobile et aux aguets. La grande fatigue me pris, et je failli m’endormir les yeux à moitié clos. Du creux de mon ventre la peur éveillante brusquement monta dans tout mon être. Et l’effroi glacé me pris et me fis plisser les yeux mais j’étais sage et pensif, l’esprit plein, et je regardais aux alentours, calme et murmurant. La lame d’acier de mon épée fendit vivement l’air et décrivit une courbe horizontale en sifflant durement et fit vibrer le milieu de mon thorax et mon crâne ainsi que mon esprit la lame courbe et large était d’argent de sa couleur je la posais tout en ayant ce point brûlant de douleur au milieu du thorax et j’étais méfiant je me retourna, posé et calme, les yeux dans le doute je me rapaisa et me calma entièrement de mon esprit embrumé, moi, Nikossia. (* Nikossia : « Voix qui chante Regard bleu et Esprit clair comme ses yeux »). Droiture. Je le prononça. Et je dis aussi force du cœur et de l’esprit. Mes bras tremblaient j’étais fatigué et mes yeux se fermaient et mon ventre calme le lien jusqu’au cœur et qui incarnait l’esprit douloureusement et le profond silence me couvrit de l’intérieur et ma conscience s’éveilla ainsi que mes yeux grands ouverts qui se fermaient et je dis Conscience. La lourdeur au creux du devant du corps m’engourdit de tout mon être et de là intérieurement monte une colonne jusqu’à l’esprit tout mon corps vibre puis je parle mon âme et mon esprit se détendent de tout mon corps et je ferme les yeux. L’air autour de moi parle le frais et je le dis les lèvres féminines du coeur murmurent en soufflant le nom Sishana. Du ventre jusqu’à l’esprit vient le nom Sishana. (* Sishana : « Finesse Esprit vif et Regard noir »). Faim repue et esprit jeune. De la poitrine jusqu’à la parole parlait Sishana une jeune enfant morte. Les muscles de mes bras mon coeur et mon petit corps ; mon corps tremble, mon coeur mon esprit et mes yeux brillent, disait-elle en souriant. Et j’ai le coeur chaud et le souffle frais. Maintenant j’ai le corps et l’esprit glacé et je pleure. Sishana qui parlait qui respirait qui avait un cœur qui parlait et regardait. De son corps calme de ses épaules droites et de son beau petit visage aux cheveux noirs courts. Ma petite Sishana je pleure. La grâce blanche de son petit visage comme une musique encore Sishana esprit et coeur ouverts ce souvenir cette image de cet être entier, Sishana je la regrette.

Puis mon esprit se raffermit et tout mon corps se rafraîchi. Il soufflait une brise et il faisait froid tout autour de moi. Tout mon visage mûr était sérieux et dur. J’étais d’une droiture et d’un éveil de marbre. Un vent fin et musical passa devant mes yeux puis il me fit entièrement frissonner. Le calme douteux me fit respirer un parfum et je leva mes yeux vers la gauche en haut. Je brandis mon épée effilée. Elle était faîte de métal dur et je me leva. Je tranchais de sa lame. La coupe vive tinta en un éclat brillant. Je donnais plusieurs coups d’épée autour de moi. Une silhouette sombre apparu brusquement à côté de moi. Et ce fut le noir absolu. Il n’y avait que de l’air et de la poussière grise. Il semblait que c’était l’ombre et l’esprit de Seth. Le silence semblait chanter avec le vent. L’ombre entièrement noire de mon épée tendue devant moi me terrifia. Le geste de Seth était le coupant de mon épée comme une lumière d’or. Mon épée était courbe et droite j’eus peur et ferma les yeux j’en fus étourdit. Seth le tranchant je le regardais de mon visage et de mon regard impassible et dur. Seth venu de l’esprit et de mon cœur en trouble. Je soufflais, pleurais, et me rassis. Je refermais mes bras autour de mes jambes recroquevillées sur moi, tant j’étais fourbu et emprunt d’amertume. J’étais glacé et noir aux yeux fermés et une lumière luisait dans mes paupières. Puis je balayais tout d’un coup, et je me mis à murmurer puis à chanter. Le nuage de fins grains de sable s’enroule et fume le métal le tranchant et pur métal tout ondule et repose comme un lac. Epée longue et pointue le fleuve qui coule et qui tombe tout en un geste est comblé dans le ventre noir. Les clochettes sonnent et souffle le vent qui tinte à mon iris. Puis mon ventre s’apaise mon coeur gonfle et mes lèvres se closent. Mon crâne est dur mon tronc et mes épaules s’écoulent comme de l’eau diaphane. Je parle, moi qui suis, Khânat. Du ventre jusqu’à l’esprit je sais discourir. Je sais faire des discours, contredire, et acquiescer. Je sais penser et raisonner. Je sais chanter, parler et conseiller. Je suis sage et fin. Je sais me faufiler aux côtés de Seth le noirci. Seth le vent qui se faufile et siffle. Je suis fort et coriace. Moi je suis de la finesse. Moi je suis de la dureté qui sait frapper. Je suis le calme dormant. Je suis l’éveil vigoureux et fin qui garde sa pensée au cœur dure et acérée. Je suis le somnolent éveillé. Je me dresse vigoureux et vif de pensée. Mais je suis très calme.

Je me détournais dans le calme, au fond de l’horizon mon cœur et mes yeux étaient embrumés, puis je vis la lumière du soleil poindre. Une nuit horrible et coriacement noire où l’ombre nocturne de Seth s’était dissipée. Secoué à la noirceur de l’abîme où du noir se faufilait l’or de Râ.

(Pour la suite l'auteur du texte en hiératique ne souhaite pas que le reste soit dit).

 

Source: Norma Jean Katan "Hieroglyphes L'écriture de l'Egypte ancienne" 1981. Texte en hieratique conservé au British Museum.

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813 (nouvelle)

20 Novembre 2010, 15:50pm

Publié par Sam

813

 

 

 

Chambre 813, Lonelyville.

La chambre 813 était celle de Mérédith Deluna. Elle ne l’avait pas quittée depuis deux jours, passant son temps à réfléchir, deux nuits blanches avec du café et des cigarettes. Une interrogation qui la rongeait.

Quand la porte de la chambre se referma, elle sorti dans Lonelyville, la ville perdue qu’elle avait trouvée un soir d’Août en se promenant, dans le sud-ouest de la banlieue Parisienne, elle cherchait de l’étrange et du respirable. Une ville assez riche en technologie, en ravitaillement, et l’argent ne lui manquait pas, que ce fut-ce pour un Taxi vers une plus grande ville, ou acheter sa nourriture, ses cigarettes et son jus d’oranges sanguines, seul vice qu’elle s’était agréée. Elle résidait à L’Hôtel de l’Etoile Lointaine, le nom de l’hôtel lui avait plût, et elle s’y sentait bien. Chambre 813. Un grand hôtel au beau charme étrange et fait de clairs obscurs, dans les couloirs.

L’interrogation était de nature concrète. Qu’est-ce qu’avait bien pût vouloir dire ce type avec qui elle avait parlé au bar de la ville, quand il lui disait « Les miroirs de sang, je n’en ai trouvé que deux dans cette région. Pas moyen. Ces trucs vous permettent non pas d’exaucer vos vœux -ce serait trop facile, vous pensez bien ! Les miroirs de sang permettent de voir lieux et personnes, choses et personnes cachées ou en mouvement. Je cherche ces artefacts car des amis en ont besoin. Moi j’ai le mien mais… bon dieu une ville pareille il doit y avoir tellement d’autres trucs planqués je ne sais où, que je ne sais plus ou donner de la tête. J’en ai marre de fouiner. »

Fouiner. Elle allait se muer en petite fouine, après avoir pris le gros appât par l’hameçon de la Merveille qu’on lui avait tendu ? Pourquoi pas. Ici il y avait de quoi fouiner, et elle était assez cultivée et érudite pour croire et savoir que les artefacts existaient. Fascinant, attirant. Ce miroir de sang. Elle alla chercher ses deux litres de jus d’oranges sanguines, une cartouche de cigarettes, et rentra dormir dans la chambre 813.

Elle dormit la journée, la nuit, et se réveilla à 15h dans sa chambre, aiguillonnée par cette idée de recherche. Elle avait dormit 23 heures. Pleine forme physique. Elle sortit de l’hôtel, et se mit à déambuler dans la ville. L’église, commune à toutes les villes de France, la petite chapelle située au loin des longs tracés sinueux de maisons et de rues bordées d’herbes folles, la bordure avec la seine, les monts vierges et herbeux, les petits monts déserts où continuaient d’autres villes au loin dans la campagne. Les arbres épars, la plaine, les bosquets de petits arbres. Et puis les ruines. Elles ne les avaient pas vues jusque là. Elle ignorait totalement leur existence. On aurait dit des ruines… impossibles à définir. Château, temple, lieu de prière ? Il ne restait que des pierres basses et blanches. Cela semblait ancien, et recouvert de lierres et d’herbes. Soudain elle s’aperçût qu’elle avait quelque chose sous sa chaussure. Plus petit qu’une pierre. Elle avait marché dans ces ruines d’au moins cinquante mètres carrés et s’était arrêtée pour réfléchir. Elle leva le pied, s’attendant à voir un petit morceau d’édifice, une pierre sculptée. Avec le soleil il y avait un petit reflet rouge. Elle avait marché sur une bague ancienne avec un grenat qui s’était un peu enfoncée dans le sol. Elle la ramassa.

Etait-cela, un miroir de sang ? Il était un peu recouvert de terre, mais elle essuya la pierre, le grenat rouge sang. Elle pût voir son reflet tout en rouge dans cette pierre ovale et parfaitement harmonieuse quand à sa forme et sa mise en place dans le contour argenté. Une pierre fine, d’un écarlate transparent, d’un ovale parfait, symétriquement posé de bas en haut, et sur les contours, sur la jointure, plutôt grande, mais de bonnes dimensions pour toute bague qui se respecte. Le reste semblait en argent massif, fait de deux longs et durs, deux durs liens tressés se fermant en argenté parfait vers la pierre pour former la charpente de la bague. Cela faisait en sorte deux triangle incurvés d’argent aux deux coins de la bague de grenat rouge sang, transparent et reflétant le visage de Mérédith.

Mérédith se concentra sur la pierre. Elle semblait opaque, mais… elle semblait y mirer autre chose que son visage, quand elle se concentrait. Puis tout s’illumina, ou plutôt tout se contoura, en ombres, en lumières, dans le rouge sang de la pierre. Une image nette. Son hôtel, l’Etoile Lointaine, elle le reconnu tout de suite. Mérédith prolongeât et approfondit son attention et sa concentration sur l’image de la pierre. 813. La porte de sa chambre. Mérédith respira, et laissa filtrer ses émotions, comme pour aller au-delà de l’image de la porte. Puis elle le vit. Après que la porte 813 de l’hôtel l’Etoile Lointaine eut apparut claire et nette dans la pierre, comme si elle la regardait à travers une caméra, elle vit le livre rouge aux inscriptions étranges. Il était situé derrière une petite plaque. Elle reconnut tout de suite cet endroit précis de sa chambre. Puis elle enleva son regard du grenat, et l’image ne reflétait plus qu’un pur rouge transparent.

Elle avait mis deux heures à parcourir ces portions, ces bordures et ces enfouissements dans les limites de Lonelyville. Comme se promener dans un parc. Elle revint en marchant normalement, et mis une demi-heure pour rentrer. Elle rentra à l’hôtel, impatiente, la peur et l’enthousiasme se mêlant. Elle ouvrit avec ses clés la porte de sa chambre, et regardât la large plainte en bas à gauche de la pièce principale. Elle se jeta presque devant, les genoux s’accroupissant, à la manière d’une danseuse experte. Elle était affolée.

La plainte, comme un morceau de carrelage triangulaire, semblait semi-déboitée, de manière imperceptible. Elle arracha doucement le morceau de plâtre dur pour découvrir une cache sombre. Un livre rouge était dedans. Elle le prit et retira sa main de la cache aussi vite qu’elle pût, et serra le livre contre elle. Elle haletait, ses mains étaient moites. Elle essaya de se calmer. Après cinq bonnes longues minutes dans le plus pur silence, elle put enfin respirer normalement et rouvrir ses yeux.

Le livre s’étalait, fermé, dans ses mains. Rouge, avec une couverture comme du hiératique, de l’elfique, du copte, une écriture noire illisible, belle, calligraphique, avec un sens certain, indéfinissable, et surtout incompréhensible. Cela semblait indiquer quelque chose. Autant l’impression de se retrouver avec l’image écrite à l’encre noire de la pierre de rosette. La signification ne se fit pas attendre.

Elle ouvrit le livre et vit une belle écriture du dix-huitième siècle, calligraphiée, en français. Date : Il n’y aura pas de date ici. Elle poursuivit sa lecture : « Je suis de celle des Loreleï ; des Ophélies aux eaux stagnantes, je suis dans la Loriën, le passage et le fleuve des morts. Ceci est mon testament. ». Mérédith ne put retenir un souffle violent.

 « Si tu veux savoir mon âge, sache que je n’ai pas d’âge, et que je suis plus ancienne que toi, ainsi que ce siècle, mais moins ancienne que le Christ. En ces temps troublés je ne peux raconter que l’essentiel. Tu as trouvé ceci. Moi j’en ai trouvé d’autres. Et d’autres m’ont trouvée. Voici… » Mérédith lut presque en diagonale, ne sautant aucune page, tant sa peur et sa curiosité étaient grandes qu’elle accélérait sa conscience et ses gestes. Il était question de larmes, de souffrances, de merveilles que sa raison, habituellement, aurait presque rejetées. Il était question d’une portion de vie, s’étalant sur des siècles. Cela commençait au 16e siècle, siècle du philosophe Leibniz, et s’arrêtait à la fin des années 1920. Un traité d’âme, d’âmes, d’anecdotes, de sorcellerie, de larges confessions philosophiques d’une femme à bout, dont elle ne décrivait pas son visage de femme, mais qui, d’après certains passages, semblait courtisée par maints hommes, donc d’apparence jeune. Elle semblait sincère. « Ceci est mon testament, trace cette route de tes doigts, trace ma route, infidèle aux morts…». Un large tracé rouge pur ornait le bas de cette dernière page,  pages miraculeusement blanches, de ce livre. Inconsciemment, instinctivement, prise dans la foulée de sa lecture et le respect de cet ordre écrit, son doigt sinua le velouté de l’encre rouge de gauche à droite, en un effleurement palpable, qu’elle fit comme si elle traçait elle-même une calligraphie.

Puis soudainement le sort ne se fit pas attendre. Une épaisse fumée grise à l’odeur enivrante de roses rouges mêlée de l’odeur de la myrrhe des églises, ainsi qu’un gout de cendre et de parfum de cuir sortit du creux de la reliure du livre comme une immense brume, pour se muer en un boa de brume grisée rouge et verte. Mérédith ouvrit grand les yeux et la bouche de stupéfaction. Le boa du livre testamentaire s’engouffrit intégralement par sa bouche, envahissant son sang, son cœur, ainsi que ses pensées. Elle ne put réprimer un cri. Le livre tombât de ses mains.

Des visions fulgurantes de batailles, d’émotions à se déchirer le cœur, et cette force immense qui l’envahissait. La féminité de Rhîsfànorë, la femme qui avait écrit ce livre, son testament selon elle, l’envahissait de sa pureté, de sa haine, de son Pardon, de ses excuses, de son amour, de sa tristesse, de sa joie, de ses larmes, car Mérédith à cet instant devenait en elle Rhîsfànorë et l’éprouvait non comme on éprouve un texte en le lisant, mais en étant, en son âme, l’auteur du livre rouge aux calligraphies sortilèges.

Le silence la mura. Les larmes coulèrent. Elle venait d’avaler l’âme d’un souvenir. Elle s’affala sur le sol, les yeux ouverts, sérieuse, ayant dépassé le stade du choc. Elle était la dernière testamentaire de l’âme et de l’histoire d’une femme ayant disparut de cette chambre vers la fin des années 1920, dont elle savait, maintenant, que cette femme était encore vivante en ce vingt et unième siècle. Elle détenait un legs, qui contenait bien plus que des souvenirs et une âme. C’était à Lonelyville, à l’hotel de l’Etoile Lointaine, chambre 813.

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Sissysha (nouvelle)

22 Octobre 2010, 10:48am

Publié par Sam

Sissysha

 

 

Au loin dans la voie lactée, loin des nova rouges et des contrées bleues de l’espace, brillait un soleil de feu sur la planète Mila. Cette planète était peu peuplée, mais d’un peuple qui disposait de maintes richesses. Matérielles, tout d’abord, or, argent, culture de la forge des métaux et des pierres. Une autre richesse, exploitée, tantôt inexploitée, était particulière à cette civilisation : la richesse intellectuelle et la parole, ainsi qu’une grande ouverture et des productions culturelles architecturales de toute beauté. Cette contrée était celle de Sissysha, la contrée des sables et des arbres et des lacs.

Au terme du règne de son père et de sa mère, quand il eût atteint l’âge de toute raison, le roi Minor, enfin le seul à devoir diriger cette contrée, avait pendant de longues heures macéré cette question. Celle du pouvoir et de la civilisation. Il devait régner, et devait mener ses sujets à la félicité, ainsi que la culture de son cœur, et de son peuple, au cœur même de la civilisation, et du sien. Il avait compris, pendant ses réflexions, un pouvoir immense, qui était le Pouvoir du silence. Ainsi que celui de l’écoute, pour qui s’y plongeait et y faisait plonger l’autre. Il en résultait le plus pur Silence. Se taire en soi le faisait son ouïe se dresser et il écoutait, seul dans son palais. Tout n’était au dehors, que paroles, bruits, chuintements et chuchotements. Sa bouche resta fermée, et ses yeux s’ouvraient sur l’ombre, et il sentait l’odeur du sable.

Le pouvoir du silence se rend aussi par le pouvoir du son. Minor avait demandé au plus habile de ses faiseurs d’instruments de lui faire une énorme flûte, au son comme celui, très proche, des instruments aborigènes. Mais cette flûte, comme un long boa noir de métal, sculptée de manière moyenne et spiralée quand sa forme, et striée de lignes faîtes de symboles, parfaite pour une prise en main, avait un son métallique, avec le grain du vent, et le souffle du sable et du murmure. Minor se plaça devant son palais, en plein jour, et souffla profondément dans la flûte, et composa son silence de sable avec ses doigts sur les trous de la flûte, car il avait été initié à la musique.

Un long souffle de musique, profond comme le vent, rude et doux comme le sable, mais dur comme la pluie de rocailles un jour de cataclysme, s’échappa de la flûte. Minor avait les yeux fermés, et jouait toute sa colère, sa dureté, son silence, ainsi que la plus profonde et pure noirceur envoûtante qu’il recelait en lui. Cela faisait comme un énorme souffle de vent, avec le bruit sourd du vent, mais y venait s’entrechoquer des notes métalliques, et le son se rapprochait de celui du cor, mais cela sonnait comme le continu bruit des tubes sonores des péniches, un long et profond vent noir musical. Pas une seule personne dans la contrée ne pût s’empêcher de se taire, stupéfaits, tous, même et surtout les enfants, et tous se demandait d’où venait se son qui les réduisait à l’immobilité de l’écoute et du silence.

Quand il était enfant, Minor ressassait depuis si longtemps cette idée de silence. Cette idée d’écoute. Cette idée de mots. Les paroles de ses parents fusaient à ses oreilles, il en retenait le moindre, mais cataloguait les gestes, ou était blessé par eux, par ces tons de voix fortes, ces injonctions sans sens pour un enfant, que plus tard il apprit qu’elles n’étaient que de nature absurde. Tais-toi ! Nature absurde. De même il ne savait plus, à cet instant de la compréhension, à postériori, et de la mémoire du choc de ces disputes, si ces mots lui étaient adressés (parfois c’était plus que certain, il le comprenait), mais le mot le plus fort indiquait deux directions. L’autre parent, et la sienne. L’autre parent ou la sienne ? Tais-toi ! Il se murait alors, toujours, dans le silence. A postériori, et la mémoire redoublant le bruit et la signification, le silence se fit de plus en plus profond en lui et dans ses yeux. Mais l’écoute était fragile comme du cristal. Et la colère montait. Mais dans le silence. C’est la règle qu’il s’était imposée. La règle du silence. Imposée, d’abord, puis par lui imposée. On vogue mieux dans ses pensées ainsi. Son monde était celui du silence, et pour cela, il lui fallait écouter le bruit. Pour que le bruit devienne opaque. Puis noir. Puis chaos. Puis, fatal, le silence. C’est ainsi qu’il élabora sa théorie du silence, et il arrivait, parfois, à se réfugier dans une pièce où pas le moindre bruit ne feutrait, mais le chaos s’était imprimé en lui. Un silence noir. Il pleurait, alors, les yeux fermés, et trouvait un refuge, un silence lointain fait de calme et de noirceur qu’il rendait esthétique, comprenant malgré lui les lois de l’harmonie, et sa pensée abstraite pouvait voguer sur la mer des roses (parfois aux ronces de fer) du silence. La vue du soleil lui redonnait, atrocement, son ultime but : la lumière et la respiration, si petite soit-elle. Quand il était seul, vraiment seul, il fit ce travail sur cette idée qu’il avait eue un jour. Apprivoiser le silence. Petit à petit il y arrivait, et tout ne devenait que flou, images qu’il pouvait intellectuellement interpréter, sous la houlette et le couvert sombre, puis clair, puis de plus en plus opaque et enfin transparent du silence. Il devint du cristal qui triait, avec la lance du silence dans la main. Les mots se feutraient du bruit du sable, les cris devenaient des orgues dont le sens, maintenant, était atténué et il avait réussi à appréhender et apprivoiser le langage sans qu’il ne le blesse. Il gardait le Silence, son ultime pouvoir, son grand pouvoir de macération, et son refuge, pour lui. Cela lui valait le respect de ses pairs et de ses parents, quand, le regard aigu, Minor les fixait en train de parler, la bouche fermée, le silence résonnant en lui de manière si forte et son regard noir et si clair à la fois, que son silence et sa présence imposait à tous ceux qui l’entourait un calme comme un couperet, et tous s’en seraient presque prosternés devant cet adolescent de quinze ans. Qui ne parlait pas, et n’avait jamais parlé qu’en un ou trois mots, ou en gestes, en regards. Il était Maître d’un silence particulier venu des ombres, du soleil et du sable, qui lui était propre.

Un jour de cette année de ses quinze ans, six cors, six longues flûtes-orgues jouées par des musiciens venus au Palais Royal, s’étaient mises à jouer pour une représentation musicale, un spectacle royal. Minor, debout, écoutait en plein jour dans la grande pièce du palais le son de ces cors, puis, comme une révélation, comme un cri, il assimila la mélodie, tous les accords avec sa propre musique silencieuse intérieure, ainsi que la langue, et lança d’une voix forte « C’est le souffle noir du vent du désert ! ». Son père fut frappé par la poésie et toute la maîtrise, ainsi que la voix comme brisée, de Minor, son fils, quand il avait crié cela. Il le regarda, plein de compréhension fugace, d’étonnement respectueux, de fierté, de peur, d’amour, les bras en un geste interdit et son visage et ses yeux bien dans ceux de Minor. A cet instant, Minor lut tout cela dans le regard de son père et dans ses expressions, et il eu une seconde révélation : son père avait un cœur.

Un cœur profond, plein d’âge adulte expérimenté et de compréhension, il voyait que c’était bien son père, qu’il le comprenait, qu’il était humain, et qu’il avait un cœur, solide, doux et profond. Le fils écarquilla les yeux, les traits noircis, la bouche tordue, et enfin il comprit. Si son père était humain c’est que lui aussi, ainsi que sa mère, appartenait au monde des hommes et des femmes, des êtres humains, et du Monde. Ainsi que ces musiciens qui jouaient sur ces cors, ainsi que tout le palais royal, ainsi que toute la contrée que son père dirigeait. Une bouffée d’émotion énorme et une unité avec cette douce journée d’après-midi et tous les gens du palais se réalisât en Minor. Il pleurait, à chaudes larmes, comme le jeune enfant et l’adolescent de quinze qu’il était. «  Je suis sorti de quelque chose, je suis sorti de quelque chose, Je suis sorti de quelque chose… ». Sa voix était douce, humaine et enfantine, et ne comprenait plus dans son timbre le cri et la brisure. A cet instant, tous les proches de Minor comprirent l’évènement mental et humain qui venait de se produire chez le jeune prince, car ils le connaissaient bien, et avaient tous suivi la scène. C’était une fulgurance générale, toute et dure humaine fulgurance de l’esprit, quand il a affaire à des choses bien plus sérieuses et enfouies, triées au-delà du pur conscient, de       la quotidienneté. Sa mère se précipita vers lui et le prit dans ses bras, les yeux fermés, au bord des larmes « Tu es enfin sorti de la noire vallée des ombres, je t’aime, je suis là, je suis là ». Elle le serrait, à genoux, très fortement. Minor, doucement, fit de même, et ils s’abandonnèrent en un moment d’amour entre mère et fils.

Depuis cet heureux incident, on donna à Minor une éducation digne de lui. Il apprit l’écriture, la science, l’histoire, l’astronomie, le dessin et, enfin, la musique. Son père pût enfin lui parler clairement, comme à un homme, et lui donna des leçons de politique et de gérance, car il devait lui succéder à la fin de son règne, quand il serait trop fatigué, inapte à exercer une autorité claire et que son esprit vagabonderait dans les sphères du plus pur spirituel. C'est-à-dire quand la vieillesse lui aurait enlevé l’autorité, et l’envie, des mots de la gérance et de la politique. Tout à chacun de se reposer. Minor, extrêmement attentif, apprit du savoir de son père, et se prépara petit à petit à la réflexion du règne. Mais, comme une mélodie, comme un parfum, l’idée du Silence, belle et salvatrice, ne l’avait pas quittée.

Le silence, pendant toutes les années du règne de son père, composait en lui, marquant des temps d’arrêt et de fulgurance aux mots, à son langage, à son parler. Minor s’exprimait par phrases concises, réfléchies, et empruntes d’une émotion toute contenue qu’il parvenait parfois à faire ressortir en une phrase, ou en un mot, toujours marquant dans la phrase dite, soit ce mot pour lui au fond de lui-même. Le jeu des consonances et des sons qui donnent sa pleine esthétique à un mot. Le souffle du désert, le soleil et la nuit rendait le souffle du vent opaque et infiniment musical, et il arrivait, quand il ne dormait pas, à Minor de pleurer en lui donnant son plein sens, à pleurer sur la noire nature du vent, sur la naturelle mesure du désert.

Quand il eu enfin comprit ce qu’était une mesure, une mélodie, un cantique, un symbole de mots, un orchestre, un souffle et un silence dans la pensée et dans le langage, Minor se senti enfin prêt. Après avoir joué sur sa flûte de symboles gravés faîte de métal, et que le silence se fut installé dans la contrée, tous les regards tournés vers le palais, Minor se prépara et se mis à parler. « Comme le silence de mon cœur et des vôtres à l’écoute de la  journée et du Temps me réjoui. Quand vous vous promenez dans le sable et parlez à voix basse, le silence n’est-il pas un fin voile qui vient vous couvrir, même en hiver, et même surtout ? La nuit n’a-t-elle pas la beauté d’un animal sauvage ? Le silence de la nuit n’est-elle pas plus puissante que l’animal, ou l’animal vit-il avec l’habitude du silence de la nuit ? Est-ce que la noirceur de l’oiseau noir n’est-il pas aussi de profonde et même couleur noire que la voix de mon cœur, et noir comme l’oiseau quand le silence fait résonner mon cœur dans la nuit ? Quels sont vos cœurs ? N’est il pas de la nature même du cœur de parler ?  N’est il pas au bonheur de faire du silence et du cœur des fiancés dans la solitude ? N’est-ce pas ma voix et la vôtre qui est issue de tous les silences ? Parlez, frères de contrées, pensez par le silence car il est le conseil de la profondeur. La nuit et le silence du sable quand le vent souffle sont mes amis. Rendez leur honneur. RENDEZ LEUR HONNEUR ! » Il avait crié, parlé fortement dans l’avant plan qui faisait résonnance (voulue) dans le bord du Palais. Sa voix, forte et puissante, ainsi que ses paroles, avaient été entendues par toute la contrée, proche du Palais, et pas si immense en nombre que cela.

Son chant et ses mots n’avaient pu manquer de marquer et toucher les esprits. Il parlait de passion, de silence de nuit, de désert, de vent qui soufflait et enroulait ses paroles dans une poésie que, tous, malgré leur plus pur conscient et après cette musique, ne pu manquer d’emporter leurs pensées, leur cœur, la signification même de la nature, du désert, des émotions, de la matière qui s’emporte et s’effrite, et dure,        du cœur, du silence, de la passion. Car tous avaient compris, avaient ressenti. Et cette phrase, doublée par Minor. « Rendez leur honneur ». Car tous connaissaient l’histoire de Minor, cet enfant prodige revenu de la vallée des ombres rampantes et qui imposait le silence par sa présence, et qui était le descendant d’un Roi puissant et d’une Reine aimée. Minor, sans en avoir pleinement conscience, avait déchainé les passions. Tous dans la contrée se mirent à balbutier, à chanter doucement, à prendre leurs tambours et leur violes, car ils avaient tous compris, la musique du chant parlé de Minor emportant tout, que c’était l’avènement de leur Roi.

Un chant, des chants puissants chantés par les femmes et les hommes s’élevèrent dans la contrée, certains butant sur leurs mots, inventant une langue compréhensible mais plein de néologismes et d’erreurs heureuses, le tout dans une harmonie et un bruit, un chant et des instruments montants dans la vallée, harmonieusement. Un souffle coloré et légèrement noir comme un crépuscule d’été empli la contrée. Le sens profond des paroles de Minor avait été compris, mais leurs cœurs parlaient en musique. Ils rendaient honneur à tout, et à tous, et à eux-mêmes. La fierté se comprendrait, sciemment, plus tard.

Minor était fier de son peuple, un peu de lui-même, et était enveloppé par les mélodies. Il alla se retirer vers le fond de son palais, les balbutiements et les chants se faisant à son écoute, les tambours et les cordes lissées d’archets résonnant en notes comme des gouttes de pluie, même par ce temps sec. Il se mit à balbutier lui aussi, à ne plus vouloir de symboles, mais parla d’une langue pleine d’infractions langagières, de ruptures, il se mit à parler seul, doucement et dans le silence. Il s’assit, fatigué, conscient d’avoir donné de son cœur, un peu de son cœur, à son peuple, avait longuement pensé à ce discours, et avait été surpris du résultat. Sa main gratta doucement son front, il avait les yeux mi-clos, emporté par une saine fatigue. Son balbutiement et ses petites paroles, son parler, se transforma soudain en légères pensées voletantes dans le silence. Pouvait-il lui-même chanter ? Il avait chanté, chanté indirectement, et la voix de son cœur et sa passion, ainsi que sa poésie avaient résonnés et s’était imprimés dans les esprits et une part de la culture de la contrée. Il savait qu’il pouvait gérer les choses et les amener à un certain terme, heureux pour cette fois-ci. Un  souffle s’échappa de ses lèvres, il plissa les yeux, et le silence commença à faire doucement, comme une petite molette tournante, de la musique dans son propre cœur. Il se sentait capable de régner, il savait inspirer, mais maintenant, il le savait, après avoir été maître du silence, il était maître et détenait le règne de son propre cœur.

 

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L'ange noir (nouvelle)

28 Septembre 2010, 13:51pm

Publié par Sam

L’ange noir

 

Mira et son frère Adrien étaient jumeaux. Des faux jumeaux nés le même jour du même père et de la même mère, sa mère était blonde couleur platine, son père avait les cheveux noirs de jais. Il en résultait qu’ils avaient tous les deux les cheveux d’une couleur blond châtain, une belle couleur comme si l’on avait mélangé de l’acrylique avec ces deux couleurs comme couleurs, avec de l’eau.

 

Mira était différente d’Adrien et Adrien était différent de Mira. Seuls étaient identiques l’air de famille, et les cheveux, parfaitement identiques dans leurs couleurs. Mira était solitaire, pensait sans mots, réfléchissait dans le noir. Adrien était taiseux, et aimait écouter le chant de la nature. Mais parfois cela lui arrivait aussi d’être comme Mira. L’une était pensée et contemplation des ombres, l’autre était contemplation du monde et pensée dans l’ombre.

 

Leur père aimait à philosopher, donnant ses consignes et ses recommandations, son éducation en paroles concises et explicites, parfois quelques gestes mesurés laissaient voir son caractère. Leur mère aimait flâner, et raconter des histoires à ses enfants. Un jour, mais ils ne surent jamais si c’était elle qui l’avait inventée ou si elle l’avait lue ou si on lui avait raconté, elle leur conta l’histoire de l’ange noir.

 

C’était une statue, disait-elle, qui était posée dans une forêt et représentait un ange noir. Une statue faîte de la même pierre noire que les statues d’Egypte, mais représentant un homme aux cheveux longs, le regard sans pupilles creusées, les bras comme une exclamation descendant le long du corps, et avec de grandes et magnifiques ailes noires d’ange. Mira demanda «  C’était un ange qui s’était statufié, ou que… l’on avait statufié ? » La mère rit, et lui dit que ce genre de choses, surtout pour un ange, serait tellement abominable et monstrueux… que... Et puis sa mère s’interrompit, et regardât Mira dans les yeux, avec un sourire malicieux et lui dit « Tu sais ma petite fille, ma Mira adorée, il se peut tout à fait que comme le conducteur du Faucon Millénium, on l’avait mis en carbonisation, pour qu’il puisse s’apaiser, dans un sommeil, d’une très grande douleur. » Elle lui sourit « Mais je pense que vu la position et l’absence de rétine de cette statue, ce n’était qu’une statue. Elle souriait toujours. Ne croit pas aux choses surnaturelles les plus monstrueuses, Mira, tout est humain. « Oui, mais… maman, d’où venait la statue, où était la forêt ? ». « Cette statue, l’on ne savait pas d’où elle venait. Mais elle représentait un ange venu du ciel qui s’était posé dans cette contrée, et peut être, je peux te le dire, était-ce même lui-même cet ange qui avait sculpté cette statue. L’ange s’appelait Eliol et venait du ciel. C’est ce que les gens disaient. Et on dit que les nuits de pleine lune, la statue parlait, et on entendait un chant lointain, venteux, avec des carillons et une mélodie en l’honneur de la lune. ».  « Alors c’était une machine, dit Mira, une machine-statue. Et cela était de l’électronique complexe. Tu crois qu’avant nous,  la Terre était une civilisation technologique ? » .  « Comme tu apprends, pense et imagine bien, Mira. Je ne saurai te répondre. »

 

Nous étions en pleine forêt, Mira avait dix ans et son frère Adrien aussi. Ils se promenaient avec leurs parents. Mira se laissa aller à contempler les arbres, à imaginer, et se demanda ce que pouvait receler une forêt. D’habitude ils y allaient pour trouver des champignons, trouver des escargots, pour les manger ensuite, une fois tués et cuits, avec du beurre à l’ail « on adore les escargots à l’ail ! » ou des limaces, pour s’en dégouter « Beurk, c’est dégeulasse une limace ». Et Mira et Adrien la regardaient quand même ramper dans les feuilles. Aujourd’hui c’était une belle après-midi d’automne, et ils avaient décidés ensemble de se balader en forêt. Les parents et les enfants s’enfoncèrent parmis les grands arbres épars, et Mira et Adrien allèrent jouer à casser avec leurs pieds les arbres morts, ou tout simplement jouer à cache-cache. La forêt était grande, mais les parents avaient confiance en leurs enfants, et les entendaient rire et craquer les branches, marcher et courir de loin, et ils étaient à portée de voix et de vue.

 

Mira s’approcha d’un grand bosquet d’arbres enchevêtrés. Idéal, mais effrayant, pour se cacher. Elle le contourna et couru lentement vers… un arbre et une grande pierre. Elle posa son regard vers le bas, sur le loup noir, immobile, qui la contemplait. Ses yeux recelaient la frayeur. Les yeux du loup recelaient de l’humanité.  « Ne crie pas Mira. Je suis humain. ». Mira pleurait sans bruit, les yeux effrayés, les larmes coulant en ruisseau, la bouche ouverte. Le loup avait parlé. Elle l’avait vu ouvrir la gueule, sa voix sortir de là, et ses yeux de loup recelaient l’humanité et la malice la plus profonde.

Mira ferma la bouche, et de ses yeux bleus contempla le loup. « Ne vas pas trop loin dans les forêts, sans en avoir conscience Mira, seule, même si tu es adulte. Je ne sais si l’histoire de la statue de l’ange noir est réelle, mais moi je suis un homme, et je sais me transformer en loup. » Sa voix était basse, profonde et veloutée. « Il y a des choses que tu ignores Mira, des choses que tu peux croire, j’ai l’oreille fine tu sais, mais ce que je sais, c’est ce que tu vois devant toi. Maintenant tu sais une chose réelle Mira, mais analyse, voit, comprends, et surtout ne te laisse embobiner par personne. J’ai plus de mille ans. Crois-tu que je pourrais faire cela si je n’avais cet âge. Libre à toi de ne pas me croire. Mais tu m’as vu Mira, et je voulais te montrer et te faire comprendre quelque chose. » Le loup partit à une vitesse plus rapide que l’éclair, et Mira se senti entouré d’un fin brouillard, et rentra finalement  en marchant, le plus calmement du monde, confiante en son retour, aux côtés d’Adrien, doucement, automatiquement, Adrien qui la cherchait pendant cette partie de cache-cache.

 

Adrien la regardât d’un regard aigu, bleu, dans les yeux. « Qu’est-ce qui s’est passé ? ». « J’ai vu une sorte de loup-garou ». « Tu te fiches de moi ! » dit Adrien au bord de la frayeur. « Non je te jure Adrien c’était un…homme. Un homme qui pouvait se transformer en loup. Il ne m’a pas fait de mal. Il m’a parlé et il est parti. C’était un loup noir ». Mira pleurait. Adrien se mit à pleurer aussi, effrayé, enthousiasmé, grimaçant, et tordu par la panique.  Leurs parents arrivèrent aussitôt. « Qu’est-ce qui se passe ? » « On a vu l’ange noir ! » hurlèrent-ils en même temps. Au moment même, au loin dans la forêt, ils entendirent tous le hurlement, long hurlement d’un loup. « Rentrons. » dis le père.

 

Une fois à la maison et les larmes essuyées, Adrien et Mira mangèrent une soupe, puis un poulet au four avec des frites. Cela leur faisait plaisir. Au moment du coucher, les deux enfants avaient presque oublié cet incident, mais s’en souvenaient encore. Adrien, l’air grave, dit à Mira, avant d’aller se coucher « Tu as eu de la chance de… lui parler. Je te crois mais…je ne sais pas j’ai peur. » « Moi aussi, dit Mira, tremblotante, mais je suis vivante, et toi aussi. ». « On a de la chance d’être à la maison » dit Adrien. « Oui c’est vrai » dit Mira. Ils sourirent ensemble, se dirent bonne nuit, et allèrent se coucher.

 

Dehors, Arturo, l’homme transformé en loup qui avait repris sa forme initiale, était pensif. J’espère qu’ils n’auront pas peur de moi la nuit ces gamins. Je voulais lui faire une surprise et la prévenir. Bon Dieu, mais je suis fou moi parfois ! Inconscient ! Faire peur de telle manière à deux gosses de dix ans… Enfin. Je veille sur eux. Au moins ils ne s’aventureront plus comme cela en forêt sauvage. Il y aurait pût  y avoir de vrais loups. Il pleura. Enfin bon, c’est tout de même bon de rentrer chez soi. En un tour de sang et de chair, il se transforma en aigle noir et parcouru cent kilomètres à vol d’oiseau jusqu’à sa petite maison située en grande ville, dans la nuit. L’aigle se mua en homme au palier de la porte. Arturo l’ouvrit avec ses clés, se prépara un repas, et s’endormit, à demi soulagé. Cela faisait longtemps qu’il n’avait plus peur la nuit. Tout est humain, surtout les choses surnaturelles. Il s’endormit, doucement, au creux de son lit, des larmes d’amour et de peine coulant dur  sur ses pommettes. Il repensait à la peur de Mira. Il se promit de ne plus jamais refaire cela. C’était si tentant de lui révéler le merveilleux, important de les mettre en garde. Il parvint à s’endormir, confiant, car il se disait qu’il avait bien le droit de dormir la nuit et dormit d’un sommeil sans rêves, juste des images et  des situations absurdes, il se réveilla quatre heures plus tard. Il prit un yaourt, le consomma rapidement, puis se passa de l’eau sur le visage, et pût enfin dormir, à trois heures du matin, d’un sommeil calme et réparateur. Un sommeil de velours qui couronnait, d’une certaine manière, les mille deux cent ans qu’il venait de passer sur cette Terre, et le lendemain fut sûr et ardent. Cela, pendant toutes ces années, il l’avait bien appris. Le jour d’après est toujours sûr quand la lune est nôtre amie. Les rêves étaient beaux, cinglant de flous rouges, de sentiments apaisants, d’histoires sereines et pleines de tranquillité, de douce angoisse exorcisée.

 

Il se réveilla à onze heures du matin. Mais au fond, au fond de lui-même, il avait toujours la nature d’un loup, la respiration tranquille de l’animal, et l’humanité comme un blizzard. Il se mit à pleurer, le corps cassé en deux, il se mit à pleurer de chaudes larmes car, au fond de lui-même, il aimait la nuit, le doux caressement du vent, le reflet de nacre argentée mat et phosphorescente de la lune, mais il était humain. Il sorti de chez lui, ouvrit les yeux et fut consumé par la lumière. Son cœur déferla en battements, et il se mit à pleurer de plus en plus fort, jusqu’à en tomber sur le sol de son palier. Un rugissement de loup aiguisé et rauque sorti de sa gorge. Puis ce fut un cri, non un râle, mais un cri humain clair qui sorti de par ses lèvres. Quelques larmes coulèrent encore, il regarda le soleil et le ciel, la bouche semi-ouverte, et respira à grands bruits. Puis son visage et son corps entier se calma. Ses yeux surnaturels scintillaient au soleil et une larme coula. J’ai surmonté mon trop plein d’humanité. Le monde est beau. En son cœur courait le souvenir de Mira, la conscience d’Adrien, et l’avenir de ces deux enfants. Il s’interrogea. Il n’y avait pas d’interrogation à avoir. Ils seraient heureux, ils seraient sans doute malheureux parfois, mais leur âme chantait le bonheur. Rassuré, il se calma, son inquiétude se calma. Il avait été inquiet, il les avait inquiété, ils s’étaient rassurés, et lui-même était rassuré.

 

Au bout de dix ans, au bout de cette nuit là, il pût enfin dire : « Je suis de nouveau heureux ». Puis il sourit d’un sourire si subtil que les passants ne pouvaient manquer de contempler la beauté de cet homme et la grâce, ainsi que le charme et la fascination, cette paix, par cet authentique et inattendu sourire de bonheur et de paix, qui irradiait et irradiait tous les traits d’Arturo. Les passants ne pouvaient manquer de remarquer cette sorte de surnaturalité, de fascination qu’Arturo, à ce moment, exerçait sur eux. Cela engendra maintes réflexions dans leurs cervelles et leurs âmes quand ils s’en furent. La Magie est humaine, surnaturellement humaine. Mais quand les passants partirent, ils ne purent échapper à l’interrogation qui leur venait, consciemment, après s’être arrêté près d’Arturo. Quelle était cette odeur de loup qui restait insidieusement, comme une vape mouvante, suinter et vibrer dans leurs narines, comme un parfum ? Cela les glaça. Arturo ne put s’empêcher de sourire. Mais d’un humain, parfaitement calme et profondément humain sourire.

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